Audience à la CRIEF : Mohamed Lamine Bangoura interrogé sur la gestion financière de la Cour constitutionnelle
2026-03-02 - 16:06
Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, s’est poursuivi ce lundi, 2 mars 2026, à la Cour de Répression des Infractions économiques et financières (CRIEF). Le prévenu a été interrogé sur plusieurs volets liés à la gestion financière de l’institution qu’il dirigeait. Face aux questions insistantes de l’avocat de la partie civile, Me Pépé Antoine Lama, il a rejeté toute responsabilité directe dans la gestion des fonds de la Cour. À l’issue d’intenses échanges entre les parties, la juridiction a renvoyé le dossier au 9 mars pour la comparution des autres prévenus, en cavale, et la suite des débats, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. L’ancien président de la Cour Constitutionnelle sous le régime Alpha Condé est poursuivi avec 3 autres personnes, en cavale : Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry. Ils sont jugés pour des faits présumés de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Alors que Mohamed Lamine Bangoura est en détention préventive, les autres prévenus, en fuite, sont visés par un mandat d’arrêt en date du 7 novembre 2025 A l’ouverture des débats ce lundi, Me Pépé Antoine Lama, avocat de l’Agent judiciaire de l’État, a mis en cause la gestion financière de Mohamed Lamine Bangoura. Il l’a interrogé sur le caractère prétendument unilatéral de sa gestion, notamment en ce qui concerne la subvention et le règlement des factures de la Cour constitutionnelle. « Je ne suis associé ni de près ni de loin à la gestion de l’argent. Je ne peux ordonner aucune dépense, c’est le comité de trésorerie qui gère tout », s’est-il défendu. L’avocat de la partie civile a alors cherché à savoir si des fonds pouvaient sortir des caisses de l’institution sans la signature du président qu’il était. En réponse, Mohamed Lamine Bangoura précise : « celui-ci (le président de la Cour, ndlr) ne pouvait le faire sans l’aval du comité de trésorerie, bien qu’étant ordonnateur. Ce n’est pas moi qui ordonne les dépenses. Mais je signe les chèques après avoir reçu les procès-verbaux du comité de trésorerie. La Cour constitutionnelle n’est responsable que des fonds mis à sa disposition ». Par ces déclarations, le prévenu tente de circonscrire sa responsabilité à un rôle d’ordonnateur formel, renvoyant la gestion opérationnelle au comité de trésorerie. Autre point sensible des débats : le paiement du loyer du bâtiment abritant la Cour constitutionnelle, passé de 8 à 11 milliards de francs guinéens. Me Pépé Antoine Lama a interrogé le prévenu sur l’implication des membres du comité de trésorerie dans la signature de l’avenant actant cette augmentation. « Seul le président du comité de trésorerie et le secrétaire ont assisté à la signature », dira M. Bangoura. Selon lui, la hausse était prévue dans le contrat initial avec le bailleur. Cette réponse laisse entrevoir une procédure restreinte, qui pourrait nourrir les interrogations sur la transparence de la décision. Les débats se sont ensuite orientés sur les fonds de souveraineté alloués par la Présidence pour accompagner la Cour constitutionnelle lors des trois élections organisées durant son mandat. Entre 3 et 5 milliards de francs guinéens auraient été mobilisés à chaque scrutin. Interrogé sur leur gestion, Mohamed Lamine Bangoura déclare : « C’est dans le cadre de la supervision des élections avant, pendant et après les scrutins. La gestion de ces fonds était sanctionnée par un procès-verbal, mais n’a jamais fait l’objet de document comptable ». Une réponse qui soulève la question de la traçabilité de ces ressources publiques. Le juge Yaghouba Conté a d’ailleurs interrogé le prévenu sur la normalité d’une telle pratique : est-il acceptable qu’un président de la République, également candidat à l’élection, accorde des fonds de souveraineté à la Cour constitutionnelle avant un scrutin ? « Ce n’est pas en tant que candidat qu’il a donné ces fonds, mais en tant que président de la République, garant du bon fonctionnement des institutions républicaines », s’est défendu l’ancien président de la Cour constitutionnelle. Reprenant la parole, l’avocat de la partie civile, Me Pépé Antoine Lama, a insisté sur la responsabilité du prévenu et de son directeur administratif et financier (DAF), suggérant une gestion centralisée des fonds de l’institution. « Mohamed Lamine Bangoura et son DAF géraient seuls les fonds de la Cour constitutionnelle ? » « Il y avait un texte d’application de ces modalités », a répondu le prévenu, sans fournir davantage de précisions. Enfin, sur les infractions présumées d’enrichissement illicite, l’ancien haut magistrat a évoqué son parcours et ses revenus. « Pendant deux ans, je percevais 21 millions de francs guinéens par mois, puis je suis monté à 75 millions par mois durant trois ans. J’ai travaillé pendant 36 ans pour l’État. Ce n’est pas le salaire brut qu’il faut voir, j’ai eu beaucoup d’opportunités, d’entrées d’argent », a indiqué M. Bangoura. Au terme de ces échanges nourris, la Cour a renvoyé le dossier au 9 mars prochain, pour la comparution éventuelle des autres prévenus, en fuite. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com