Conakry : un marchand risque 15 ans de prison pour l’administration de substances nuisibles ayant causé la mort d’une fillette
2026-03-28 - 07:52
Âgé de 56 ans et jugé pour administration de substances nuisibles ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Mouctar Bah encourt une peine de 15 ans de réclusion criminelle devant le tribunal de première instance de Dixinn. Cette peine a été requise à son encontre par le ministère public lors d’une audience ce jeudi, 26 mars 2026. La victime, Oumou Hawa Bah, âgée de 2 ans et 7 mois, suivait un traitement contre la gale avec des produits fournis par l’accusé, qui ne disposait pourtant d’aucune formation médicale. À la barre, Mouctar Bah a partiellement reconnu les faits, admettant avoir vendu les produits à la mère de l’enfant, tout en soutenant qu’ils étaient destinés à une application cutanée et non à une ingestion, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters. En détention depuis le 21 octobre 2022 à la maison centrale de Conakry, Mouctar Bah est jugé pour administration de substances nuisibles. Appelé à la barre pour sa déposition, ce marchand a reconnu avoir vendu des produits à la mère de l’enfant, tout en précisant qu’ils étaient destinés à une application cutanée et non à une administration par voie orale. « Je suis marchand et je revends également quelques produits pharmaceutiques, notamment des sirops et autres. J’étais de passage quand cette dame a sollicité mon aide derrière la cour. Elle m’a fait savoir que sa petite-fille souffrait de gale, ce qui l’empêchait de dormir. Elle m’a montré la petite qui avait des boutons partout sur le corps, c’est ainsi je lui ai alors proposé un savon et 42 comprimés qu’elle a achetés avec moi. Et je lui ai précisé de mélanger les comprimés à de l’huile pour une application cutanée sur la peau de l’enfant. Je ne lui ai jamais dit d’administrer ce médicament par voie orale. C’est sa mère qui le lui a donné ainsi. De mon côté, je n’ai fait que lui revendre les produits. Je reconnais que je n’ai pas la formation requise pour vendre ces produits, mais c’est l’activité avec laquelle je me débrouille depuis plusieurs années. D’ailleurs, c’est moi qui ai été victime d’un vol de 116 millions GNF devant sa cour », a-t-il déclaré. Interrogé par le juge et son avocat sur son état d’âme après avoir appris le décès de la petite, l’accusé a répondu : « Je ne ressens rien et n’ai rien à dire aux parents de la défunte ». En l’absence de la partie civile, Mariam Kanté, le juge a prononcé la clôture des débats après la déposition de l’accusé. Il a ordonné l’ouverture de la phase des réquisitions et des plaidoiries, tout en réservant les intérêts civils. Dans ses réquisitions, le procureur Fanka Oularé a rappelé que ce sont les produits vendus par l’accusé qui ont conduit au décès de la petite Oumou Hawa Bah. Le magistrat a indiqué que les faits sont établis, quand bien même il ne s’agirait pas d’une infraction intentionnelle. Il a toutefois souligné que l’accusé n’a exprimé aucun regret. En conséquence, il a demandé au juge de déclarer Mouctar Bah coupable des faits poursuivis à son encontre et de le condamner à 15 ans de réclusion criminelle. De son côté, l’une des avocates de la défense, constituée pour assister les personnes démunies à l’occasion du mois de la femme, a pris la parole. Elle a d’abord confié la difficulté de sa tâche, étant donné qu’une fillette de deux ans a succombé après l’administration des produits vendus par son client. Elle a néanmoins imploré la clémence du tribunal à l’égard de Mouctar Bah, affirmant que celui-ci ne semble pas jouir de toutes ses facultés mentales au regard de ses déclarations à la barre. En conséquence, elle a sollicité de larges circonstances atténuantes. Finalement, le juge Mohamed Sangaré a mis le dossier en délibéré pour décision être rendue le 2 avril prochain. Fatoumata Diouldé Diallo pour Guineematin.com