Conakry : coupures de courant et pénurie de liquidités compliquent la tâche des tailleurs
2026-03-16 - 09:55
;À quelques jours de la fête de l’Aïd el-Fitr, marquant la fin du mois de Ramadan, l’effervescence habituelle commence à gagner certains ateliers de couture à Conakry. Mais cette année, la situation reste contrastée : si quelques tailleurs croulent sous les commandes, d’autres peinent à attirer la clientèle. À ces difficultés s’ajoutent les coupures répétées d’électricité et le manque de liquidités, qui compliquent davantage le travail des artisans, a constaté sur place Guineematin.com à travers l’un de ses reporters. Traditionnellement, la période précédant l’Aïd el-Fitr est l’une des plus actives pour les tailleurs. Les clients affluent pour faire confectionner de nouveaux habits afin de célébrer la fête dans leurs plus belles tenues. Pourtant, dans certains ateliers visités par notre reporter, l’affluence n’est pas au rendez-vous. À Kipé, dans la commune de Ratoma, maître Aboubacar Bah constate une baisse inhabituelle de la clientèle. Selon lui, de nombreux clients tardent à déposer leurs tissus, faute de moyens financiers : « Cette année, les clients ne viennent pas comme d’habitude. Nous sommes presque à la dernière semaine du Ramadan. Même ce matin, certaines clientes m’ont appelé pour demander si elles pouvaient déposer leurs habits. Mais elles disent qu’elles manquent d’argent et qu’elles n’ont pas pu en avoir plus tôt. Dans ces conditions, ce n’est pas facile », explique-t-il. Le tailleur affirme également qu’il refuse désormais certaines commandes tardives, par crainte de ne pas pouvoir respecter les délais avant la fête. Outre la baisse de fréquentation, les tailleurs dénoncent les perturbations liées aux coupures d’électricité. À Kipé comme à Hamdallaye, les artisans affirment que l’instabilité du courant ralentit considérablement leur production. Selon maître Aboubacar Bah, l’électricité disparaît souvent pendant plusieurs heures en pleine journée. « Depuis pratiquement une semaine, la situation est compliquée. Quand nous arrivons à l’atelier le matin, à partir de 11 heures, il n’y a plus de courant jusqu’à 16 heures. Cela dure presque toute la semaine. À la veille de la fête, c’est vraiment décevant pour les clients », signale-t-il. À Hamdallaye, la situation est différente. Dans l’atelier d’Abdourahmane Diallo, les commandes affluent. Cependant, le maître tailleur doit faire face à un manque de personnel qualifié. « Les clients viennent nombreux cette année, mais le travail accuse du retard parce que je n’ai qu’un seul brodeur. L’année dernière, j’avais trois jeunes apprentis, mais ils ont fini leur formation et sont partis. Aujourd’hui, les jeunes ne veulent plus apprendre ce métier. Beaucoup préfèrent faire le taxi », souligne-t-il. Un autre problème majeur évoqué reste la rareté de l’argent liquide. Plusieurs transactions se font désormais par dépôt via les services de transfert mobile, mais cela ne résout pas toujours les difficultés. Abdourahmane Diallo explique que certains fournisseurs refusent également les paiements numériques. « Les gens n’ont pas de liquidité. Ils paient par dépôt, et après, on n’arrive pas à retirer l’argent pour nos propres besoins ou pour acheter du matériel. On est obligés d’accepter parce que ce sont nos clients », dit-il. Du côté des clients, comme Fadima Camara venue récupérer ses habits, le constat est identique. « Je n’ai pas d’argent liquide. Je suis obligée de faire un dépôt pour récupérer mes vêtements. Mais certaines personnes disent aussi qu’elles n’ont pas Orange Money. Franchement, ce problème doit être réglé car cela complique la vie de tout le monde », regrette-t-elle. Entre coupures d’électricité, rareté de liquidités et manque de main-d’œuvre, les tailleurs de Conakry travaillent dans des conditions précaires. Malgré ces obstacles, beaucoup espèrent encore honorer leurs commandes à temps pour permettre à leurs clients de célébrer l’Aïd dans la dignité. Moussa Konaté pour Guineematin.com