Guinée : « Toutes les crises qu’a connues le pays ont été désamorcées par la radio et la télévision » (Fodé Tass Sylla)
2026-02-13 - 08:18
La Journée mondiale de la radio est célébrée le 13 février de chaque année. Interrogé par un reporter de Guineematin.com à la veille de cette journée, le journaliste guinéen Fodé Tass Sylla, est revenu sur le rôle historique et stratégique de la radio en Guinée. De la lutte pour l’indépendance aux crises sociopolitiques récentes, il a souligné l’influence déterminante de ce média, aujourd’hui confronté au défi du numérique et des réseaux sociaux. Proclamée en 2011 par l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture), puis adoptée en 2012 par l’Assemblée générale des Nations Unies, la Journée mondiale de la radio met à l’honneur l’un des médias les plus accessibles et fiables au monde. Le thème retenu cette année, « Radio et Intelligence Artificielle », interroge l’impact des nouvelles technologies sur la production, la diffusion et l’interaction avec les auditeurs, tout en insistant sur l’importance d’un usage éthique de ces outils. En Guinée, cette célébration est aussi l’occasion de revisiter l’histoire et l’importance stratégique de la radio dans la construction nationale. Pour Fodé Tas Sylla, journaliste expérimenté, ancien directeur de la Télévision nationale, la radio a joué un rôle central dans la lutte pour l’indépendance. « En Guinée, la radio a d’abord été un moyen de mobilisation des populations pour l’indépendance du pays. La lutte menée par le PDG-RDA avant 1958 a été largement soutenue par la radio, en plus des journaux papiers comme Coup de Bambou. » Après l’indépendance en 1958, le média a poursuivi sa mission en sensibilisant et en formant les citoyens aux nouvelles orientations politiques et sociales du pays, président le doyen Fodé Tass Sylla. Au-delà de son rôle historique, Fodé Tas insiste sur la contribution déterminante de la radio – et de la télévision – dans la gestion des crises en Guinée. « Toutes les crises que le pays a eues, c’est la radio et la télévision qui ont désamorcé. À la RTG, on appelle la section en langues nationales “l’artillerie lourde”. Dès qu’elle intervient dans une situation tendue, le calme revient rapidement. » Il cite notamment les crises de janvier-février 2007 ainsi que celles de 2008, durant lesquelles la radio aurait contribué à apaiser les tensions, orienter et sensibiliser les populations. Fodé Tass, actuellement en service au Conseil national de la transition, estime appartenir à une génération « unique », témoin de toutes les mutations technologiques du secteur. « Nous avons commencé avec les bandes magnétiques et aujourd’hui nous travaillons avec les téléphones portables et le numérique. La génération avant nous n’a pas connu l’informatique, et celle d’aujourd’hui n’a pas connu les bandes magnétiques. » Il souligne la rapidité et le caractère positif de cette évolution technologique, qui permet désormais d’enregistrer, traiter et diffuser des contenus directement depuis un smartphone. Longtemps première source d’information crédible en Guinée, la radio est aujourd’hui concurrencée par les réseaux sociaux. Pour Fodé Tass Sylla, la solution est claire : s’adapter plutôt que résister. « Il faut venir sur le terrain de l’adversaire, pénétrer le monde des réseaux sociaux, s’installer sur le numérique et concurrencer là où il est. On ne peut pas fermer les réseaux sociaux. Les radios doivent s’intégrer à la marche du temps. » Selon lui, l’avenir de la radio passe par une présence active sur les plateformes numériques afin de continuer à jouer son rôle d’information, de sensibilisation et de régulation sociale. Moussa Konaté pour Guineematin.com Tél : (+224) 621016809