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Affaire ex DG de la BNIG devant la CRIEF : les débats clos et les plaidoiries et réquisitions attendues le 8 avril prochain

2026-02-25 - 16:06

Les débats ont été clos ce mercredi, 25 février 2026, devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) dans l’affaire opposant le ministère public et l’État guinéen à Alpha Mohamed Kalo et plusieurs co-prévenus. Après plusieurs heures d’échanges nourris et parfois tendus, la juridiction a renvoyé le dossier au 8 avril prochain pour les plaidoiries et réquisitions, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters. Au cœur de cette procédure judiciaire figurent de lourdes accusations : détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux en écritures publiques, atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel. Placée en détention à la maison centrale de Conakry depuis le 26 juillet 2022, Alpha Mohamed Kalo comparaît aux côtés d’Ibrahima Touunkara, de Maurice Eugene Alecaut (non détenus), ainsi que de personnes morales, notamment Afriland First Bank SA, la société EJICO SARL et la société Djoliba Pêche. Les montants évoqués dans le dossier se chiffrent en plusieurs milliards de francs guinéens. L’audience de ce mercredi était essentiellement consacrée à la confrontation entre l’ancien et l’actuel directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG), sur fond de gestion controversée et de flux financiers jugés opaques. Dans une première phase, l’actuel directeur général de la BNIG, Moussa 2 Kamissoko, est revenu sur la gestion de certains fonds engagés sous l’ère de son prédécesseur. Il a notamment évoqué un montant de 64 milliards de francs guinéens dont il dit ignorer l’utilisation, faute de documents justificatifs. Selon ses explications, 64 groupements auraient perçu chacun un milliard de francs guinéens dans le cadre d’un programme d’accompagnement de l’État destiné au secteur de la pêche. Des déclarations qui ont immédiatement suscité la réaction de l’ancien directeur général. Revenant à la barre, Alpha Mohamed Kalo a apporté une réponse détaillée aux affirmations de son successeur, contestant catégoriquement toute manipulation directe de fonds. « Les caisses de la BNIG se trouvaient à la banque. S’il y a un paiement même de 500 000 francs guinéens, il faut écrire à la BCRG. Et le paiement des crédits par virement était contrôlé et validé par la banque centrale. Tous les clients de la BNIG sont identifiés par la banque centrale qui avait la charge de payer les clients leur dû sur leurs comptes respectifs dans les banques où ils sont logés. Donc dire que le directeur général de la BNIG a pris 64 milliards de francs ce n’est pas vrai. Ce qu’on n’a pas cherché à identifier, ce sont les clients. Sinon, ils sont connus. Mon prédécesseur a parlé de l’absence d’un système informatique bancaire à la BNIG. Quand on dit que pendant mon passage à la tête de la BNIG il n’y avait pas de système bancaire, je voudrais bien que l’on cherche à s’informer auprès de la banque centrale. Parce que tous les paiements de la BNIG sont effectués par la BCRG. C’est moi qui ai recruté une société tunisienne pour l’installation d’un système informatique bancaire. Parce que la BNIG n’a pas de caisse en son sein. Pour tout paiement même pour un petit montant, il faut recourir à la BCRG », a-t-il déclaré. À travers cette déclaration, l’ancien DG insiste sur le rôle central de la Banque centrale dans les décaissements et tente de démontrer l’impossibilité matérielle d’un retrait unilatéral de fonds par la direction générale de la BNIG. Poursuivant ses explications devant la Cour, présidée par Yagouba Conté, Alpha Mohamed Kalo s’est également exprimé sur l’attribution de marchés et les relations contractuelles avec Afriland. « Pour ce qui est de la société EJICO, il faut dire qu’EJICO a eu le marché de rénovation de la BNIG par avis du conseil d’administration. Le directeur général de la BNIG n’a aucune possibilité d’octroyer un quelconque marché à qui que ce soit. C’est le conseil d’investissement qui a octroyé le marché à Ejico. Et pour ce contrat-même, on m’avait suspendu le salaire pendant 2 mois. Parce qu’on voulait que le marché soit vite exécuté et Ejico devait préfinancer les travaux d’exécution du contrat. C’est le directeur de Afriland qui présidait le conseil d’administration de la BNIG et c’est le directeur général adjoint de la BNIG qui en était le rapporteur. Deux contrats ont été faits entre la BNIG et Afriland FirstBank Afriland Management. Le premier contrat porte sur un montant de 1 000 000 million de dollars constant des frais d’études de faisabilité. Le second contrat porte sur une somme de 100 mille dollars devant servir des frais d’assistance technique dont le paiement effectué au bénéfice de Afriland Management a été forfaitaire. Mon prédécesseur dit qu’il n’y avait pas de serveur à la BNIG. Le serveur a été acheté quand on était à la campagne », a-t-il indiqué. À travers ces propos, l’ancien responsable cherche à démontrer que les décisions stratégiques relevaient d’instances collégiales et non d’initiatives individuelles. La Cour l’a ensuite entendu les explications relatives au financement accordé à Maurice Alecaut, également cité dans le dossier. « S’agissant de M. Maurice Aleko, Mr Maurice Aleko est un ami qui a travaillé pendant plusieurs années dans les microcrédits. Il a 30 ans d’expérience dans le milieu des microcrédits. Il est venu me voir pour me dire qu’il veut ouvrir une ferme agricole. La BNIG lui a accordé 2 milliards et quelques. La BNIG écrit à la BCRG pour le paiement de 1 milliard 500 millions de francs guinéens. Mr Maurice Aleko a reçu un milliard, les 500 millions restants du premier montant sont restés bloqués à la BCRG. La ferme de Mr Maurice Aleko est là. Elle fonctionne. Vous pouvez aller vérifier. Parlant du contrat tripartite entre le ministère de la jeunesse, Afriland FirstBank et la société Djoliba pêche. Sur initiative présidentielle, la décision a été prise d’accompagner le secteur de la pêche. La société Djoliba pêche devait fabriquer les barques pour les groupements de pêche. La BNIG payait la fabrication des barques de pêche. Les groupements de pêche devaient vendre les produits obtenus avec les barques fabriquées par Djoliba à la société Djoliba pêche. Et enfin les revenus issus de la vente de ces produits de pêche devraient être logés dans les comptes bancaires des groupements domiciliés à la banque Afriland FirstBank. Donc Djoliba pêche a préfinancé la fabrication des barques. Elle a été payée dans un premier temps 7 milliards de francs guinéens, il en est resté 7 milliards. Le montant total était de 14 milliards comme frais de fabrication des barques de pêche. Mais moi j’avais dit au conseil d’administration de ne pas payer les 14 milliards à la fois. Le patron de Djoliba pêche s’était même fâché, parce qu’un grand nombre de barques avait déjà été fabriquées », a indiqué Alpha Mohamed Kalo. Cette séquence a mis en lumière la complexité du mécanisme financier entourant le projet de soutien au secteur halieutique. Enfin, l’ancien directeur général a évoqué un contentieux financier majeur opposant la BNIG à Afriland Management. « Ce que vous ne savez pas, Mr le Président, il y avait un litige entre Afriland Management et la BNIG pour un montant de 42 milliards qu’elle devait à la Banque nationale d’investissement de Guinée. J’ai fait récupérer 42 milliards de francs guinéens. C’est moi qui ai écrit au Chef de l’État, aux banques primaires pour dire que la banque Afriland Management doit à la BNIG 42 milliards. C’est moi qui ai assigné Afriland Management en justice pour récupérer les 42 milliards qu’elle doit à la BNIG », a fait savoir l’ancien directeur général. Par cette déclaration, il tente de renverser la charge morale du dossier en se présentant comme défenseur des intérêts financiers de l’institution. Au terme de cette journée d’audience marquée par des révélations, des contradictions et des justifications détaillées, la Cour a déclaré les débats clos. L’affaire est renvoyée au 8 avril 2026 pour les plaidoiries et les réquisitions. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com

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