Joséphine Loly Tinguiano : 15 ans de magistrature et un parcours qui inspire les jeunes femmes
2026-03-11 - 18:06
Le mois de mars, consacré à la célébration et à la valorisation des femmes à travers le monde, est une occasion de mettre en lumière celles qui se distinguent par leur engagement et leur réussite dans divers domaines d’activité, qu’ils soient formels ou informels. En Guinée, plusieurs femmes se démarquent par leur parcours et leur détermination à briser les barrières dans des secteurs longtemps dominés par les hommes. C’est le cas de Joséphine Loly Tinguiano, actuelle avocate générale près la Cour d’appel de Conakry. Cette jeune magistrate est l’une des rares femmes à occuper ce poste dans cette juridiction de second degré fortement dominée par les hommes. Dans un entretien accordé à Guineematin.com, Joséphine Loly Tinguiano est revenue sur son parcours académique, sa carrière professionnelle et les défis qu’elle a dû relever pour s’imposer dans l’appareil judiciaire, tout en assumant pleinement son rôle de mère de famille. « J’ai fait l’école primaire à Sangoyah ; j’étais tout le temps première de la classe. J’ai fait mon collège à Sangoyah, j’ai eu le BEPC avec une mention Assez Bien. J’ai fait le lycée Yimbaya, j’ai eu le concours d’accès à l’université. J’ai fait la faculté des sciences juridiques et économiques à l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry. Je suis de la dernière promotion des sciences juridiques de Gamal et la première promotion de l’université Général Lansana Conté de Sonfonia ; je suis sortie avec la mention Excellente », a-t-elle indiqué. Portée par une ambition claire et une volonté constante de progresser, la jeune juriste décide par la suite de se présenter au concours du Centre de formation judiciaire afin d’intégrer le corps de la magistrature. « J’ai fait le concours pour être auditrice de justice au Centre de formation judiciaire. Sur les 800 et quelques personnes qui ont candidaté, j’ai été parmi les 50 retenues. Aujourd’hui, je suis de la deuxième promotion du Centre de formation judiciaire ; j’étais la seule femme de cette promotion », rappelle-t-elle. Une fois son brevet de magistrat obtenu, Joséphine Loly Tinguiano entame alors sa carrière judiciaire, marquée par plusieurs responsabilités importantes au sein de l’appareil judiciaire guinéen. « Mon premier poste était au tribunal de première instance de Mafanco. J’ai été nommée substitut du procureur général, poste où j’ai exercé pendant 10 ans. J’ai été postée à la CRIEF et, actuellement, je suis nommée avocate générale près la cour d’appel de Conakry. J’ai exercé pendant deux ans en tant qu’avocate générale et, également, j’ai été élue par les magistrats en tant que membre du Conseil supérieur de la magistrature en Guinée. Après avoir fait ce parcours, vous comprendrez aisément que j’ai totalisé au moins 15 années dans la magistrature. Au bout de ces 15 années, j’ai eu des opportunités de suivre d’autres formations : je suis diplômée de l’Académie internationale de renforcement des capacités en droit aux États-Unis, ainsi que de l’Institut international des chefs de la conservation aux États-Unis. Je suis diplômée du RTC à Accra, au Ghana. J’ai suivi d’autres formations à l’École nationale de la magistrature à Bordeaux, où j’ai obtenu une bourse. Tout dernièrement, j’ai été la seule magistrate retenue pour suivre cette formation dans la plus grande école de magistrature en Europe. Je suis sortie de cette prestigieuse école avec la mention Très Bien », a-t-elle expliqué. Derrière ce parcours impressionnant se cachent toutefois de nombreux sacrifices et un soutien familial déterminant. La magistrate reconnaît que l’appui de ses parents a été essentiel dans la construction de son parcours. « Je me dis que c’est grâce aux efforts conjugués de mes parents qui m’ont inculqué des valeurs qui ont permis de me former. Je mets cette occasion à profit pour remercier ma maman qui m’a soutenue, également mon père qui m’a soutenu, que ce soit par des moyens financiers ou sur le plan moral. Ils m’ont inculqué des valeurs qui m’ont permis d’être là où je suis aujourd’hui. Et, éventuellement, je n’ai pas oublié mon mari qui m’a soutenue dans tout ce que je fais, car vous comprendrez aisément qu’il est lui-même magistrat. Il m’a soutenue pour tout ce qui est de ma formation ; en plus de cela, pour mon accompagnement dans mes différents postes. En tant que femme au foyer, lorsqu’on n’est pas soutenue par son mari, c’est très difficile. J’ai un grand homme derrière moi qui me soutient dans tout ce que je fais et qui me permet de parvenir à mes objectifs. Sans lui, je n’aurais pas pu effectuer cette année de formation dans la plus grande école de la magistrature de France. Il m’a toujours encouragée, que je sois présente ou absente. Je suis fière d’appartenir à cet homme et fière de porter son nom. C’est grâce à lui que je suis parvenue à atteindre mes objectifs », a-t-elle souligné. Au-delà de son parcours personnel, Joséphine Loly Tinguiano se veut également une source d’inspiration pour les jeunes filles qui souhaitent s’orienter vers le droit ou embrasser une carrière dans la magistrature. Elle les invite à accorder une importance particulière à la formation. « Il est très important pour nous, les femmes, de prendre nos responsabilités en main et d’accepter de se former. Je ne me limiterai pas seulement à les encourager, je continuerai à les soutenir autant que je peux et à les sensibiliser. C’est pourquoi d’ailleurs que je ne me limite pas à mon poste de responsabilité : partout où la possibilité m’est offerte, où Dieu me donne la force d’aller sensibiliser et former les jeunes filles à contribuer à la promotion de leurs droits, je n’hésite pas. Aujourd’hui, je dirais à ces jeunes filles de prendre courage. Je sais que ce n’est pas facile, nous sommes dans un milieu où les hommes ne nous font pas de cadeaux. Mais lorsque nous prouvons que nous avons des valeurs, les hommes sauront nous accompagner et nous hisser partout où nous aimerions être. Aujourd’hui, l’égalité entre l’homme et la femme est consacrée par nos instruments juridiques nationaux et internationaux. La Constitution, qui est au-dessus des lois nationales, consacre cette question. C’est pour vous dire, à vous les femmes : œuvrez à ce que vos droits soient respectés. Pour y parvenir, il va falloir vous confronter à tous les obstacles, notamment la méconnaissance de vos droits, la crainte de représailles, les pesanteurs socioculturelles et les difficultés d’accès aux différentes juridictions. Il faut que vous acceptiez de comprendre d’abord vos droits civils et familiaux, de pouvoir les pratiquer ou les exercer afin de promouvoir votre qualité de femme, de jeune fille, et pourquoi pas de petite fille. Parce que c’est aussi consacré par le Code de l’enfant, qui assure la protection des droits de l’enfant », a-t-elle dit. Yayé Oumou Barry et Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com