CRIEF : « l’État a attribué ses propres biens à Dr Mohamed Diané pour lui nuire », soutient un avocat de l’ancien ministre
2026-03-05 - 15:45
Comme annoncé précédemment, le procès en appel de Dr Mohamed Diané, ancien ministre de la Défense nationale, s’est poursuivi ce jeudi 5 mars 2026 devant la chambre des appels de la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières. L’audience du jour a été consacrée aux plaidoiries et réquisitions, a constaté un journaliste de Guineematin.com sur place. Si la partie civile et le ministère public ont sollicité la confirmation partielle du jugement rendu en première instance, la défense a demandé l’annulation pure et simple de cette décision. Trois avocats de Dr Mohamed Diané se sont succédé à la barre pour présenter les plaidoiries de la défense. Me Almamy Samory Touré, qui s’est exprimé en premier, a d’abord expliqué le retrait de son camp du procès tenu en première instance. Selon lui, cette décision était due au fait qu’ils ne voulaient pas s’associer à un procès inéquitable. « C’est le procès le plus injuste et le plus inéquitable », a-t-il déclaré. Il rappelle que la Cour de justice de la CEDEAO avait en effet rendu un arrêt ordonnant la remise en liberté de l’ancien ministre Dr Mohamed Diané. Une décision que la justice guinéenne avait refusé d’appliquer. « Nous avons donc décidé de ne pas nous associer à ce procès, parce que nous avons estimé que Dr Mohamed Diané ne pouvait pas bénéficier d’un procès juste et équitable ». L’avocat a ensuite abordé les questions de fond. Selon lui, la chambre de jugement de la CRIEF « s’est fondé sur de simples déclarations du prévenu et non des pièces pour le condamner ». Ce qui veut dire, dit-il, qu’il n’y avait aucune preuve de sa culpabilité. Me Almamy Samory Touré ajoute d’ailleurs que même les montants annoncés dans ce jugement « sont inexacts ». Parlant des biens attribués à Dr Mohamed Diané, il soutient que la plupart d’entre eux ne lui appartiennent pas. « L’État lui-même, dans sa volonté de nuire, dans sa volonté de diaboliser le prévenu, a pris ses propres biens et les lui a attribués », a-t-il affirmé. Pour lui, l’exercice consistant à justifier l’origine licite des biens du prévenu devait être précédé par l’identification des biens lui appartenant. Ce qui, dit-il, n’a jamais été fait par le ministère public. L’avocat indique que parmi les biens cités dans ce dossier comme étant des propriétés de l’ancien ministre de la Défense nationale, il y en a 14 qui sont non identifiables, 12 qui sont cités à plusieurs reprises et d’autres qui sont « revendiqués par des tiers avec des preuves à l’appui ». « Comment voulez-vous qu’il justifie l’origine de biens qui ne sont même pas identifiés ? », s’est-il notamment interrogé, avant de demander à la Cour de considérer que tous les biens qui ne comportent pas le nom du prévenu ne lui appartiennent pas. Évoquant la différence entre les crédits alloués au ministère de la Défense nationale et les dépenses effectuées, Me Almamy Samory Touré précise que le crédit que l’Assemblée nationale accorde à un département « est une autorisation à dépenser, c’est un montant qui n’existe pas. Comment quelque chose qui n’existe pas peut être détourné ? » L’avocat s’interroge également sur la provenance du montant de 500 milliards évoqués par la partie civile et le ministère public. Parce que, souligne-t-il, il n’y a aucun rapport qui le mentionne. Il relève enfin « une mauvaise application de la loi » par le juge d’instance en ce qui concerne la violation évoquée du Code des marchés publics par Dr Mohamed Diané. C’est pour toutes ces raisons que Me Almamy Samory Touré demandé à la Cour d’infirmer le jugement rendu par la chambre de jugement de la CRIEF en toutes ses dispositions et de relaxer purement et simplement Dr Mohamed Diané. Ses confrères Me Sidiki Béréte et Me Sékou Kondiano ont abondé dans le même sens. De son côté, les avocats de l’État guinéen ont demandé à la Cour de confirmer la culpabilité du prévenu pour les faits de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux ; d’infirmer partiellement le jugement rendu en première instance, « parce qu’il a exclu les biens placés sous le nom de son épouse et d’autres personnes » ; de valider les mesures conservateurs entreprises ; d’ordonner la confiscation de tous les biens du prévenu et de le condamner au paiement de 500 milliards de francs guinéens à l’État. Pour sa part, le procureur a requis la confirmation du jugement rendu en première instance dans son aspect action publique en toutes ses dispositions. Aly Touré a également demandé à la Cour de tenir compte des plaidoiries des avocats de l’Agent judiciaire de l’État, partie civile dans cette affaire. Après avoir écouté toutes les parties, la Cour a renvoyer l’audience au 16 avril prochain pour rendre sa décision. En première instance, Dr Mohamed Diané avait été condamné, le 18 décembre 2024, à 5 ans d’emprisonnement ferme, plus le paiement de 5 milliards de francs guinéens d’amende et de 500 milliards de francs guinéens au profit de l’État guinéen. La Cour avait également ordonné la confiscation de plusieurs biens immobiliers et non immobiliers appartenant à l’ancien ministre de la Défense nationale. Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com Tel. 628 12 43 62