Assassinat d’Elhadj Hassimiou Diallo à Kobaya (Conakry) : les accusés entre aveux de braquages et dénégation du meurtre à l’ouverture du procès à Dixinn
2026-03-05 - 16:45
Le procès des assassins présumés d’Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo à Kobaya (dans la commune de Lambanyi) s’est ouvert ce jeudi, 5 mars 2026, devant le tribunal criminel de Dixinn. Au total, ce sont dix-sept personnes (dont trois en fuite) qui sont poursuivies dans cette affaire, mais seules trois ont comparu aujourd’hui à la barre. Il s’agit de : Karamoko Keïta, alias « Moko », Sékou Loua et Mohamed Soumah dit “Papy”. Dans leurs dépositions devant cette juridiction de première instance, tous les trois ont reconnu en partie les charges articulées contre eux. Ils admettent des braquages ailleurs dans Conakry, mais ils rejettent toute implication dans l’assassinat d’Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters. Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo était une figure respectée de son quartier à Kobaya, dans la commune de Lambanyi, en haute banlieue de Conakry. Son assassinat à son domicile le 30 août 2024 avait suscité une onde de choc, d’émotions et d’indignation dans la capitale guinéenne. Le procès de ces assassins présumés vient de s’ouvrir devant le tribunal criminel de Dixinn, un peu plus d’un an après les faits. 14 accusés ont répondu présents à l’audience de ce jeudi. Ils sont tous poursuivis “assassinat en bande organisé, détention illégale d’arme de guerre, participation illégale à une association de malfaiteurs, vol à main armée et recel”. Âgé de 42 ans, marié et père d’un enfant, Karamoko Keïta alias « Moko » a nié toute participation à l’attaque de Kobaya et à l’assassinat d’Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo. En revanche, il a reconnu des faits liés à une autre opération, notamment l’attaque du domicile d’un douanier à la T6. Il a aussi admis avoir été interpellé en possession d’une arme de type AK-47, de munitions et d’un ordinateur. « J’ai été interpellé seul et je n’ai aucun lien avec les autres. Mon interpellation concerne un fait précis, et je considère que je devrais être jugé uniquement pour ce motif. Il s’agit de la détention d’une arme AK-47, de munitions et d’un ordinateur que m’avait confiés mon aîné, Mohamed Diallo alias « Paolo ». On m’a interpellé à Matoto, entre 7 heures et 8 heures, alors que je quittais le domicile de ce dernier. Lors de mon interrogatoire à la gendarmerie d’investigation, je n’ai cité que le nom de celui qui m’a remis l’arme : il s’agit de Paolo. Par le passé, j’ai déjà été condamné pour détention de chanvre indien. Je reconnais avoir participé à une opération à la T6 avec six ou sept autres personnes, mais je ne les connais pas toutes. Mon seul contact était Mohamed Diallo alias Paolo. J’ignore d’ailleurs chez qui cette opération a eu lieu, et c’est pour ce fait précis que j’ai été arrêté. Cependant, concernant les attaques de Kobaya et de Madina, je n’en ai aucune connaissance et je n’en suis pas l’auteur. Si j’ai cité certains lieux d’attaques à la gendarmerie, c’était uniquement sous l’effet de la torture que je subissais. Lors de notre mission chez le douanier, je suis resté dans la cour pour assurer la surveillance et je n’ai pas pénétré à l’intérieur de la maison. À l’issue de cette opération, je n’ai reçu que 400 000 francs guinéens, et non 23 millions. Il s’agissait de ma première opération d’attaque avec mon grand », a-t-il déclaré. Interrogé par un des avocats de la défense sur ses liens avec la victime ou ses coaccusés, Karamoko Keïta alias “Moko” répond : « Je ne connais pas la victime (Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo), je ne connais pas non plus ces détenus avec qui je suis ». De son côté, Sekou Loua, marié et père d’un enfant, a partiellement reconnu les faits mis à sa charge. Il reconnaît l’attaque d’une vitrerie à la T8, mais nie en bloc les faits portant sur l’assassinat de Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo. Il dit avoir reçu 2 millions de francs guinéens après l’attaque de la vitrerie. « Je reconnais les faits de l’attaque de la vitrerie à la T8, aux environs de 2 heures du matin. C’est pourquoi je suis là pour dire tout ce que je sais, car j’ai honte de moi. Le monsieur qui m’a envoyé pour cette opération s’appelle Cherif. Il ne fait pas partie des détenus ici, contrairement à Soumah qui est présent avec nous. Quand je suis arrivé sur les lieux de l’opération, j’ai trouvé des hommes cagoulés. Nous avons escaladé le mur pour entrer dans la cour. Nous étions huit personnes au total, et le nommé Cherif est resté dans la voiture. J’ai vu deux armes : un petit local et grand moderne que détenaient certains de nos éléments. Quand le gardien a essayé de m’empêcher d’entrer, je me suis bagarré avec lui. Je reconnais l’avoir torturé. Les autres sont entrés, et l’un d’entre eux a pris un sac contenant de l’argent. Nous sommes ensuite ressortis, j’étais d’ailleurs le dernier à quitter les lieux. Après l’opération, une dispute a éclaté en langue Soussou au sein du groupe, mais comme je ne comprends pas cette langue, je me suis contenté de suivre celui qui portait le sac d’argent. À quelques mètres de là, il a ouvert le sac et m’a remis 2 millions de francs guinéens. Quelques jours plus tard, ils sont venus me chercher dans mon quartier avec une photo de moi, qui a été filmée par les caméras de surveillance lors de notre opération. Ils m’ont demandé si c’était bien moi sur l’image, j’ai répondu que c’était bel et bien moi. J’ai reconnu que c’était la tenue que je portais le jour de l’opération. J’ai toujours maintenu cette version lors de l’enquête préliminaire. Cependant, je n’ai fait aucune déclaration sur l’attaque du domicile de feu Hassimiou Diallo. Je n’ai jamais reconnu les faits concernant cette attaque, ni son assassinat. Je dis la vérité. C’est à la DPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire) que j’ai appris l’assassinat d’Elhadj Mamadou Hassimiou Diallo. Le jour de notre opération j’étais hors de moi à cause du vin blanc que m’a remis le nommé Cherif », a-t-il déclaré. Mohamed Soumah dit “Papy” a livré une version similaire que Sekou Loua. Se présentant comme étant un conducteur de taximoto, il explique avoir été contacté par un certain Daouda Kourouma alias « Dako », qui l’aurait mis en relation avec Gnankouma Doua pour assurer un transport. Arrivé sur les lieux, il affirme avoir constaté que les autres membres du groupe étaient cagoulés, sans connaître précisément la nature de l’opération. Il reconnaît aussi avoir transporté un sac contenant de l’argent et avoir reçu 1 800 000 francs guinéens. Toutefois, il nie toute implication dans l’assassinat d’Elhadj Hassimiou Diallo. « J’ai été contacté par un dénommé Daouda Kourouma alias Dako, qui m’a mis en rapport avec l’un de ses éléments de l’attaque, du nom de Gnankouma Doua. Ma mission était de le transporter pour une course, vu que je fais le taximoto. Arrivé sur les lieux de l’attaque, j’ai trouvé que tous les autres étaient cagoulés, mais j’ignorais ce que je devais faire pour ce grand. Et ce jour-là, je n’ai trouvé que Sékou Loua qui n’était pas cagoulé, tout comme moi. Celui avec qui je suis venu a pris un sac qu’il m’a remis lors de l’opération. À la sortie, ils se disputaient entre eux. C’est ainsi que j’ai approché Sékou Loua pour lui dire que j’avais de l’argent dans le sac que le grand m’avait donné. J’ai suivi le véhicule et, arrivé à un endroit, j’ai rendu le sac à celui qui me l’avait confié. À son tour, il m’a donné une somme de 1 800 000 francs guinéens, j’ai ensuite donné 300 000 francs à celui qui m’avait mis en contact avec ce grand pour l’opération. Quelques jours après, j’ai été interpellé. Mais je n’ai aucun lien avec l’attaque concernant le meurtre de Hassimiou. C’est à la DPJ que j’ai appris cette affaire », a-t-il expliqué. Après la comparution de ses trois accusés, le tribunal a finalement renvoyé le dossier au 26 mars 2026 pour la suite des débats. Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com