Grève à CDM Chine : Kawessi privée d’eau potable, les autorités redoutent des tensions et exigent du syndicat un service minimum
2026-02-02 - 21:08
Les travailleurs de la société CDM Chine sont en grève depuis une semaine pour réclamer une revalorisation substantielle des catégories professionnelles. Cette grève illimitée, déclenchée par le collège syndical, a totalement paralysé les activités de l’entreprise minière et plongé plusieurs villages des communes rurales de Kawessi (préfecture de Télimélé) et de Malapouya (préfecture de Boké) dans une grave pénurie d’eau potable, aggravée par une forte poussière sur les routes. Le président de la délégation spéciale de Kawessi, Ibrahima Maci Diallo, craint que cette situation fragile ne dégénère en tensions sociales. Il appelle ainsi les grévistes à assurer le service minimum, notamment la fourniture d’eau potable aux populations et l’arrosage de la route minière de Dapilon afin de réduire la poussière. Selon les informations recueillies par Guineematin.com, la société CDM Chine joue un rôle essentiel dans l’approvisionnement en eau potable de Kawessi, en particulier dans les villages où l’eau des forages est impropre à la consommation en raison de sa forte teneur en fer. Toutefois, depuis le déclenchement de la grève, cette distribution est totalement interrompue. Cette coupure soudaine prive des milliers d’habitants d’un accès régulier à l’eau potable. Cette situation, combinée à la poussière sur les routes, les expose à de sérieux risques sanitaires. Dans le secteur de Tanènè, relevant de la commune rurale de Kawessi, les populations sont contraintes de recourir à l’eau des marigots et des ruisseaux pour boire et satisfaire leurs autres besoins en eau. « Nous sommes vraiment très inquiets. Depuis toujours, ce sont les Chinois qui fournissent l’eau potable à nos communautés et qui arrosent les routes pour réduire la poussière. Mais depuis le début de cette grève, nous manquons cruellement d’eau, les camions-citernes ne viennent plus. Actuellement, les habitants utilisent l’eau des marigots pour survivre. La situation est très difficile. Si cela perdure, il existe un risque de soulèvement, ce qui nous inquiète énormément. C’est pourquoi nous demandons au syndicat d’accepter que les travailleurs assurent le service minimum afin d’aider nos populations. Nous recevons chaque jour de nombreuses plaintes des citoyens à cause de cette situation », explique Amadou Diallo, le chef du secteur de Tanènè. La grève des travailleurs de CDM Chine a débuté mardi dernier. Les grévistes ont cessé toute activité, entraînant l’arrêt total des opérations de la société minière et impactant sévèrement les populations locales. La pénurie d’eau potable et la poussière sur les routes affectent plusieurs localités, notamment Guilel, Kilinko, Hounsirè,Folléreya, Tanènè et Lagui dans la sous-préfecture de Kawessi, ainsi que Djoherè et Boflo dans la préfecture de Boké. Pour l’instant, toutes les tentatives de médiation entreprises par les autorités locales sont restées sans résultat, alors que la pression sociale ne cesse de s’intensifier. Le président de la délégation spéciale de Kawessi appelle soit à la suspension de la grève, soit, à défaut, à l’exécution du service minimum afin de soulager les populations. « En tant que responsables locaux, nous avons demandé au collège syndical de suspendre la grève, d’autant plus qu’ils ont été convoqués à Conakry pour des négociations avec l’inspecteur général du travail. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus. Depuis lundi, nous multiplions les démarches entre la direction et le collège syndical, mais sans succès. Aujourd’hui, l’impact est devenu très grave : depuis lundi, les communautés ne reçoivent plus d’eau potable et les routes ne sont plus arrosées. Cela affecte directement l’environnement et nuit à la santé des usagers. La situation est critique. À défaut de suspendre la grève, nous avons demandé au syndicat d’accepter le service minimum, c’est-à-dire l’arrosage des routes et la fourniture d’eau potable. Mais jusqu’à présent, le syndicat refuse toujours d’assurer ce service minimum », déplore Ibrahima Maci Diallo. Sur le terrain, l’exaspération des populations est de plus en plus visible. Après plusieurs jours de privation d’eau, des groupements de femmes sont descendus dans les rues pour réclamer l’accès à cette ressource vitale. Ces manifestations, entamées avant-hier, traduisent un profond désespoir. Par ailleurs, des actes de barricades ont été signalés ces quatre derniers jours dans certaines localités, notamment à Djoherè et Boflo. Excédés, des citoyens tentent de bloquer la route minière afin de faire entendre leur détresse. Les autorités locales interviennent régulièrement pour lever ces barricades et prévenir des incidents plus graves, mais la tension demeure élevée. « Nous lançons un appel aux autorités compétentes afin qu’elles demandent au collège syndical d’accepter le service minimum et de permettre à CDM d’assurer les activités essentielles, notamment l’entretien et l’arrosage des routes ainsi que la fourniture d’eau potable aux populations. Les travailleurs sont peut-être en grève pour des revendications salariales, mais nos communautés ont aussi des droits : le droit à la vie et à la santé. Or, ces droits sont aujourd’hui bafoués. Dès le départ, nous avons demandé aux populations de ne pas s’impliquer dans cette grève, puisqu’il s’agit d’un conflit entre le syndicat et l’employeur, et la communauté a respecté cette consigne jusqu’à récemment. Mais depuis lundi, face à l’absence d’eau potable et à l’intensification de la poussière, les femmes se sont regroupées pour interpeller les autorités locales. Aujourd’hui, nous sommes en grande difficulté, et certains citoyens ont commencé à ériger des barricades sur les axes menant vers Djoherè et Boflo pour réclamer de l’eau potable et la réduction de la poussière », précise le président de la délégation spéciale de Kawessi. Dans l’attente d’une solution à la grève des travailleurs de CDM Chine, les populations de Kawessi espèrent une intervention urgente de l’État afin d’éviter que cette crise sociale ne dégénère en une situation incontrôlable, aux conséquences humaines et sécuritaires potentiellement graves. Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com Tél : 622 97 27 22