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Enlèvement de proches de Tibou Kamara : la justice annonce l’ouverture d’une enquête

2026-03-05 - 14:14

Après plusieurs jours de vives réactions et d’indignation, les autorités judiciaires ont annoncé l’ouverture d’une enquête sur l’enlèvement de proches de l’ancien ministre Tibou Kamara. Les faits se sont produits à Dinguiraye, une localité située à environ 490 kilomètres au nord-est de Conakry. Dans un communiqué rendu public ce jeudi, 5 mars 2026, le parquet général près la Cour d’appel de Kankan affirme avoir été informé « de faits d’une particulière gravité » liés à l’enlèvement de trois personnes vivant dans la commune urbaine de Dinguiraye et présentées comme des membres de la famille d’un ancien ministre de la République. Le document, signé par le procureur général Marwane Baldé, confirme l’ouverture d’une procédure judiciaire à la suite de cet acte qui a profondément choqué l’opinion publique. Selon les premières informations relayées par le parquet, les victimes auraient été enlevées à leur domicile par un groupe d’hommes armés. « Selon les informations préliminaires portées à la connaissance du ministère public, les trois victimes auraient été enlevées à leur domicile à Dinguiraye par des individus encagoulés et armés, circulant à bord de trois véhicules de couleur noire », précise le communiqué. À ce stade des investigations, les auteurs de cet enlèvement n’ont pas encore été identifiés. Le parquet indique toutefois que les faits pourraient relever de plusieurs infractions pénales. « Ces faits sont susceptibles de recevoir les qualifications pénales suivantes, sous réserve des résultats des investigations : enlèvement et séquestration de personnes, association de malfaiteurs et détention illégale d’armes », souligne le procureur général. Ces infractions sont prévues et sanctionnées par les articles 303, 784, 848 et suivants du Code pénal guinéen. Face à la gravité de la situation, le parquet général affirme avoir instruit les autorités judiciaires compétentes d’ouvrir immédiatement une enquête. « Le procureur général instruit le procureur de la République près le tribunal de première instance de Faranah, ainsi que les juges de paix de Dinguiraye et de Dabola, de procéder à l’ouverture d’une enquête judiciaire approfondie contre X », indique le communiqué. Les services de police judiciaire sont également mobilisés afin de mener toutes les investigations nécessaires pour identifier, interpeller et traduire devant la justice toute personne impliquée dans cette affaire. Dans sa déclaration, le parquet général condamne « avec la plus grande fermeté » ces actes qu’il considère comme de nature à troubler gravement l’ordre public et à porter atteinte à l’autorité de l’État. « Le parquet général condamne avec la plus grande fermeté ces actes criminels qui troublent gravement l’ordre public et portent atteinte à l’autorité de l’État. Il rappelle que nul n’est au-dessus de la loi », insiste le procureur général. Le ministère public appelle par ailleurs les habitants de Dinguiraye au calme et à la collaboration avec les enquêteurs afin de faciliter la manifestation de la vérité. Malgré l’annonce de cette enquête, de nombreuses interrogations subsistent. L’enlèvement de femmes âgées au domicile d’un ancien responsable politique par des hommes armés et encagoulés a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique et suscité de nombreuses réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Dans un communiqué ce jeudi, le Front national pour la défense de la constitution (FNDC) a dénoncé une “folie liberticide d’un autre âge” et exprimé son soutien et sa solidarité à l’ex ministre Tibou Camara et à sa famille. Pour plusieurs observateurs, l’ouverture d’une enquête était attendue. Mais l’opinion réclame désormais des résultats concrets, notamment l’identification des auteurs et la libération des personnes enlevées. Cas d’enlèvement non élucidés en Guinée L’enlèvement de ces proches de l’ancien ministre Tibou Kamara vient se greffer à une longue liste de kidnapping non encore élucidés en Guinée. Le cas des leaders du FNDC, Oumar Sylla alias “Foniké Mangué” et Billo Bah, demeure particulièrement emblématique. Ces deux figures de la société civile guinéenne ont été enlevées le 9 juillet 2024 à Conakry par des hommes en uniforme. Et depuis, ils sont portés disparus. Les enquêtes ouvertes par les autorités judiciaires n’ont jusque-là pas permis d’élucider cette affaire. Une autre affaire qui continue d’indigner l’opinion, c’est celle de l’enlèvement du journaliste Marouane Camara. Ce professionnel de média a été kidnappé le 3 décembre 2024 dans la commune de Lambanyi (Conakry) par des hommes en tenues de gendarmes et de militaires. Et depuis, il reste introuvable malgré les enquêtes annoncées par les autorités. D’autres cas, et non les moindres, allongent cette liste d’enlèvement sous le régime du Général Mamadi Doumbouya, au pouvoir en Guinée depuis le coup d’Etat du 5 septembre 2021 contre le président Alpha Condé. Ces dossiers non résolus alimentent un climat de méfiance et renforcent les préoccupations relatives au respect des libertés fondamentales et à la sécurité des citoyens. L’ouverture de l’enquête sur l’affaire de Dinguiraye représente une première étape. Mais au-delà des annonces, c’est la capacité des institutions à produire des résultats tangibles et à restaurer la confiance des citoyens qui sera déterminante. Dans l’immédiat, les familles des victimes attendent des réponses, tandis que l’opinion publique observe avec attention l’évolution de ce nouveau dossier sensible. De Kankan, Souleymane Kato Camara pour Guineematin.com

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