8 mars en Guinée : le parcours inspirant du Dr Oumou Hawa Diallo, deuxième femme pneumologue de Guinée
2026-03-08 - 12:25
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars de chaque année, Guineematin.com met en lumière des femmes dont le parcours inspire et force l’admiration. Parmi elles, Docteure Oumou Hawa Diallo, médecin-pneumologue au CHU Ignace Deen, enseignante-chercheure à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Dans un entretien accordé à notre rédaction, cette professionnelle de santé revient sur un parcours forgé par la détermination, la rigueur et la passion de la médecine. Deuxième femme pneumologue de l’histoire de la Guinée, elle raconte les défis, les préjugés et les sacrifices qui ont jalonné son chemin, tout en plaidant pour une plus grande place des femmes dans la médecine et l’enseignement supérieur. Pour Docteure Oumou Hawa Diallo, la médecine n’est pas un choix de circonstance. C’est une vocation née très tôt, nourrie par l’admiration qu’elle portait à un membre de sa famille. « Mon ambition pour la médecine part de très loin. La première fois que j’ai ambitionné d’être médecin, c’est à propos d’un de mes oncles médecin que j’avais, qui était respecté, aimé, admiré de tous. Donc, je me suis dit que voilà, quand je vais grandir, je vais travailler dur pour avoir le bac en sciences expérimentales et faire une carrière médicale, surtout une carrière hospitalo-universitaire », se souvient-elle. Portée par cette ambition, elle obtient en 2002 son baccalauréat en sciences expérimentales, à l’époque où le système éducatif fonctionnait encore avec le Bac 1 et le Bac 2. Pour elle, le choix est évident : ce sera la médecine. Un choix guidé par la conviction Au départ, la jeune étudiante rêve de devenir pédiatre, à l’image de son oncle. Mais en observant le paysage médical guinéen, elle se rend vite compte du manque de spécialistes dans certaines disciplines, notamment en pneumologie. « Mon ambition initialement c’était d’être pédiatre. Mais après, j’ai vu qu’en pneumo, il y avait peu de médecins et surtout, il n’y avait presque pas de femmes. Donc, je suis venue parce que je suis la deuxième femme pneumologue de la Guinée, après 45 ans. La première, c’est le professeur Oumou Younousa Bah Sow qui est à la retraite et elle, elle a été la première femme médecin de la Guinée », explique Dre Oumou Hawa Diallo. Une pionnière à laquelle elle rend un hommage appuyé et qu’elle considère comme une source d’inspiration. Consciente que seule l’excellence peut lui ouvrir les portes de cette profession exigeante, Oumou Hawa Diallo s’engage pleinement dans ses études à la Faculté de médecine, aujourd’hui appelée Faculté des sciences et techniques de la santé. En 2011, elle soutient sa thèse de doctorat en médecine et obtient son diplôme. La même année, elle réussit le probatoire qui lui permet d’intégrer la formation de spécialisation en pneumologie. Après plusieurs années de formation rigoureuse, elle soutient en 2018 son mémoire de spécialité, marquant une étape décisive dans son parcours. Son sérieux et sa persévérance lui ouvrent rapidement les portes de l’enseignement supérieur. En 2019, elle est recrutée comme assistante à l’Université Gamal Abdel Nasser de Conakry, au sein de la Faculté des sciences et techniques de la santé. L’année suivante, elle est inscrite sur la liste d’aptitude aux fonctions de maître-assistante du CAMES, l’institution chargée d’harmoniser les carrières des enseignants du supérieur dans l’espace africain et malgache. Mais pour notre interlocutrice, médecin passionnée, l’apprentissage est un processus permanent. « Et actuellement en 2026, je me positionne pour aller passer ce concours pour me permettre d’avoir le grade de maître de conférences agrégé. Et parallèlement à cette carrière hospitalo-universitaire, j’ai eu à faire des formations de master en santé publique. Et j’ai travaillé pendant cinq ans avec une ONG humanitaire. J’étais responsable de la recherche opérationnelle pendant cinq ans. Et j’ai eu aussi à faire des missions de consultance sur les projets de santé au niveau national et international », explique-t-elle. Derrière ce parcours remarquable se cache également une femme qui doit concilier une carrière exigeante et sa vie de famille. Mariée et mère de cinq enfants, le Docteure Oumou Hawa Diallo reconnaît que le chemin n’a pas été sans difficultés. « Bon, c’est vrai que ça n’a pas été très facile parce qu’en plus de ce cursus, je suis mariée et mère de cinq enfants. Mais je sais que c’est difficile, mais voilà, je n’ai jamais eu envie d’abandonner. J’ai toujours travaillé dur. Comme le disait le professeur Oumou Younousa Sow, qui est la première neurologue de la Guinée, nous les femmes, si notre effort doit être reconnu, nous devons travailler trois fois plus que les hommes. Donc je me suis toujours donnée à fond », affirme-t-elle. Trouver l’équilibre entre les études, le travail et la vie de famille n’a pas été simple. Mais grâce au soutien de ses proches, elle a réussi à avancer. « J’avoue qu’au début, c’était un peu dur, parce qu’il y avait le ménage, les études. Mais j’ai réussi à trouver un équilibre. J’avais le soutien de mon mari, de mon papa et aussi de ma maman qui s’occupait des enfants pendant que je me consacrais à mes études », raconte-t-elle. Comme beaucoup de femmes évoluant dans des milieux longtemps dominés par les hommes, elle a également dû faire face à des préjugés. Elle se souvient notamment d’un épisode marquant survenu lorsqu’elle était interne. Elle raconte une situation où un accompagnant avait refusé de croire qu’elle était le médecin de garde. « D’ailleurs, ça me rappelle une fois, j’étais de garde quand j’étais interne au service de pneumo. Il y a un malade qui est arrivé et son état s’est dégradé. On m’appelle, je sors. Le monsieur qui est venu chercher le médecin me dit : “C’est toi le médecin ?”. Je lui ai dit oui. Il m’a dit retourne dormir. Il disait dehors qu’il n’y avait pas de médecin et que le malade était mort. Finalement, après les soins, le malade s’est réveillé et ils sont venus me demander pardon. C’était en 2011. Jusqu’à présent, je suis en contact avec cette famille. Ce monsieur m’appelle encore pour s’excuser », raconte-t-elle. Une expérience qui illustre, selon elle, les préjugés auxquels les femmes restent confrontées. « Nous les femmes, on est sous-estimé. Aujourd’hui, partout on parle d’équité. Les hommes ne comprennent pas ce mot. L’équité, c’est différent de l’égalité. Si nous les femmes, on se bat aujourd’hui, c’est pour qu’il y ait une équité », martèle-t-elle. Plus loin, elle évoque également une autre scène révélatrice. « Un jour, un monsieur est venu dans mon bureau avec un document, il cherchait une secrétaire. Quand il m’a vue, il était content. Il a dit : “Enfin !” J’ai dit : “Oui, mais que puis-je faire pour vous ?” Il a dit : “Je cherche la secrétaire”. Je lui ai dit : “Ah bon ? Les femmes sont nées pour être des secrétaires ? Continuez votre parcours, vous n’avez pas encore trouvé votre secrétaire” », raconte-t-elle, soulignant combien les stéréotypes restent tenaces. Malgré ces obstacles, Docteure Oumou Hawa Diallo reste convaincue que l’avenir de la médecine guinéenne passera aussi par une plus grande implication des femmes. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes en médecine, mais peu de femmes à la faculté quand même. Parce que les femmes s’intéressent moins à la recherche », analyse-t-elle. Pour elle, encourager les jeunes femmes à s’engager dans les carrières hospitalo-universitaires est essentiel. Profitant de cet entretien, la pneumologue est également revenue sur la signification particulière du 8 mars. « Pour moi, c’est une date symbolique. Pas seulement pour moi, mais pour toutes les femmes. C’est une date qui met la femme au centre des réflexions, qui nous donne le micro pour parler de nos difficultés et pour réclamer nos droits », souligne-t-elle. Aujourd’hui, le docteur Oumou Hawa Diallo espère que son parcours pourra inspirer la nouvelle génération. « Le message, c’est le courage et le travail. Les jeunes filles qui rêvent de devenir médecins doivent se lancer. Il n’y a pas de limites. Les femmes ont du potentiel. Il faut qu’on arrête de nous victimiser. On n’est pas des victimes. Les femmes sont courageuses », lance-t-elle. Pour terminer, la pneumologue a adressé un message à toutes les femmes à l’occasion du mois de mars. « À l’occasion de ce mois de mars consacré aux femmes, j’adresse mes félicitations aux femmes de Guinée et d’ailleurs. Leur courage, leur engagement et leur résilience sont des sources d’inspiration pour notre société. Ensemble, nous devons bâtir une Guinée où chaque femme pourra évoluer dans la dignité, la santé et l’espérance. Il n’y a pas d’impossible », conclut-elle Au-delà de son parcours remarquable, Docteure Oumou Hawa Diallo incarne une génération de femmes guinéennes qui refusent les limites imposées par les préjugés. À travers son engagement dans la médecine et l’enseignement, elle ouvre la voie à de nombreuses jeunes filles. Une trajectoire inspirante qui rappelle, en ce mois de mars dédié aux femmes, que la place des Guinéennes est aussi dans les laboratoires, les amphithéâtres et les hôpitaux. Mariama Barry pour Guineematin.com