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Forécariah : avec plus de 7 000 pépinières de légumes, un greffier-agriculteur défie la saison sèche

2026-03-09 - 10:55

En Guinée, le développement de l’agriculture demeure un défi majeur, malgré l’énorme potentiel dont regorge le pays. Pourtant, rares sont encore les cadres et citoyens qui décident de s’investir pleinement dans ce secteur afin de contribuer à l’autosuffisance alimentaire. À Forécariah, maître Moussa Lamine Bérété, chef de greffe du tribunal de première instance local, fait partie de ces cadres qui ont choisi d’allier leur profession à l’agriculture. Animé par une passion pour la terre et convaincu du rôle crucial de l’agriculture dans le développement économique, il a lancé une plantation maraîchère dans la localité de Whoudhé Khouré, relevant de la sous-préfecture d’Allasoyah. Malgré les contraintes liées à la saison sèche, notamment le manque d’eau et l’absence d’un système d’irrigation moderne, le greffier-agriculteur s’est engagé dans la culture du piment, de l’aubergine et du gombo, a appris Guineematin.com à travers un de ses reporters. Sur le terrain, maître Moussa Lamine Bérété expérimente plusieurs milliers de pépinières avec l’espoir de contribuer à la production locale de légumes très priorisés dans la cuisine guinéenne. Dans un entretien accordé à notre reporter ce samedi, 7 mars 2026, il est revenu sur son engagement dans l’agriculture, les difficultés qu’il rencontre, mais aussi sur l’importance pour les cadres guinéens de s’impliquer dans ce secteur clé pour l’avenir du pays. Guineematin.com : Expliquez-nous votre engagement dans l’agriculture ? Maître Moussa Lamine Bérété : je suis greffier de profession. Et en tant que greffier, j’ai nourri depuis un certain temps une passion pour l’agriculture. Comme disait l’autre, quand vous êtes maître dans un domaine, il faut essayer d’être élève dans un autre domaine. C’est en alternant ma profession de greffier et la passion que j’ai pour l’agriculture que je m’inscris dans la logique de la sécurité alimentaire prônée par le chef de l’Etat, le général Mamadi Doumbouya, qui ne ménage aucun effort à date pour faire de la Guinée un scandale économique, voire agricole. Et en tant que cadre, je sais que le meilleur moment où la meilleure façon de contribuer au développement de mon pays, c’est de m’investir dans l’agriculture. Et en m’inscrivant dans cette logique, je prône la sécurité alimentaire pour le bien-être de la Guinée. C’est pourquoi, lors de la saison des pluies, nous avons investi sur plus de 7 hectares dont la récolte a été bonne et nous avons tenu promesse que pendant la saison de sèche, nous allons encore expérimenter d’autres légumes pour voir si nous pouvons, bien que la saison sèche soit une période de contrainte climatique... nous avons essayé d’expérimenter la culture du piment, de l’aubergine et du gombo. Parce que la saison sèche, c’est une période cruciale pour les légumes voire les fruits qui se justifie par le manque drastique d’eau. Et aujourd’hui, vous voyez, nous avons expérimenté plus de 5000 pépinières de piments, 2000 pépinières d’aubergine et à date, c’est une satisfaction comme vous pouvez le voir sur le terrain. Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans votre activité agricole ? Comme vous le constatez, nos conditions de travail sont réellement difficiles. Avec nos maigres moyens, nous continuons toujours à œuvrer dans le cadre de l’arrosage manuel. Sinon, s’il y avait un système d’irrigation, cela aurait pu nous donner beaucoup de production et de productivité. Mais comme on dit, l’appétit vient en mangeant et nous avons compris que toutes les cultures peuvent être opérationnelles, compte tenu de la richesse de notre sol en Guinée. Et quand même, la difficulté que nous avons rencontrée, c’est l’utilisation d’un moyen un peu archaïque, comme vous le constatez, l’arrosage manuel. Comme l’arrosage manuel prend le temps, prend de l’énergie, mais s’il y avait un système d’irrigation qui est un peu moderne, cela pourrait nous permettre d’accroître un peu nos productions. Quelle est l’importance de l’agriculture pour le développement d’un pays comme la Guinée ? L’importance ? C’est parce que dans toute nation, il faut s’inscrire dans la logique d’une bonne production. Et cette production ne peut être possible qu’en s’invitant dans l’agriculture. Car l’agriculture étant le secteur primaire, c’est un véritable moteur pour le développement économique et social. Et comme vous le constatez bien, le piment, l’aubergine et le gombo sont des piliers de la cuisine guinéenne. Imaginez, à date, avec la pénurie d’eau, les basfonds sont secs, le prix du piment sur le marché, les piments importés, les aubergines également. Mais si nous nous inscrivons dans le cadre de produire ces légumes pendant la saison sèche, qui est une saison de défis climatiques, je pense qu’il va de soi que cela pourrait permettre aux marchés locaux guinéens de vivre de ces produits locaux. Quel message souhaitez-vous adresser aux cadres guinéens concernant l’agriculture ? C’est cette idée qui nous anime et c’est cette ambition que nous admirons toujours, qui est basée sur l’engagement et le patriotisme. Vous n’êtes pas sans savoir que quand on est cadre, on a un devoir patriotique vis-à-vis de sa nation. Quel est ce devoir ? Aujourd’hui, le défi majeur des peuples africains, c’est l’autosuffisance alimentaire et la lutte contre l’insécurité alimentaire. Lorsque tous les cadres de quelques niveaux qui se trouvent pensent à exercer ne serait-ce que de petites activités agricoles, il va sans dire que nos peuples vont bannir peu à peu le système d’importation. Et vous n’êtes pas sans savoir que l’importation est la cause principale du sous-développement. Lorsqu’un peuple ne parvient plus à vivre de ses produits, il va tendre la main aux autres produits. Mais imaginez quand les produits sont importés, le coût de l’importation. Mais Dieu a fait de la Guinée un scandale agricole. Mais ce scandale agricole ne peut être valorisé et valorisable que lorsque les gens s’y mettent et s’il y a de bonnes mesures d’accompagnement. C’est pourquoi, c’est le lieu pour moi de lancer un appel solennel à monsieur le ministre de l’agriculture, ou bien au Ministère de l’Agriculture, de penser aux agriculteurs. Car un pays qui pense à ses agriculteurs, c’est un pays qui prône au véritable développement et au véritable décollage économique Les conflits entre éleveurs et agriculteurs sont souvent évoqués. Quelle est votre expérience à ce sujet ? Le défi majeur aussi de l’agriculteur, c’est souvent le conflit entre éleveurs et agriculteurs. C’est pourquoi l’année passée, il y a eu des petits couteaux tirés entre certains éleveurs et moi, mais à travers le mode de gestion pacifique. Parce qu’il y a un bon voisinage aujourd’hui entre les éleveurs qui évoluent dans la contrée, et il y a un véritable sentiment d’acceptation et la volonté de vivre ensemble. C’est pourquoi vous voyez cette barrière avec les éleveurs. Nous avons consacré nos efforts pour protéger ce plan. C’est pourquoi je lance un appel à tous les éleveurs et agriculteurs de se donner la main. La collaboration n’est pas facile, les conflits vont toujours exister entre éleveurs et agriculteurs. Mais, s’il y a un mode de règlement pacifique et à l’amiable, je pense que les éleveurs vont bien suivre leurs activités, tout comme les agriculteurs. Recevez-vous un accompagnement de la Direction préfectorale de l’agriculture dans votre projet ? Il y a un bon partenariat entre la direction préfectorale de l’agriculture et de l’élevage, mais à date, nous volons de nos propres ailes. Parfois, pour des questions liées à l’agriculture, quand on se voit, parce que nous, nous évoluons dans l’agriculture à travers la main d’œuvre locale. Mais à date, nous n’avons reçu aucune subvention de la part de la direction préfectorale, de quelque niveau que ce soit. Nous volons de nos propres ailes... C’est pourquoi j’ai lancé un appel aux autorités pour penser aux agriculteurs qui souffrent énormément. Rien ne sert à mettre ton cœur dans une activité, mais si vous n’avez pas de mesures d’accompagnement, il va de soi qu’il y a certaines choses qui pourraient freiner votre élan. C’est pourquoi, vous avez vu, malgré la réussite du piment et des aubergines, mais les gombos n’ont pas donné. Mais cela, nous avons compris, nous avons tiré la leçon. Et l’année prochaine, nous allons mettre tous nos poids dans la balance, pour voir comment nous perfectionner, pour que cette terre soit propice pour la culture du gombo. Mais pour les piments et les aubergines, ça a été un sentiment de satisfaction et de joie. Propos recueillis par Ismaël Diallo pour Guineematin.com Tél. : 624 693 333

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