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Crise au Moyen-Orient : le baril de pétrole dépasse les 80 dollars, le gaz et l’or aussi s’envolent

2026-03-03 - 12:05

Les tensions au Moyen-Orient ont de nouveau rappelé à quel point la géopolitique reste un déterminant majeur des marchés mondiaux de matières premières. Depuis le début des frappes israélo-américaines contre l’Iran et les répliques de Téhéran, les prix de plusieurs matières ne cessent de flamber sur le marché mondial. Une situation qui suscite de sérieuses inquiétudes dans nombreux pays du monde. Le marché pétrolier est en première ligne. Le baril de Brent crude, référence en Europe, s’échange ce mardi 3 mars 2026 autour de 80,89 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, avoisine 73,78 dollars. Ces niveaux traduisent l’intégration rapide d’une prime de risque géopolitique liée aux craintes de perturbations dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20% du pétrole mondial. Toute menace sur ce corridor stratégique suffit à tendre les marchés, déjà sensibles à l’équilibre précaire entre offre et demande. Le gaz naturel n’est pas en reste. En Europe, le contrat de référence TTF évolue autour de 46 euros le mégawattheure, soit une hausse de plus de 40 % en l’espace de quelques jours. Ce bond de prix résulte de la réduction de l’approvisionnement en GNL et des craintes d’une coupure prolongée du passage via le détroit d’Ormuz. Pour les économies européennes, encore marquées par les chocs énergétiques des années précédentes, cette flambée ravive le spectre d’une facture énergétique alourdie pour les ménages comme pour les industriels. L’or, considéré comme valeur refuge, a également vu ses prix s’envoler avec l’incertitude géopolitique mondiale. Il s’échange autour de 5 252 dollars ce mardi. Malgré un léger repli lié à un dollar fort, le prix de l’or reste très élevé par rapport aux mois précédents. Selon les analystes, ce mouvement traduit une défiance envers les actifs risqués et un repositionnement stratégique des portefeuilles. Au-delà des chiffres, il faut dire que les implications macroéconomiques sont considérables. Pour l’économie mondiale, une hausse durable des prix du pétrole et du gaz signifie un regain de pressions inflationnistes. Les banques centrales, qui tentaient d’ancrer les anticipations de prix après plusieurs cycles de resserrement monétaire, pourraient se retrouver face à un dilemme. Faut-il maintenir des taux élevés pour contenir l’inflation importée, au risque de freiner davantage la croissance, ou desserrer l’étau monétaire et risquer une nouvelle spirale inflationniste ? En effet, le renchérissement de l’énergie agit comme une taxe invisible sur l’activité. Il rogne le pouvoir d’achat des ménages, réduit les marges des entreprises et complique les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les secteurs fortement énergivores, comme le transport, la chimie et sidérurgie, sont particulièrement exposés. Si les tensions devaient s’inscrire dans la durée, le scénario d’un ralentissement économique global, voire d’une stagflation dans certaines régions, ne peut être écarté. L’Afrique, quant à elle, se trouve dans une position ambivalente. Les pays exportateurs d’hydrocarbures pourraient bénéficier à court terme de recettes budgétaires accrues. Pour des producteurs comme le Nigeria ou l’Angola, un baril plus cher offre un ballon d’oxygène budgétaire bienvenu, susceptible de soutenir les finances publiques et les réserves de change. En revanche, la majorité des économies africaines sont importatrices nettes d’énergie. Pour elles, la hausse des cours du pétrole et du gaz se traduit par une aggravation des déficits commerciaux, une pression importante sur les devises locales et une inflation importée. Dans un contexte déjà marqué par des niveaux d’endettement élevés et des marges budgétaires limitées, l’augmentation de la facture énergétique pourrait contraindre les gouvernements à réduire les subventions. Ce qui aurait pour conséquence, la montée de tous les prix sur les marchés. La flambée du prix de l’or peut aussi soutenir certains pays producteurs du continent, comme la Guinée. Mais elle ne compense pas nécessairement l’impact généralisé d’une énergie plus chère sur le tissu économique. À moyen terme, la situation pourrait également freiner les investissements directs étrangers, les investisseurs adoptant une posture plus prudente face à un environnement mondial instable. Alpha Fafaya Diallo pour Guineematin.com

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