Journée mondiale de la Radio : le président de l’URTELGUI évoque les défis de ce médium de proximité en Guinée
2026-02-13 - 00:48
Chaque 13 février, le monde célèbre la Journée mondiale de la radio. Un média centenaire, discret mais toujours influent. En Guinée, la radio a longtemps été la première source d’information crédible. Aujourd’hui, elle évolue dans un paysage bouleversé par le numérique, les réseaux sociaux et désormais l’intelligence artificielle. Pour l’édition 2026, placée sous le thème « Radio et Intelligence Artificielle », l’UNESCO invite à réfléchir à la place des nouvelles technologies dans la production et la diffusion de l’information, sans remplacer l’humain. La radio peut-elle garder sa place face à la rapidité des réseaux sociaux ? Doit-elle se réinventer pour survivre ? Pour Aboubacar Camara, président de l’Union des Radios et Télévisions Libres de Guinée (URTELGUI) et président du Conseil d’administration de la Maison de la Presse de Guinée, la radio n’est pas un média dépassé. Elle doit s’adapter, oui. Mais elle ne doit pas perdre son essence : informer avec rigueur, sensibiliser et éduquer. Dans un entretien accordé à Guineematin.com, il analyse les défis du secteur et appelle à une modernisation responsable. Nous vous proposons ci-dessous notre entretien : Guineematin.com : L’humanité célèbre ce 13 février la Journée mondiale de la radio. En tant que président de l’URTELGUI, que représente cette journée pour vous ? Aboubacar Camara : La journée du 13 février représente une journée très importante pour le monde des médias en général et celui des radios en particulier. Parce que, tenez-vous bien, c’est justement le 13 février 2011 que l’UNESCO, au vu de l’importance que représente la radio dans le monde entier depuis sa création, a décidé d’instaurer une journée entière pour célébrer les valeurs de la radio. Cette journée, comme je le disais tantôt, est très importante pour les acteurs du monde de la presse que nous sommes et de la radio en particulier. C’est une journée que nous avons l’habitude de célébrer en mettant en exergue l’importance de la radio qui continue à être un médium incontournable dans le paysage médiatique du monde entier. Malgré l’évolution de la science et de la technologie, la radio continue à occuper une place très importante dans le paysage médiatique, mais aussi auprès des citoyens qui trouvent du plaisir à écouter. Guineematin.com : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels la radio est confrontée en Guinée ? Aboubacar Camara : Aujourd’hui, il faut reconnaître que la radio, comme les autres outils en matière de communication et d’information, connaît des défis auxquels elle est confrontée. Nous pouvons parler du défi prépondérant qui est le défi numérique. Avec l’évolution de la technique et de la technologie, la radio a besoin de s’adapter à l’ère du numérique. Nous appelons les promoteurs des radios à s’adapter à cette évolution numérique pour que la radio continue à occuper cette place. La radio a plus de 100 ans d’existence, 115 ans pour être plus exact. Si elle a pu maintenir cette posture depuis très longtemps, c’est parce qu’elle a une importance capitale. L’évolution des techniques de l’information doit amener les acteurs du monde de la radio à s’adapter pour que la population puisse continuer à écouter, avec le plus grand plaisir, l’ensemble des émissions que nous avons à produire. Il y a effectivement le défi numérique, mais aussi le défi de la modernisation, le défi d’équipement, c’est-à-dire le perfectionnement des outils permettant de faire de la radio un outil incontournable à l’ère du numérique. Au-delà de tous ces défis, il y a un défi majeur, le défi économique. À la radio, comme dans les autres médias, la principale source de revenus, ce sont les annonces. Cela fait appel à l’ingéniosité des hommes de la radio pour aller vers des programmes encore plus attractifs permettant d’accrocher les citoyens. Une fois que les citoyens sont accrochés, des annonceurs peuvent venir associer leur image à ce qui est en train de se passer. À côté du défi numérique, du perfectionnement, de la formation du personnel, il y a donc aussi le défi économique. Guineematin.com : Jusqu’à récemment, la radio était la première source d’information crédible en Guinée. Mais depuis quelques années, elle est sérieusement bousculée par la montée en puissance des réseaux sociaux. Êtes-vous inquiets par cette situation ? Aboubacar Camara : La radio doit continuer à s’adapter à l’ère du changement, à l’ère du numérique. Aujourd’hui, les réseaux sociaux représentent aussi un moyen. On peut parler des web radios, c’est une adaptation de la radio que nous avons connue avec la FM. Avant la modulation de fréquence, il y avait d’autres moyens de communication à travers la radio qui permettaient d’envoyer les ondes vers les citoyens, on est allé vers la FM. Aujourd’hui, la FM même est en train d’être dépassée. Nous avons ce besoin constant et permanent d’adaptation pour que la radio continue à occuper sa place. Effectivement, cela peut être inquiétant. Mais quand vous regardez le thème retenu cette année par l’UNESCO, « Radio et intelligence artificielle », l’IA est un outil, pas une voix. Cela signifie que la radio reste un médium central à travers lequel on va continuer à sensibiliser, informer et éduquer les populations. En termes de rapidité d’information, les réseaux sociaux vont très vite. C’est pourquoi aujourd’hui on parle de webradios et de web télé. Mais en termes de crédibilité et de qualité de l’information, je pense que la radio ne peut pas faire la compétition avec d’autres types de médias. Guineematin.com : Selon vous, qu’est-ce que les radios guinéennes doivent changer ou améliorer pour faire face à cette rude concurrence ? Aboubacar Camara : Le premier élément le plus crucial, à mon avis, c’est le programme. Lors d’une discussion que j’ai eue avec un responsable d’une grande société de la France, il me faisait comprendre que les annonceurs viennent derrière les programmes. La chose la plus importante pour la radio, c’est d’aller vers la proximité. La radio doit créer la proximité. Les professionnels doivent s’approprier les tenants et les aboutissants de cette situation afin que les programmes soient beaucoup plus proches des citoyens et créent l’intérêt chez eux. Cela permettra aux annonceurs de s’aligner derrière. Si nous allons vers l’amélioration significative des programmes, cela peut permettre à la radio de garder sa place d’antan. Guineematin.com : Ne pensez-vous pas que les radios doivent aussi impérativement passer par le numérique pour survivre ? Aboubacar Camara : Oui, c’est obligatoire. Le numérique était déjà un moyen pour la radio. Aujourd’hui, on parle de l’intelligence artificielle. C’est une version améliorée du numérique, mais l’IA est un moyen, ce n’est pas une voix. La radio ne peut pas perdre sa crédibilité vis-à-vis de cette montée des réseaux sociaux numériques. Le numérique et l’intelligence artificielle sont des moyens par lesquels nous devons passer pour toucher beaucoup plus de citoyens. Par exemple, avec la FM, vous avez besoin d’un émetteur pour la diffusion. Avec la législation en vigueur, il est très difficile de couvrir de longues distances. Installé à Conakry, à 50 km déjà, vous êtes limité. Aujourd’hui, le numérique permet de toucher beaucoup plus de citoyens, pas seulement en Guinée, mais à travers le monde entier. C’est le contenu, l’originalité de ce que nous faisons, en se basant sur nos valeurs intrinsèques, l’information, la sensibilisation et l’éducation, qui fera la différence. Guineematin.com : La rapidité de l’information depuis l’avènement des réseaux sociaux est-elle compatible avec la rigueur journalistique à la radio ? Aboubacar Camara : En journalisme, il faut faire attention avec la rapidité. En voulant aller rapidement, peut-on respecter toutes les étapes du traitement de l’information ? C’est une question. Peut-être que les outils nous permettront demain d’y arriver. Mais il faut faire très attention, parce que cela peut aller très vite. Si vous voulez être premier sur l’information, il y a des moments où on peut être amené à marcher sur les bonnes mœurs. Il faut donc faire très attention, la rapidité et le respect des principes journalistiques pourraient aller ensemble si nous avons les outils nécessaires et si nous les adaptons correctement. Aujourd’hui, l’information continue à être la denrée la plus consommée. Les gens ont tendance à aller très vite pour la donner. Mais ce n’est pas la rapidité qui crée la valeur de l’information, c’est son contenu. Guineematin.com : Avez-vous un message à l’endroit des autorités à l’occasion de cette journée ? Aboubacar Camara : La Journée mondiale de la radio doit être mise à profit pour lancer des appels aux autorités et aux citoyens afin que nous puissions davantage nous approprier la radio. Après plus de 115 années d’existence, elle continue à être un média transversal qui s’adapte à toutes les situations et qui aide à sensibiliser dans des situations difficiles telles que les épidémies et les pandémies que nous avons connues dans notre pays. Je me rappelle encore d’Ebola Chrono que les radios guinéennes organisaient à l’époque pour essayer de juguler cette épidémie. Cette coordination, qui consistait à faire un même journal, avait permis de véhiculer de très bonnes informations à travers tout le pays en temps record. Tous ces éléments prouvent que les autorités ont grand besoin de créer des conditions favorables pour l’émergence continue de la radio. Il ne faudrait pas qu’à la faveur du numérique ou de l’intelligence artificielle, on puisse penser à léser la radio dans sa démarche progressive. Depuis sa création, elle a toujours répondu à l’appel. La radio continuera à s’adapter à l’évolution de la science et de la technologie. Il appartiendra aux hommes censés la conduire de faire en sorte qu’elle puisse continuer à s’adapter de façon positive. Entretien réalisé par Mariama Barry pour Guineematin.com