Audiences tardives, décisions non rédigées, extraction tardive des détenus… : le sévère diagnostic du ministre de la Justice
2026-02-28 - 11:05
En visite de travail ce vendredi, 27 février 2026, au tribunal de première instance de Kaloum, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Ibrahima Sory II Tounkara, a dressé un tableau sans concession des maux qui minent le fonctionnement de l’appareil judiciaire guinéen. Face aux magistrats et au personnel judiciaire, le garde des Sceaux a énuméré une série de dysfonctionnements récurrents : décisions de justice non rédigées, retards fréquents dans la tenue des audiences, extraction tardive des détenus, absences non justifiées de magistrats et de greffiers. Autant de pratiques qui, selon lui, contribuent à décrédibiliser la justice et à accentuer la frustration des justiciables, a constaté sur place Guineematin.com à travers une équipe de reporters. Dans son intervention, le ministre a particulièrement insisté sur la question des décisions de justice non rédigées, qu’il qualifie de véritable « goulot d’étranglement » pour les juridictions. « Un autre goulot d’étranglement dans nos juridictions, les décisions, ne sont jamais rédigées. A quoi ça sert alors de rendre les décisions ? On les rend pour les avoir. Les parties viennent vers nous parce que nous constituons les derniers recours. Mais si c’est à notre niveau qu’ils ont beaucoup plus de problème, mais ça sert à quoi de recourir à la justice ? Qu’ils se rendent justice eux-mêmes ? Donc, il va falloir qu’on soit conscient de ça. Il va falloir qu’on prenne nos responsabilités », a déclaré monsieur Tounkara. Le garde des Sceaux n’a pas manqué de dénoncer l’attitude de certains magistrats et greffiers qu’il accuse de privilégier les réseaux sociaux au détriment de leur mission première. « Un juge d’instruction qui est là, au lieu de faire son travail, c’est lui qui est dans les réseaux sociaux. Les justiciables sont là, ils sont en train d’attendre. D’abord, ils ne viennent pas à l’heure, le justiciable vient, il l’attend. Il vient, il est dans son bureau où il est dans les réseaux sociaux. Il faut qu’on quitte les réseaux sociaux. Ce n’est pas le lieu approprié pour le magistrat, ni pour les greffiers. Parce que ce sont des magistrats ou des greffiers qu’on voit, ils sont en train de commenter, ils sont dans des débats carrément politiques sur les réseaux sociaux. Mais, on va veiller à tout ça. Parce que là, je vais dynamiser l’inspection des services judiciaires et pénitentiaires qui vont veiller sur tout ça, qui fera des inspections inopinées. Parce qu’on a besoin de ça. Il faut que ça change. Il faut qu’on travaille. Ou bien, c’est un magistrat ou un greffier qui se pavane à travers le monde. Parfois, le chef de juridiction ne sait même pas. On va y veiller aussi. Il faut qu’on reste dans les bureaux pour travailler. Moi, j’ai dit que je ne reçois pas les magistrats là-bas, si ce n’est pas sur rendez-vous. Et le rendez-vous là aussi, il faudrait que le motif soit justifié », a-t-il fait savoir. Abordant la question des audiences tardives, Ibrahima Sory II Tounkara a exhorté les responsables judiciaires à respecter strictement les horaires fixés. « Quand on ne respecte pas l’heure, c’est qu’on ne se respecte pas soi-même », a-t-il lancé, estimant qu’une discipline rigoureuse inciterait également les avocats à être ponctuels. Concernant l’extraction des prévenus, souvent effectuée tardivement depuis la maison centrale de Conakry, le ministre a instruit le Procureur général d’organiser une réunion afin d’identifier les causes de ces retards, qui limitent considérablement le nombre d’affaires pouvant être jugées dans la journée. En conclusion, le garde des Sceaux a appelé l’ensemble des acteurs judiciaires à un sursaut de responsabilité et de professionnalisme. « Il faut accepter de travailler pour mériter nos salaires », a-t-il insisté, promettant de veiller personnellement à l’application stricte des instructions données. Saïdou Hady Diallo, Mohamed Lamine Touré et Mariama Bah pour Guineematin.com