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Guinée : Djénaba Keita appelle à briser les barrières et à renforcer l’autonomisation des femmes

2026-03-26 - 23:32

À l’occasion du mois de mars, dédié à la célébration des droits des femmes, Mme Hann Djénaba Keita, ancienne directrice générale adjointe de l’Agence de promotion des investissements privés (APIP Guinée) et promotrice de l’entrepreneuriat féminin, livre une analyse lucide sur la condition de la femme guinéenne. Dans un entretien accordé à un reporter de Guineematin.com, elle revient sur son parcours, les défis persistants et les perspectives d’avenir pour une meilleure représentativité des femmes dans les sphères économiques et décisionnelles en Guinée. Vous avez été directrice générale adjointe de l’APIP Guinée. Pouvez-vous revenir sur votre parcours professionnel ? Mme Hann Djénaba Keita : je suis banquière de profession et j’ai évolué dans le secteur bancaire, notamment aux États-Unis, avant de rentrer en Guinée où j’ai poursuivi ma carrière. J’ai ensuite été nommée directrice générale adjointe de l’Agence de promotion des investissements privés de 2014 à 2018, puis j’en ai assuré l’intérim jusqu’en 2019. Ces expériences m’ont permis de développer de solides compétences en management et en leadership, notamment pour encourager les jeunes générations à croire en elles-mêmes. Aujourd’hui, je dirige une fondation qui accompagne plus de 5 000 bénéficiaires à travers le pays, majoritairement des femmes, en vue de leur autonomisation. Je suis également à la tête d’un cabinet d’ingénierie financière, Expertise Guinée, qui œuvre dans la promotion des produits locaux et l’accompagnement du secteur privé, notamment dans la mobilisation de financements. En parallèle, j’exerce comme assesseure au tribunal du travail, je siège au conseil d’administration d’une institution de microfinance et j’ai été coordinatrice de programmes pour le Centre du commerce international. Mon ambition est de servir de modèle et de montrer aux jeunes filles que tout est possible avec de la volonté et les outils adéquats Guineematin.com : vous êtes une icône de la jeunesse féminine guinéenne. Quel regard portez-vous sur la situation de la femme guinéenne ? Écoutez, la femme guinéenne dispose aujourd’hui de tout le cadre réglementaire nécessaire pour s’émanciper, créer des activités génératrices de revenus et développer ses entreprises. Cependant, je constate que, parfois, elle se crée des barrières mentales, en plus des obstacles socio-culturels existants. Il arrive ainsi qu’elle s’auto-sabote dans ses initiatives. Malgré cela, la femme guinéenne reste courageuse : elle se réveille la première et se couche la dernière, tout en s’efforçant de subvenir aux besoins de sa famille et de gagner en autonomie. À mon avis, elle doit continuer à se battre pour ses droits. Certes, des acquis existent, mais le combat est loin d’être terminé. Quelle est, selon vous, la place des femmes dans les sphères de décision et dans l’entrepreneuriat en Guinée ? Dans l’entrepreneuriat, la femme reste encore à un stade de maturité relativement faible. Elle est majoritairement active dans le secteur informel. L’enjeu aujourd’hui est de favoriser la formalisation de ses activités. On compte très peu de femmes à la tête de grandes entreprises réellement structurées et respectant les standards internationaux. Le défi est donc d’accroître leur représentativité dans le secteur formel et dans les instances de décision, que ce soit au niveau du gouvernement ou des institutions. Il est essentiel que les femmes puissent porter leur voix, défendre leurs droits et occuper pleinement la place qui leur revient dans la société guinéenne. L’autonomisation des jeunes filles reste un enjeu majeur. Quels sont les principaux défis qui empêchent cette autonomisation ? Le premier défi est le faible taux de scolarisation des jeunes filles, surtout au niveau du secondaire. On observe également des cas de mariages précoces, parfois dès 11 à 14 ans, qui compromettent leur avenir éducatif. Cela entraîne un fort taux d’analphabétisme et maintient de nombreuses femmes dans l’informel. Pour y remédier, il faut renforcer la sensibilisation, promouvoir l’éducation des filles et développer l’alphabétisation, notamment en langues nationales. Il est aussi crucial de former les femmes à la gestion, à la structuration de leurs activités, à l’élaboration de plans d’affaires bancables et à l’éducation financière. La bancarisation et l’accès au financement restent des leviers essentiels pour leur développement. Quelle est votre vision de l’avenir de la femme guinéenne ? La femme guinéenne a tout pour réussir. Il faut simplement lui donner l’opportunité de faire ses preuves. Il n’y a pas de limites : ce qu’un homme peut faire, une femme peut également le faire. Cependant, il est important de travailler sur le développement personnel, la santé mentale et l’accompagnement psychosocial des femmes afin de renforcer leur confiance en elles. À travers des initiatives comme celles de la Fondation Djamila, nous accompagnons les femmes dans toutes les étapes : développement personnel, choix d’activités, renforcement des capacités, accès au marché et financement. L’objectif est de les positionner sur des marchés compétitifs, tant au niveau national qu’international. Quel message adressez-vous aux femmes et aux jeunes filles de Guinée ? Chères femmes et jeunes filles de Guinée, ne vous imposez aucune limite. La clé de la réussite réside dans la compétence et l’éducation. Cherchez à vous former, à vous perfectionner et à développer vos capacités. Nous devons certes nous battre pour nos droits, mais aussi nous imposer par notre valeur intellectuelle et ce que nous apportons à la société. Soyez intègres, bâtissez des réseaux solides et saisissez les opportunités qui s’offrent à vous. Vous avez tout ce qu’il faut pour réussir. Visez l’excellence et contribuez au développement de notre pays. Propos recueillis par Mamadou Laafa Sow pour Guinneematin.com Tél. : 622919225

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