Accident en mer à Bel-Air (Boffa) : un pêcheur porté disparu, la question du balisage relancée sur les côtes guinéennes
2026-02-14 - 16:08
Un grave accident maritime s’est produit le jeudi, 13 février 2026, aux environs de 15 heures, au large de la zone portuaire de Bel-Air, dans la préfecture de Boffa. Une embarcation de pêche artisanale en provenance du port de Kondeyiré, dénommée Saboufayi N°1, est entrée en collision avec un bateau minéralier de la société Alufer Mining Limited, une société minière indépendante spécialisée dans l’exploration et l’exploitation de la bauxite, avec pour actif principal le projet Bel Air en Guinée. Le drame a mobilisé autorités locales, responsables portuaires et communautés de pêcheurs, alors qu’un des neuf occupants reste porté disparu, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters. Selon les premières informations, l’embarcation transportait neuf pêcheurs. Huit d’entre eux ont pu être secourus et sont actuellement pris en charge dans la clinique de la société minière. Le neuvième pêcheur demeure introuvable, malgré les recherches engagées. Dans un entretien accordé à notre reporter, Moustapha Sylla, ex-facilitateur du projet PRAO du ministère de la Pêche, actuel vice-président du comité de gestion des infrastructures du port de Koukoudé, est revenu sur le déroulement des faits et les premières alertes reçues après la collision. « En fait, c’était aux environs de 15 heures que nous avons reçu l’alerte. Des personnes nous ont appelés depuis Bel-Air pour nous dire qu’ils avaient fait naufrage. Du coup, nous avons dépêché nos pirogues pour aller voir la situation. Ce sont eux qui nous ont apporté des informations claires. Ils nous ont dit qu’ils étaient partis pour relever leurs filets. La pirogue provenait de Koukoudé, mais c’était un port voisin de Koukoudé qui est concerné. Ils étaient neuf personnes dans la pirogue, neuf pêcheurs. Ils partaient ramasser le filet, car c’est la période de ramassage. Ils ont vu un bateau minéralier arriver. Le capitaine a alors ordonné à ses pêcheurs de libérer l’embarcation, c’est-à-dire de sauter à l’eau. Quand le bateau est passé, huit ont pu remonter, mais il y a eu un décès : ils n’ont pas revu la neuvième personne. Jusqu’à présent, la neuvième personne n’a pas été retrouvée. Donc, la pirogue était sur la voie du bateau. C’est ce qui a fait que le capitaine a demandé aux pêcheurs de sauter. Vous savez, la zone est occupée par la société. En fait, c’était une zone de pêche. Depuis longtemps, nous avons exigé qu’ils installent des balises. Cela permettrait de différencier les couloirs de navigation. C’était l’une de nos recommandations... C’est pour éviter des affrontements entre les pêcheurs et les sociétés minières qu’on a toujours demandé de baliser le passage du bateau. Mais la société nous disait que ce n’était pas de leur ressort, qu’ils n’étaient pas compétents dans ce domaine et que c’est l’ANAIM qui en avait la charge. Pourtant, c’est bien à eux de le faire en ce que nous nous sachions. Nous l’avons répété plusieurs fois depuis longtemps, et voici aujourd’hui le résultat. Selon la tradition, lorsqu’il y a une perte en mer, il faut parfois trois jours pour retrouver le corps. On peut le retrouver dans un autre port, on ne sait pas, mais en tout cas, il faut attendre », a déclaré Moustapha Sylla. En outre, notre interlocuteur a insisté l’obligation d’installer les balises surtout que de nombreuses entreprises minières évoluent sur le terrain. « En étalant le filet, certains filets mesurent de nombreux mètres. Il faut du temps pour les ramasser. Le bateau est arrivé au moment où ils étaient en train de relever leurs filets, sur ce qui constitue le passage du bateau. Donc, ils avaient installé leur filet sur le passage du bateau sans s’en rendre compte parce qu’il n’y pas de balisage. Tout cela est donc dû au fait que les balises n’ont pas été installées. Cette zone est une zone de pêche depuis très longtemps, bien avant l’installation des sociétés. Ce n’est pas seulement Alufer qui occupe cette zone, il y a aussi la société Spik, une société chinoise. Avant leur installation, toutes les pirogues de Koukoudé et des villages voisins venaient pêcher dans cette zone. Après l’occupation, on nous a dit de ne plus venir, car c’est une zone dangereuse à cause des gros bateaux qui viennent charger le minerai pour l’exportation. Nous leur avons donc demandé de baliser la zone afin d’éviter les accidents. Mais cela n’a pas été fait, et voici le résultat. La recherche de la personne disparue continue. Nos pirogues sont toujours sur les lieux, même cette nuit-là elles y sont pour la recherche de la 9è personne. Nous avons également ramené la pirogue à bord duquel les 9 pêcheurs se trouvaient. Nous l’avons ramené au port de Koukoudé », a ajouté le vice-président du comité de gestion des infrastructures du port de Koukoudé. Enfin, Moustapha Sylla lance un appel solennel aux autorités afin que des mesures concrètes soient prises pour sécuriser les zones de navigation et protéger les pêcheurs artisanaux. « Nous lançons un appel à l’État pour qu’il nous aide et qu’il oblige ces sociétés minières à prendre en compte la vie des pêcheurs. La pêche artisanale contribue fortement à la sécurité alimentaire de la Guinée. S’il n’y a pas une protection adéquate des pêcheurs artisans, la sécurité alimentaire risque d’être gravement menacée. Protéger la pêche artisanale, surtout au niveau de notre côte ici, c’est baliser le couloir de navigation. Ce couloir est primordial. Il faut absolument le baliser pour éviter ce genre de drame », a-t-il conclu. En attendant de retrouver le pêcheur disparu, les recherches se poursuivent en mer. Ce drame relance le débat sur la cohabitation entre exploitation minière et pêche artisanale le long des côtes guinéennes, où l’absence de délimitation claire des couloirs de navigation continue d’exposer les communautés de pêcheurs à de graves risques. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com