Guinéens de l’étranger : Dr Morissanda Kouyaté évoque les efforts de réinsertion et les défis diplomatiques de l’État
2026-02-26 - 22:35
La question des Guinéens établis à l’étranger, notamment celle des migrants en situation de détresse et des rapatriés, a dominé la conférence de presse animée ce jeudi, 26 février 2026 par le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger. Devant la presse, Dr Morissanda Kouyaté a longuement détaillé les efforts entrepris par l’État en faveur de la réinsertion des compatriotes de retour au pays, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. Abordant la question sensible de la réintégration socio-économique des migrants rapatriés, le ministre a insisté sur les mécanismes mis en place par son département, en collaboration avec des partenaires techniques et financiers. « La réinsertion des Guinéens rapatriés, je n’en ai même pas encore parlé... Vous avez d’ailleurs constaté que j’étais en train de remettre de l’argent à ceux qui n’étaient pas venus, ainsi qu’à ceux qui étaient en train d’arriver. Il y a des détails que nous ne pouvons pas vous communiquer. Après la distribution des enveloppes en Tunisie, que vous avez d’ailleurs constatée, j’ai été submergé par l’émotion. J’ai pleuré. J’ai pris l’argent que le Président m’avait remis et je l’ai distribué aux bénéficiaires. Ensuite, lorsque nous étions prêts à embarquer pour l’avion, certains sont partis. Mais tout cela ne nous a pas découragés. Lorsqu’ils arrivent ici, nous travaillons avec des partenaires, notamment l’OIM et des pays amis. À leur retour, ils ne rentrent pas immédiatement chez eux : ils sont d’abord pris en charge et logés. Nous avons même créé une direction spécialement dédiée à cet accompagnement. Des groupements d’intérêt économique ont été mis en place pour eux. Il existe un centre informatique à Coyah où ils peuvent se former aux outils numériques. C’est une réalité concrète. Certains ont exprimé le souhait de faire du moto-taxi : nous avons acheté des motos et les leur avons remises. C’est vérifiable. Une directrice est chargée de ce programme. Nous avons également créé des ateliers de couture pour les personnes de retour, ainsi que des pépinières pour le greffage et la distribution de semences », a déclaré le ministre À travers ces explications, Dr Morissanda Kouyaté a voulu démontrer que la politique de réinsertion ne se limite pas à un simple appui financier ponctuel, mais s’inscrit dans une démarche structurée, incluant formation, accompagnement et autonomisation. Il a notamment cité la collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans la prise en charge des migrants de retour. Dans un second temps, le chef de la diplomatie guinéenne a partagé une réflexion plus large sur la migration irrégulière et la responsabilité individuelle, en opposant le parcours de deux jeunes issus d’une même localité. « Prenons l’exemple d’un jeune de Koropara, à Zérékoré, au Sud de la Guinée, qui dit : “J’aime Zérékoré, j’aime la Guinée. Je ne suis pas tenté par l’aventure. Je reste ici, je cultive mon champ et je travaille.” Il choisit de croire en son pays. À l’inverse, un autre jeune de Koropara affirme : “Ce pays, c’est fini. Ce n’est plus un pays. Nous partons.” Il s’en va, sans croire en son pays. Il tombe entre les mains de trafiquants et de criminels, traverse le désert dans des conditions dramatiques, puis commence à pleurer et à appeler au secours. Nous allons le chercher et il revient. À son retour, il retrouve son frère qui, lui, a choisi de rester et de travailler la terre. Celui qui est parti, qui n’a pas cru en son pays et qui a échoué, exige alors qu’on lui donne de l’argent, sous prétexte qu’il a souffert et qu’il est revenu. Je ne parle pas de tout le monde, qu’on soit bien clair. Je parle de ceux qui ont fait ce choix. Mais la question se pose : si l’on donne de l’argent à celui qui est parti et qui revient, que doit-on donner à celui qui est resté, qui a cru en son pays et qui a persévéré ? L’État doit être juste », a-t-il soutenu. Par cette illustration, le ministre a soulevé un débat de fond sur l’équité dans les politiques publiques, appelant à une approche équilibrée entre assistance aux rapatriés et valorisation de ceux qui ont choisi de rester et de contribuer au développement local. Évoquant certaines incompréhensions survenues après des opérations de rapatriement, notamment depuis la Tunisie, le ministre a relaté un épisode révélateur des tensions sociales entourant ces retours. « J’ai moi-même vécu des situations très difficiles. Le jour où j’ai ramené nos compatriotes au nom du Chef de l’État, je l’ai fait avec responsabilité. Deux semaines après leur retour de Tunisie, un groupe s’est organisé ici avec le drapeau d’un parti politique, en scandant : “A b1s Morissanda, Ah Morissanda, pourquoi nous avez-vous ramenés ?” Les forces de sécurité ont voulu intervenir. Je leur ai demandé de n’arrêter personne et de les laisser monter me voir. Je leur ai dit : “Ici, il ne s’agit pas d’un parti politique, mais d’un pays. Nous représentons la République, pas une formation politique. Si vous n’êtes pas satisfaits, nous pouvons vous remettre dans un avion pour la Tunisie”. L’intéressé a finalement pris la fuite. Ce qui se passe au quotidien est souvent invisible pour l’opinion, mais nous devons l’assumer », a-t-il fait savoir. À travers ce témoignage, le chef de la diplomatie a voulu souligner la complexité de la gestion des crises migratoires, entre attentes sociales, récupération politique et impératifs humanitaires. Enfin, Dr Morissanda Kouyaté est revenu sur les démarches engagées par son département pour le transfèrement de détenus guinéens incarcérés à l’étranger, citant notamment des cas antérieurs à celui de la Mauritanie. « Avant le cas de la Mauritanie, nous avions déjà un compatriote détenu dans une prison étrangère. Les conditions y étaient particulièrement difficiles. Nous avons négocié son transfèrement afin qu’il purge sa peine en Guinée. Nous l’avons fait à plusieurs reprises. Lorsqu’un Guinéen est incarcéré à l’étranger, nous engageons des discussions diplomatiques pour qu’il puisse, si possible, purger sa peine dans son pays, lorsque la culpabilité est établie. Mais cela ne se fait pas par simple exigence. Le droit international impose des procédures et des négociations. Actuellement, nous poursuivons les discussions pour que d’autres compatriotes puissent rentrer. Certains sont impliqués dans des trafics graves. Malgré cela, nous travaillons à leur transfèrement, dans le respect des lois et des accords internationaux. Voilà la réalité », dira-t-il. À l’issue de cette conférence, le ministre a réaffirmé la détermination de son département à protéger les intérêts des Guinéens à l’étranger, tout en appelant à une prise de conscience collective face aux dangers de la migration irrégulière et aux exigences de la justice et de l’équité nationale. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com Tel. : (+224) 622919225