Conakry : un garde pénitentiaire jugé pour introduction de drogue à la maison centrale
2026-03-10 - 16:36
Le garde pénitentiaire Lamine N’Diaye a comparu ce mardi, 10 mars 2026, devant le tribunal de première instance de Kaloum. Placé en détention depuis le 12 février dernier, il est poursuivi pour « détention et introduction de substances psychotropes dans un établissement pénitentiaire ». Il lui est reproché d’avoir introduit ces substances à la maison centrale de Conakry. À la barre, le prévenu a rejeté catégoriquement les faits qui lui sont imputés, a constaté sur place Guineematin.com à travers l’un de ses reporters. L’interpellation de Lamine N’Diaye est intervenue à la suite d’une fouille inopinée menée le 12 février dernier par des gendarmes à la maison centrale de Conakry. Le garde pénitentiaire avait alors été arrêté en possession d’un sac plastique contenant plusieurs objets considérés comme prohibés. Devant le tribunal, il a toutefois plaidé non coupable. « Je ne reconnais pas les faits. J’exerce cette profession depuis l’an 2000 et j’ai servi dans dix préfectures du pays. Je n’ai jamais été impliqué dans des faits similaires », a-t-il déclaré. Poursuivant sa déposition, le prévenu a expliqué les circonstances dans lesquelles il affirme avoir été arrêté. « Le mardi 10 février 2026, un grand nombre de gendarmes est arrivé à la maison centrale pour effectuer une fouille. J’étais de garde en tant que chef de brigade. Comme ils ont vu mon téléphone allumé, ils ont pensé que je les filmais. Pourtant, je venais simplement de fouiller des détenus, ce qui fait partie de nos prérogatives. J’ai récupéré sur eux des substances psychotropes et des téléphones que j’ai placés dans un sac plastique pour faire le compte rendu à mes supérieurs. C’est dans ces circonstances qu’ils m’ont vu avec mon téléphone allumé et ont cru que je les filmais », a-t-il expliqué. Selon lui, les gendarmes l’ont ensuite conduit au haut commandement de la gendarmerie, où plusieurs objets auraient été présentés comme étant les siens. « Ils ont posé sur la table des objets tels que des ciseaux, des téléphones, de la drogue et de l’argent en devise. Pourtant, ce ne sont pas les objets que je détenais », a-t-il soutenu. Lamine N’Diaye affirme également que les objets exhibés devant la presse après la fouille ne lui appartenaient pas. « Les objets présentés devant la presse ne m’appartiennent pas. Ce sont les autorités qui les ont placés sur la table. Dans mon sac plastique, il y avait seulement des comprimés, cinq téléphones, des barrettes et environ quatre millions de francs guinéens que les gendarmes ont emportés », a-t-il précisé. Le prévenu a également évoqué les circonstances ayant conduit à la révolte des détenus lors de cette opération de fouille. « Les gendarmes sont entrés armés dans la prison et ils ont tiré des coups de feu. Ils ont rassemblé tout le monde dans les cellules, frappaient certains détenus et récupéraient leurs biens pour les mettre dans leurs sacs. C’est ce qui a provoqué la colère des détenus. Lorsqu’il y a eu la révolte, les détenus nous ont chassés de l’intérieur et nous nous sommes repliés vers la porte afin d’éviter toute évasion », a-t-il relaté. À l’issue de cette déposition, le ministère public a demandé au tribunal de faire comparaître le régisseur de la maison centrale, le commandant Moriba, ainsi que le colonel Cissé, chef de mission lors de l’opération de fouille. La défense s’est toutefois opposée à cette requête, estimant qu’elle visait uniquement à retarder la procédure. « C’est une demande fantaisiste destinée à retarder ce dossier. Si, par extraordinaire, vous décidiez de renvoyer l’affaire, nous sollicitons la mise en liberté provisoire de notre client », a plaidé l’avocat de la défense. Après de longs échanges entre les différentes parties, le tribunal a finalement rejeté la demande du ministère public. La juridiction a toutefois décidé de maintenir le prévenu en détention tout en ordonnant un supplément d’information dans ce dossier. Saïdou Hady Diallo pour Guineematin.com Tél. : 620 589 527 / 664 413 227