Arnaque au rêve européen : 209,5 millions GNF engloutis pour un faux voyage vers l’Italie
2026-02-28 - 08:35
Poursuivi pour des faits d’escroquerie portant sur un montant de 209 millions 500 mille francs guinéens, Aboubacar Fofana a comparu jeudi, 26 février 2026, au tribunal de Mafanco. À la barre, le prévenu n’a pas contesté les faits mis à sa charge, au préjudice de Maciré Cissé, partie civile dans cette affaire. Au cœur du dossier, un projet de voyage vers l’Italie qui n’a jamais abouti. Selon les débats, la partie civile aurait remis ladite somme à Aboubacar Fofana afin qu’il organise le départ de ses enfants, via une agence de voyage avec laquelle il dit collaborer. Le voyage n’a toutefois jamais vu le jour, a appris sur place Guineematin.com à travers l’un de ses reporters. Informaticien et maintenancier de profession, Aboubacar Fofana est en détention préventive à la Maison centrale de Conakry depuis le 16 février 2026. À la barre, il affirme que l’agence aurait engagé les fonds dans la procédure avant que des difficultés ne surviennent, empêchant la finalisation du dossier. Ensuite, il a expliqué la nature des sommes perçues des mains de Maciré Cissé. « Elle ne m’a pas remis 209 millions 500 mille francs en espèces. Elle m’a donné un minibus évalué à 120 millions, puis les frais des papiers pour chaque enfant. C’est l’ensemble qui a été cumulé », a-t-il déclaré. Interrogé sur sa capacité à organiser un tel voyage, le tribunal a cherché à cerner son rôle exact. -En tant qu’informaticien, étiez-vous habilité à le faire ? a demandé la juge. -Je représente ici, en Guinée, une agence de voyage basée au Sénégal, a répondu le prévenu, affirmant avoir déjà fait voyager d’autres personnes. La défense a, de son côté, insisté sur la responsabilité de la partie civile. L’avocat a rappelé que l’obtention d’un visa relève des ambassades et s’est interrogé sur le choix d’un intermédiaire non habilité. Au cours des débats, le tribunal a indiqué que la partie civile s’est désistée. Malgré cela, la procédure s’est poursuivie avec les réquisitions et plaidoiries. Dans son réquisitoire, le ministère public, représenté par le procureur Mamadi Inter Keïta, a estimé que l’infraction d’escroquerie est établie dans ce dossier. Toutefois, il a souligné que la partie civile aurait, elle aussi, tenté d’emprunter une voie illégale pour faire voyager ses enfants. Selon lui, cette tentative constitue également une faute. « Madame la présidente, bien que je n’aime pas le sursis, exceptionnellement, dans ce dossier, je vais demander une condamnation avec sursis », a-t-il déclaré. Ensuite, le procureur a requis une peine de deux ans d’emprisonnement assortie de sursis ainsi que le paiement d’une amende de 50 millions de francs guinéens contre Aboubacar Fofana. De son côté, la défense a sollicité la relaxe pure et simple de son client. « Il n’y a pas escroquerie, madame la présidente. Dame Maciré, partie civile, n’est pas analphabète. Elle est officier de police qui, de surcroît, travaille à l’aéroport par où les gens passent pour voyager. Elle savait pertinemment que, pour obtenir le visa, il fallait passer par l’ambassade ou par le consulat. Je suis d’accord que la somme est élevée et que ça fait mal, mais pour moi, il n’y a pas d’infraction d’escroquerie. Mon client n’a utilisé aucune manœuvre frauduleuse pour soutirer de l’argent à madame Maciré, elle savait ce qu’elle faisait. Elle aussi sait que ce qu’elle faisait était illégal. Le voyage illicite est illégal, madame la présidente. Les citoyens doivent savoir qu’en voulant utiliser cette voie pour faire voyager ses enfants, elle a commis la même faute que mon client », a argumenté l’avocat. Il a demandé le renvoi de son client des fins de la poursuite pour délit non constitué à son égard. À l’issue des débats, le tribunal, présidé par la juge Thérèse Moussokoura Délamou, a renvoyé le dossier au 12 mars 2026 pour le délibéré. Mariama Barry pour Guineematin.com