Guerre au Moyen-Orient : Dr Makanéra Kaké met en garde contre ses impacts économiques sur la Guinée
2026-03-12 - 21:46
Depuis le 1er mars 2026, le Moyen-Orient est en ébullition. Les États-Unis et Israël se sont attaqués à l’Iran en éliminant son Guide et plusieurs autres dirigeants de la République islamique. Décidé à riposter, l’Iran cible de son côté les intérêts américains dans la région et bombarde Israël. Mais ce qui inquiète le plus, c’est le blocage du détroit d’Ormuz où transite plus de 20 % du commerce mondial. Dans un entretien accordé à la presse, dont Guineematin.com, Dr Alhassane Makanéra Kaké, économiste et enseignant-chercheur, propose des pistes de solutions qui pourraient mettre le pays à l’abri de cette crise qui menace déjà les économies du monde entier. « En réalité, la crise actuellement au Moyen-Orient, essentiellement entre l’Iran, les États-Unis et Israël, provoque de graves conséquences sur plusieurs points. Sur l’économie mondiale, par rapport à la Guinée, le coût sévère que nous allons supporter lorsque la crise perdure, c’est la hausse du prix du carburant. La Guinée importe du pétrole raffiné des Pays-Bas, de Singapour, de la Chine et de l’Espagne, respectivement. Si vous prenez les Pays-Bas, c’est plus de 83 %, Singapour 7,5 %, soit plus de 90 % de nos importations en hydrocarbures. Alors que l’Europe va subir un coup fatal lorsqu’il y a un prolongement de la guerre, ce qui signifie automatiquement que les prix vont augmenter. Donc, on a une première conséquence qui est la conséquence financière. Ça veut dire qu’on va avoir une saignée financière parce que nous allons débourser beaucoup plus d’argent pour avoir la même quantité de carburant par rapport à un montant beaucoup inférieur. Donc il y a cette conséquence. C’est purement sur le plan financier. Mais sur le plan économique, il y a automatiquement l’inflation, parce que l’économie des pays en développement, surtout la nôtre, est essentiellement rythmée par le carburant. Lorsque le carburant monte à la pompe, même le prix du citron augmente sur le marché. Donc cela est automatiquement prévisible », a expliqué l’économiste. Mais ce n’est pas tout, prévient-il. « De l’autre côté, nous avons les conséquences humanitaires. Parce que n’oubliez pas que la Guinée a des ressortissants au Moyen-Orient. Comment faire pour que ces ressortissants puissent être sécurisés ? Et quelles dispositions faudrait-il prendre afin que nos compatriotes ne soient pas des victimes collatérales de cette guerre ? Sur le plan stratégique, nous allons voir automatiquement que l’aide en direction des pays en développement, notamment la Guinée, va être réorientée vers un autre secteur. Je veux dire quoi ? Au Moyen-Orient, ce qui va suivre beaucoup plus les conséquences immédiates de cette guerre, c’est vers où l’aide va aller. Parce que, quoi qu’il arrive, nous avons des pauvres, mais des pauvres en paix. Ils ne sont pas prioritaires par rapport aux pauvres dans la guerre. Donc voici, sur le plan stratégique, cette autre conséquence prévisible. L’ONU va se concentrer, se désengager pratiquement dans nos pays et se concentrer sur les méfaits pervers de la crise au Moyen-Orient. Donc voici globalement trois grandes conséquences prévisibles par rapport à cette situation », a souligné Dr Makanéra Kaké. Pour amortir la crise, l’universitaire propose un changement de paradigme dans l’approvisionnement des produits pétroliers. « Cette guerre est une opportunité pour le gouvernement guinéen de se repositionner sur le plan international. Un repositionnement stratégique. Je vous donne quelques pistes. On a la chance : au Nigeria, il y a la présence d’un grand richard, Dangoté, qui a une raffinerie. Pourquoi prendre plus de 83 % de notre produit raffiné aux Pays-Bas alors que le Nigeria est à côté ? Pourquoi ne pas réorienter, trouver d’autres sources d’approvisionnement à travers ce que moi je qualifie de la diplomatie de proximité ? Donc dès maintenant, la Guinée doit négocier afin que les autorités puissent trouver d’autres sources de ravitaillement à un niveau tout près du pays producteur et de l’industrie du raffinage. Donc la raffinerie, pour moi, c’est le premier élément. Automatiquement, le système ancien, je ne dis pas de le rejeter, mais multiplions les sources d’approvisionnement. La Chine est trop loin. Singapour est trop, trop loin. C’est l’Asie. On a deux pays européens : les Pays-Bas et l’Espagne. Je pense que c’est encore trop loin par rapport à ce qui est tout près ici, au Nigeria. Donc j’appelle ça le repos stratégique par rapport aux problèmes de carburant. Il faut faire de telle sorte que notre économie ne soit pas ouverte uniquement sur l’extérieur et ne soit pas une économie uniquement d’importation et d’exportation de produits primaires. Donc cette guerre est une alerte. Et je suis sûr que le gouvernement guinéen actuel tirera toutes les conséquences pour prendre des mesures idéales parce que le temps joue pour nous », avertit-il. Cet enseignant-chercheur pense que la situation peut même être une opportunité pour la Guinée. « La situation nous est très favorable pour profiter de cette crise, transformer cette crise en une opportunité, et une opportunité qui va perdurer. Et là, je n’en doute pas. Il y a plusieurs pistes, je n’ai donné que quelques-unes », a conclu Dr Alhassane Makanéra Kaké. Si la guerre ne prend pas fin, avec le blocage du détroit d’Ormuz, le prix du pétrole risque de s’envoler et de désorganiser toute l’économie mondiale. Abdallah Baldé pour Guineematin.com Tél : 628 08 98 45