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Crise de liquidité, tensions au Moyen-Orient, difficultés de financement… les risques qui pèsent sur le projet Simandou

2026-03-06 - 09:55

Réunis en session plénière ce jeudi, 5 mars 2026, les conseillers nationaux du Conseil national de la transition (CNT) ont examiné et adopté le projet de loi relatif au Plan Simandou 2040. Il s’agit d’un ambitieux programme de développement socio-économique destiné à transformer l’économie guinéenne dans les prochaines décennies. Après plusieurs jours de travaux approfondis autour des textes encadrant ce programme stratégique, les membres du CNT ont présenté un rapport de synthèse mettant en lumière les principaux enjeux liés à sa mise en œuvre. Dans ce document, la commission saisie au fond a identifié plusieurs risques susceptibles d’affecter l’exécution du programme, tout en formulant une série de recommandations à l’endroit du gouvernement afin de garantir l’efficacité, la transparence et la durabilité de ce vaste chantier national, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. Des risques multiples identifiés Présentant le rapport devant les conseillers nationaux, le rapporteur général de la commission, l’honorable Fabara Koné, a détaillé les principaux facteurs de risque pouvant entraver la mise en œuvre du programme Simandou 2040. Selon lui, plusieurs éléments d’ordre économique, financier, géopolitique et institutionnel pourraient affecter les projections et la réalisation des projets prévus dans le cadre de ce plan stratégique. Parmi les risques identifiés figurent notamment la persistance des tensions au Moyen-Orient, susceptible d’entraîner une hausse du prix du carburant et, par ricochet, une augmentation du coût des biens et services. Le rapport évoque également les difficultés potentielles de mobilisation des financements auprès des bailleurs internationaux et du secteur privé, qui devraient assurer près de 49 % du financement global du programme. La commission a également pointé la persistance de la crise de liquidité, la forte dépendance du programme vis-à-vis du projet minier de Simandou, ainsi que l’insuffisance de ressources énergétiques, notamment en gaz naturel liquéfié, pour soutenir les industries de transformation et les activités de raffinage. À ces facteurs économiques s’ajoutent des risques liés à l’environnement régional et international, notamment l’instabilité sécuritaire dans la région du Sahel, les conditions tarifaires liées à la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) ou encore l’éventuelle création d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest, susceptible d’entraîner des ajustements macroéconomiques. Sur le plan interne, les conseillers nationaux ont également évoqué les défis liés aux futures échéances électorales, les retards dans l’exécution des dépenses publiques, la volatilité des prix internationaux des matières premières — notamment le minerai de fer — ainsi que les risques environnementaux et sociaux liés à l’exploitation minière. Le rapport souligne aussi les menaces de corruption ou de mauvaise gouvernance, les retards dans la réalisation des infrastructures structurantes (ferroviaires, portuaires et énergétiques), l’insuffisance de main-d’œuvre nationale qualifiée et la non-rétrocession régulière des ressources aux collectivités locales. Des recommandations pour renforcer la gouvernance du programme Au-delà de l’identification de ces risques, la commission des finances du CNT a formulé plusieurs recommandations destinées à renforcer les mécanismes de mise en œuvre du programme Simandou 2040. Parmi les principales propositions figurent la prise en compte des réformes suggérées par le CNT, l’amélioration de la gouvernance environnementale du programme, notamment à travers la rationalisation de la construction des raffineries, la restauration de la mangrove le long du littoral et la lutte contre l’exploitation artisanale incontrôlée de l’or. La commission recommande également le développement d’une politique agricole, énergétique et industrielle cohérente afin d’accompagner la transformation structurelle de l’économie nationale et de réduire la dépendance du pays aux importations. Les conseillers nationaux insistent en outre sur la nécessité de respecter effectivement la décentralisation budgétaire, notamment par la rétrocession régulière des ressources dues aux collectivités locales. Parmi les autres mesures proposées figurent la production périodique de rapports de suivi par la Direction nationale du Plan, le renforcement et l’équipement du génie militaire pour la réalisation de certains projets structurants, ainsi que la mise en place d’un mécanisme structuré d’implication de la diaspora guinéenne dans le financement et la mise en œuvre de projets stratégiques. La commission recommande également d’accélérer la mise en opération du Fonds souverain destiné à financer une partie du programme, de diversifier les sources de financement, de renforcer les capacités nationales de préparation des projets et d’accélérer le développement des infrastructures énergétiques, notamment dans les domaines de l’hydroélectricité, du gaz et des énergies renouvelables. Un programme stratégique pour l’avenir économique de la Guinée À travers ces analyses et recommandations, le Conseil national de la transition affirme vouloir contribuer à sécuriser la mise en œuvre du programme Simandou 2040, présenté comme l’un des piliers majeurs de la stratégie de développement économique et industriel de la Guinée. Les conseillers nationaux estiment que la réussite de ce programme dépendra non seulement de la mobilisation des ressources financières nécessaires, mais aussi de la qualité de la gouvernance, de la transparence dans la gestion des projets et de la capacité du pays à anticiper les risques économiques et géopolitiques. Mamadou Laafa Sow et Mohamed Lamine Touré pour Guineematin.com Tél. : 622 919 225

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