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Aïssatou I Diallo : une magistrate guidée par l’héritage de l’intégrité et la boussole de l’éthique

2026-03-15 - 00:05

À l’occasion du mois de mars, consacré à la célébration et à la valorisation des femmes, Guineematin.com met en lumière celles qui, par leur engagement et leur parcours, s’imposent dans des domaines souvent exigeants. Parmi elles figure madame Sow Aïssatou I Diallo, juge présidente à la section civile du tribunal de première instance de Mafanco. Issue d’une famille profondément marquée par la magistrature, cette professionnelle du droit raconte un parcours guidé par une valeur qu’elle considère comme l’essence même du métier : l’intégrité. « Mon premier modèle, c’est mon papa », lance-t-elle d’emblée au début de l’entretien, avec une simplicité qui en dit long sur la profondeur de cet héritage. Inspirée dès l’enfance par son père, ancien président de la cour d’appel de Kankan, la magistrate a grandi dans l’univers de la justice. Les salles d’audience, qu’elle découvrait déjà toute petite, ont marqué son imaginaire et ont nourri presque naturellement son rapport au droit. « Je me rappelle même quand nous étions à Kankan. Il a été président de la cour d’appel de Kankan. Moi, à l’époque, je devais avoir 6 ou 7 ans, je n’étais même pas scolarisée. Quand il y avait des audiences dans la salle, souvent il y avait une porte derrière qui coulissait directement vers la cité où logeaient les magistrats. Avec ma bande d’amis d’enfance, dont nous étions tous des enfants de magistrats de la cité, on partait dans la salle d’audience pour suivre. C’est quand les gardes se rendaient compte de notre présence qu’ils faisaient signe à mon papa qu’il y avait sa fille dans la salle et on nous chassait, parce que, comme on le dit, les enfants ne sont pas admis dans la salle d’audience. Donc, ça a évolué ainsi », se souvient-elle avec un sourire empreint de nostalgie. Pourtant, la magistrature n’a pas été son premier choix de carrière. À une époque, la jeune femme se voyait plutôt évoluer dans le monde de la banque. Mais le destin, et surtout la passion profondément ancrée en elle, finiront par la ramener vers la justice. « Il y a tellement de raisons à cela. Mais je crois que la principale raison, c’est d’abord l’amour du métier. C’est un milieu dans lequel je suis née. Je suis fille de magistrat, mon père était un très grand magistrat de ce pays. Dès le bas âge, je le voyais à l’œuvre, donc quelque part j’avais cela dans mon subconscient. Avant d’être magistrate, j’ai fait pratiquement deux ans de stage dans une banque de la place, parce que je voulais vraiment travailler dans ce domaine. Mais après réflexion, et surtout avec l’encouragement de mon mari, j’ai finalement embrassé la magistrature », explique-t-elle calmement. La disparition précoce de son père n’a jamais effacé son influence. Bien au contraire, son souvenir reste un repère moral permanent dans l’exercice de ses fonctions. « À un moment donné, vu que c’était un homme intègre, je me suis dit : et si moi j’embrasse ce métier et que je fais des bavures, est-ce que je ne vais pas salir l’honneur de mon père ? Donc il y avait ce dilemme en moi », confie-t-elle avec sincérité. Ambitieuse et studieuse, Aïssatou I Diallo nourrissait également le rêve de poursuivre ses études dans de grandes universités étrangères. Une opportunité s’était même présentée à elle. « Quand j’étais à l’université, mon ambition était de faire les plus grandes universités à l’étranger. J’ai eu une admission en 2008 à l’école de la magistrature de Chambéry, en France. Tout était prêt pour que je parte, mais entre-temps le mariage est venu, donc j’ai choisi le mariage. Et en 2019, sous l’insistance de mon mari, j’ai finalement embrassé la magistrature », raconte-t-elle avec une pointe de fierté. Admise à la 6e promotion des magistrats du Centre de formation judiciaire, la future juge fait preuve d’une détermination remarquable pour réussir le concours. « C’était en plein mois de Ramadan. Nous avons suivi des formations préparatoires et cela m’a beaucoup aidée, parce que j’avais quitté les bancs depuis plus de cinq ans. La formation a duré trois mois. Après, j’ai proposé à mes collègues de cotiser pour encourager notre professeur, qui est magistrat, à continuer à nous donner des cours pour améliorer notre niveau. Un jour, le directeur du centre m’a demandé ce que nous cherchions. Je lui ai répondu : monsieur Camara, nous sommes des sangsues. Nous sommes là pour un objectif : réussir le concours. Tant que l’objectif n’est pas atteint, nous allons continuer à réviser. Et finalement, j’ai été admise », raconte-t-elle avec satisfaction. Après sa formation, elle effectue son stage pratique au tribunal de première instance de Dixinn, une expérience qui contribuera à affiner son sens de la responsabilité et de la rigueur judiciaire. Depuis 2022, madame Sow Aïssatou I Diallo exerce comme juge présidente à la section civile du tribunal de première instance de Mafanco. Mais derrière la magistrate rigoureuse se trouve également une épouse et une mère attentive, soucieuse de préserver l’équilibre entre sa carrière et sa vie familiale. « Dans mon quotidien, j’essaie toujours d’allier vie de famille et emploi. J’assume les deux rôles. Je me réveille à 5 h 30 depuis 2019. Je prépare le petit-déjeuner, le repas, j’arrange la maison, je prépare les enfants pendant que leur papa les dépose à l’école. Quand j’arrive au travail, j’ai l’esprit tranquille parce que je sais que l’essentiel est déjà fait à la maison », confie-t-elle. Dans un milieu encore dominé par les hommes, la magistrate affirme ne jamais s’être laissée freiner par les stéréotypes. « Moi, quand je me fixe un objectif, rien ne m’ébranle. Je ne me suis jamais mise dans la tête qu’un collègue est un homme et avoir un sentiment d’infériorité. Sur le plan professionnel, nous avons suivi les mêmes formations et fréquenté les mêmes écoles. Là où l’homme peut être, je peux même aller au-delà », affirme-t-elle avec assurance. Pour cette magistrate, la fonction judiciaire repose avant tout sur des valeurs fortes. « La première chose, c’est l’amour du métier. Il faut avoir la conviction réelle de vouloir être juge. Ensuite, il y a l’intégrité. Ici, nous avons la vie privée de tout le monde entre nos mains. Les gens viennent, ils s’ouvrent à nous, ils racontent tout de leur vie. Il faut donc le respect du secret professionnel, la neutralité et surtout savoir que nul n’est au-dessus de la loi », martèle-t-elle. Allant plus loin, elle insiste également sur l’importance de l’écoute dans la relation avec les justiciables. « Quand je reçois les justiciables dans mon bureau, je reçois tout le monde avec la même courtoisie. Que tu aies raison ou pas, je t’écoute. Quand on écoute les gens, celui qui se sentait peut-être inférieur se sent rassuré. La justice, c’est pour tout le monde », souligne-t-elle. Parlant de la pression, la juge ne cache pas la lourdeur des responsabilités liées à sa fonction. « Je l’avoue, c’est stressant. Parfois, je mets un dossier en délibéré, je rentre avec, j’analyse et ma conviction n’est pas encore assise. Dans ces cas-là, je consulte des aînés ou la jurisprudence. Mais si j’ai un doute, je préfère prolonger le délibéré pour mieux préparer la décision. J’ai horreur de la pression. Dans ce milieu, il y en a beaucoup. Mais je suis libre de mes choix », affirme-t-elle avec fermeté. Sur la place des femmes dans la magistrature guinéenne, la juge observe une évolution, même si le chemin reste encore long. « En 2019, sur 50 magistrats admis au concours, nous n’étions que 8 femmes. Avec la dernière promotion, il y en a eu davantage, mais il reste encore beaucoup à faire. Les femmes peuvent apporter beaucoup à cette magistrature. Nous voulons plus de femmes magistrates et plus de postes de responsabilité », insiste-t-elle. Malgré son parcours, madame Sow Aïssatou I Diallo reste profondément attachée à l’exemple de son père. « Mon premier modèle, c’est mon papa. Tout ce que je fais, je pense à lui. Dans la magistrature, quoi que vous fassiez, ce sont les actes qui parlent à votre place », affirme-t-elle avec conviction. Convaincue que la justice doit évoluer avec la société, elle plaide pour une formation continue des magistrats. « Le monde évolue, les sociétés évoluent. Il faut former les magistrats en permanence. Celui qui est à Conakry doit avoir les mêmes chances que celui qui est à Yomou », souligne-t-elle. À l’occasion du mois des femmes, la magistrate adresse un message aux jeunes Guinéennes qui aspirent à de grandes carrières. « Le conseil que je veux leur donner, c’est d’abord de prendre les études au sérieux. Avant toute chose dans la vie, fixez-vous un objectif. Si votre objectif est d’être magistrate, orientez-vous vers les facultés de droit, faites vos études et allez même au-delà », recommande-t-elle. Elle n’oublie pas non plus celles qui, chaque jour, luttent pour nourrir leurs familles, affrontant soleil et pluie sans jamais faiblir. Pour la magistrate, ces femmes incarnent la bravoure et méritent toute l’admiration de la société. « Pour moi, le mérite revient à nos mamans qui se lèvent à 5 heures du matin pour aller au marché. Elles se battent sous le soleil, sous la pluie, avec les enfants au dos pour nourrir leurs familles. Tout le mérite revient à ces femmes-là », souligne-t-elle avec admiration. Enfin, ce qui la rend le plus fière dans son métier reste la reconnaissance des justiciables, qu’ils aient gagné ou perdu. Pour elle, c’est la preuve que la justice a été rendue avec intégrité. « Rien ne me rend plus fière que lorsqu’une personne, même celle qui a perdu dans une décision, vient me dire : Madame, vous n’auriez pas pu rendre une décision plus juste. Moi, je ne cherche pas de compliments, je fais simplement mon travail comme cela se doit pour avoir l’esprit tranquille », conclut-elle avec humilité. Au fil de son engagement, la juge madame Sow Aïssatou I Diallo s’impose par une conviction simple mais exigeante : rendre la justice avec intégrité. Inspirée par l’exemple de son père, elle exerce aujourd’hui ses fonctions avec rigueur, mais aussi avec une humilité qui se reflète dans sa manière d’écouter et de recevoir chaque justiciable avec le même respect. En ce mois de mars consacré aux droits des femmes, son itinéraire rappelle que les femmes guinéennes occupent pleinement leur place dans les sphères de responsabilité. Par son travail et son sens de l’équité, Aïssatou I Diallo incarne une magistrature exigeante, humaine et profondément attachée au respect de la justice. Mariama Barry pour Guineematin.com

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