Grossesse précoce en Guinée : comprendre les causes, mesurer les risques, agir à temps
2026-02-12 - 12:37
En Guinée, la grossesse précoce reste une problématique préoccupante de santé publique et de développement social. Chaque année, de nombreuses adolescentes âgées de 15 à 19 ans se retrouvent enceintes, particulièrement en milieu rural. Derrière cette situation alarmante se cachent des réalités complexes : mariages précoces, manque d’éducation sexuelle, pauvreté et poids des normes socioculturelles. Autant de facteurs qui exposent ces jeunes filles à de graves risques sanitaires. Pour mieux comprendre les causes et les dangers de la grossesse précoce, un reporter de Guineematin.com a rencontré le Dr Ben Youssouf Keïta, médecin généraliste. Selon lui, le manque d’information et la méconnaissance des méthodes contraceptives sont au cœur du problème. « Les causes principales des grossesses précoces sont le manque d’information sur la sexualité chez les adolescents et la non-maîtrise des méthodes contraceptives. Dès l’apparition des premières règles, généralement entre 12 et 15 ans, il est essentiel que la mère ou une grande sœur explique à la jeune fille les changements liés à sa puberté et les risques de grossesse », a expliqué le médecin. Le Dr Keïta alerte également sur les dangers physiques et psychologiques pour la mère et l’enfant. « Les risques spécifiques d’une grossesse précoce chez l’adolescente sont les accouchements très difficiles, pouvant aller jusqu’à la césarienne, afin d’éviter de pires complications, telles que les fistules vésico-vaginales ou vésico-rectales. Pour le bébé, s’il a la chance de ne pas avoir eu de souffrance cérébrale pendant l’accouchement, vu l’immaturité et la non-préparation de la maman à la vie de nourrice, il peut ne pas bénéficier d’un entretien correct, tant sur le plan de son allaitement que sur son hygiène. Il y a un lien entre le manque d’éducation sexuelle, le manque de maîtrise des méthodes contraceptives et l’augmentation des grossesses précoces chez les adolescentes », a-t-il précisé. Selon le médecin, la vigilance est primordiale dès les premiers signes d’une grossesse. « Dès que la fille ne voit pas ses règles pendant la période habituelle et que tout le mois s’écoule sans qu’elle ne les voie, elle doit immédiatement attirer l’attention de sa confidente à la maison (maman ou grande sœur). Les symptômes de nausées, vomissements, somnolence, caprices alimentaires, ajoutés au retard des menstrues, imposent un test de grossesse chez l’adolescente, sans plus tarder », a-t-il recommandé. Pour prévenir ces situations, Dr Keïta insiste sur le dialogue et l’éducation sexuelle au sein des familles. « L’éducation sexuelle brise le tabou et prépare la fille à prendre des précautions dès l’adolescence. Il est crucial qu’elle ait une confidente de confiance, comme sa mère ou sa grande sœur, pour éviter des erreurs aux conséquences regrettables », a-t-il conclu. La sensibilisation des familles et des communautés apparaît ainsi comme un levier essentiel pour réduire les grossesses précoces et protéger la santé des adolescentes guinéennes. Mariama Barry pour Guineematin.com