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Education : « Le déficit d’enseignants reste notre plus grand défi à Pita », révèle Amadou Sadjo Barry de la DPE

2026-03-16 - 21:56

Dans la préfecture de Pita, l’éducation demeure un pilier essentiel du développement local. Mais, malgré les efforts déployés par les autorités éducatives et les communautés, le système éducatif fait face à plusieurs défis, notamment le manque d’enseignants, les difficultés liées à la formation pédagogique et certains problèmes de comportement chez les élèves. Dans un entretien accordé à Guineematin.com à travers l’un de ses reporters, le chef de section pédagogique à la Direction préfectorale de l’Éducation (DPE) de Pita, Amadou Sadjo Barry, a dressé un diagnostic détaillé de la situation. Il évoque l’organisation du système éducatif dans la préfecture, les obstacles rencontrés sur le terrain ainsi que les stratégies envisagées pour améliorer la qualité de l’enseignement et renforcer les performances scolaires. Guineematin.com : Comment se présente la situation actuelle du système éducatif dans la préfecture de Pita, notamment en termes d’infrastructures scolaires, d’enseignants et de résultats pédagogiques ? Amadou Sadjo Barry : La Direction préfectorale de l’éducation compte cinq sections comprenant au total 24 cadres. À cela s’ajoutent 13 délégations scolaires de l’enseignement élémentaire (DSEE) qui gèrent les différentes sous-préfectures. Nous avons également 30 chefs d’établissements secondaires, dont deux proviseurs. Dans la préfecture, on dénombre 361 écoles primaires. Au niveau public, il y a 278 écoles laïques et 49 écoles franco-arabes. Dans le privé, on compte 34 écoles, dont 8 franco-arabes. L’ensemble totalise 40 239 élèves, dont 22 898 filles au niveau de l’élémentaire. Au secondaire, nous avons 44 établissements. Parmi eux, 30 sont publics, dont 28 établissements d’enseignement général et deux écoles franco-arabes. Le secteur privé compte 14 établissements, dont 11 d’enseignement général et trois franco-arabes, pour un effectif global de 9 886 élèves, dont 5 419 filles. Au préscolaire, la préfecture dispose de 31 écoles maternelles pour un effectif de 2 350 apprenants, dont 1 433 filles. Les centres d’éducation communautaire (CEC) sont au nombre de 7, avec 239 apprenants, dont 122 filles. Les classes pré-primaires comptent 17 écoles pour 597 apprenants, dont 297 filles. Concernant les enseignants pour l’année scolaire 2024-2025, nous avons 1 341 enseignants au primaire, dont 507 femmes. Parmi eux, 740 sont titulaires et 601 contractuels. Au secondaire, on compte 255 titulaires, dont 26 femmes, et 233 enseignants contractuels, dont 7 femmes. Les maternelles comptent 34 enseignantes, tandis que les CEC disposent de 26 moniteurs, dont 17 femmes, et les classes pré-primaires de 18 moniteurs, dont 17 femmes. Voilà globalement la situation de l’éducation dans la préfecture de Pita. Quelles sont les principales difficultés auxquelles votre direction est confrontée (manque de salles de classe, effectifs pléthoriques, accès en zones rurales, équipements) et quelles solutions sont envisagées à court et moyen termes ? Amadou Sadjo Barry : Comme toute institution publique, la Direction préfectorale de l’éducation de Pita est confrontée à plusieurs défis. Le premier est le manque d’enseignants. Nous enregistrons un déficit de 405 enseignants au niveau élémentaire et 55 au secondaire, malgré le recrutement de l’année dernière qui nous a permis d’obtenir 312 enseignants, dont 150 pour le secondaire. Si l’on se réfère aux groupes pédagogiques existants dans la préfecture, nous en avons 1 432. C’est en comparant ce nombre avec l’effectif d’enseignants disponibles que nous mesurons l’ampleur du déficit. Un autre défi concerne la formation pédagogique des enseignants. Plusieurs enseignants recrutés récemment viennent directement des universités sans avoir suivi de formation professionnelle dans les Écoles normales d’instituteurs (ENI) ou à l’ISSEG (Institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée). Ils disposent de connaissances académiques, mais ne maîtrisent pas toujours les méthodes pédagogiques nécessaires pour transmettre efficacement ces connaissances aux élèves. Comment comptez-vous relever ces défis afin d’améliorer la qualité de l’enseignement et réduire les risques liés à l’abandon scolaire ? Amadou Sadjo Barry : Pour relever ces défis, nous avons mis en place plusieurs approches. La première consiste à renforcer les capacités des enseignants à travers des sessions de formation continue, notamment en didactique des disciplines. L’objectif est de les aider à transformer le savoir académique en connaissances accessibles aux élèves. Nous sommes également confrontés au faible niveau académique ou professionnel de certains enseignants recrutés dans des filières non pédagogiques. Pour y remédier, nous organisons aussi des formations académiques et professionnelles afin de les accompagner. Cependant, la solution durable reste l’application de critères de recrutement plus rigoureux, privilégiant les enseignants formés dans les ENI ou à l’ISSEG. Malheureusement, le nombre de candidats dans ces institutions diminue. Par exemple, l’année dernière, l’ENI de Mamou n’a enregistré que 15 élèves-maîtres. Aujourd’hui, de nombreux jeunes titulaires du baccalauréat préfèrent poursuivre leurs études à l’université plutôt que d’intégrer les ENI. Après l’université, certains se réorientent vers l’enseignement sans formation pédagogique, ce qui multiplie les difficultés dans les écoles. Un autre défi concerne le manque de professionnalisme de certains enseignants. Certains exercent d’autres activités après les heures de cours, comme le commerce ou la conduite de taxi-moto, ce qui limite leur engagement pédagogique et le rendement, tant en quantité qu’en qualité. La DPE est-elle confrontée à d’autres problèmes qui minent l’éducation dans la préfecture de Pita ? Amadou Sadjo Barry : Il y a plusieurs problèmes. L’un d’eux est l’utilisation abusive des téléphones par les élèves, notamment sur les réseaux sociaux. Nous ne sommes pas opposés à l’usage des smartphones, mais leur utilisation doit être encadrée par les parents. Nous constatons également une exposition de certains élèves aux produits stupéfiants, en particulier chez les collégiens. Face à cette situation, les autorités préfectorales ont instruit la gendarmerie d’effectuer des patrouilles autour des établissements pendant les heures de cours afin de réduire l’école buissonnière et les comportements à risque. Nous faisons également face à la négligence de certains parents, qui ne suivent pas le parcours scolaire de leurs enfants et ne répondent pas aux convocations des enseignants. Pourtant, l’éducation doit être une responsabilité partagée entre l’école et la famille. Qu’en est-il de la gestion des effectifs dans les différents établissements de votre juridiction ? Amadou Sadjo Barry : La gestion des effectifs pose également un problème, notamment la pléthore d’élèves dans certaines classes, liée au manque d’enseignants. À Pita, les communautés jouent un rôle important pour combler ce déficit. Nous avons recensé 487 enseignants communautaires pris en charge directement par les parents d’élèves. Chaque enseignant reçoit en moyenne un million de francs guinéens par mois, ce qui représente environ 487 millions de francs par mois, soit plus de 4 milliards de francs par an supportés par les communautés. Cet engagement montre à quel point les populations de Pita soutiennent l’éducation. Sans cet appui, la situation serait beaucoup plus difficile dans les établissements publics. Concernant les infrastructures, la situation s’est améliorée. L’année dernière, le département a financé la construction de plus de 60 salles de classe dans la préfecture. De même, plusieurs établissements ont bénéficié de table-bancs fournis par le Service national des infrastructures et équipements scolaires. Quelles priorités et innovations comptez-vous mettre en œuvre pour améliorer la qualité de l’enseignement à Pita et garantir une éducation inclusive et équitable pour tous les enfants de la préfecture ? Amadou Sadjo Barry : Nous mettons en œuvre plusieurs stratégies. Après les évaluations du premier trimestre, nous identifions les élèves en difficulté, notamment dans les classes d’examen. Les enseignants sont ensuite encouragés à les accompagner les jours non ouvrables afin de renforcer leurs capacités en vue des examens de fin d’année. Nous intensifions également les activités d’encadrement pédagogique rapproché. Au lieu de limiter ces missions à une ou deux périodes dans l’année, nous effectuons des sorties régulières sur le terrain afin d’assister les enseignants, les conseiller et améliorer leurs pratiques. Nous organisons aussi, avec certaines ONG partenaires, des concours de dictée et d’autres activités pédagogiques. Ces initiatives encouragent les élèves à travailler davantage, car elles valorisent les meilleurs résultats et motivent les apprenants. Par ailleurs, après les inspections, nous identifions les enseignants qui se distinguent par la qualité de leur travail et nous leur délivrons des témoignages de satisfaction. Cette reconnaissance contribue à valoriser la profession et à encourager les bonnes pratiques dans les écoles. Enfin, nous appelons les parents d’élèves à s’impliquer davantage dans le suivi scolaire de leurs enfants et à collaborer étroitement avec les enseignants afin de garantir la réussite des élèves. Propos recueillis par Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com Tél. : 622 91 92 25

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