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« Juger sa vie à travers celle des autres peut détruire » : Ousmane Bangoura sur les réseaux sociaux et leur impact sur les jeunes

2026-01-30 - 08:37

Désormais incontournables dans notre quotidien, les réseaux sociaux façonnent aujourd’hui les comportements, les aspirations et parfois même la santé mentale, en particulier chez les jeunes. Entre opportunités économiques, ouverture au monde et pression permanente de la comparaison, ces plateformes suscitent autant d’espoirs que de dérives. Pour mieux comprendre l’impact réel des réseaux sociaux sur la jeunesse guinéenne, leurs effets psychologiques et les mécanismes d’illusion qu’ils peuvent engendrer, Guineematin.com est allé à la rencontre de Ousmane Bangoura, manager en stratégie digitale et créateur de contenu à caractère éducatif. « Tout le monde veut montrer son talent, ses progrès et ses succès, et c’est normal. Mais se mettre sous pression est dangereux. Il faut faire confiance au processus et aux étapes. Ne vous focalisez pas uniquement sur les résultats. Interrogez-vous sur le parcours, les sacrifices et les mécanismes qui ont conduit à ces résultats. Choisissez aussi avec soin les contenus que vous consommez. Les informations, les images et les vidéos que nous consommons ont un lien direct avec notre état émotionnel. Suivez des personnes positives, faites le tri. Un bon choix de contenus permet d’avoir un esprit plus équilibré et une meilleure santé émotionnelle », a-t-il conseillé. Décryptage ! Guineematin.com : Comment décrivez-vous l’impact des réseaux sociaux sur la jeunesse guinéenne aujourd’hui ? Ousmane Bangoura : Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont un réel impact, parce que tout simplement le monde est interconnecté. Tout le monde est connecté, tout le monde partage tous les jours des informations sur son travail, sur sa vie, sur son parcours, sur ses voyages, et ainsi de suite. Donc c’est devenu une foire des rencontres, comme son nom l’indique, parce que c’est un réseau qui permet de rassembler tout le monde, sans aucune distinction de race, d’ethnie, de couleur de peau. Bref, tout le monde est sur les réseaux sociaux. Ceci étant, c’est un monde où les cultures se rencontrent, où les valeurs se rencontrent, où les comportements se rencontrent. Et donc, disons que c’est une mosaïque de comportements. Quand les personnes se rencontrent, même dans la vraie vie, il y a forcément de l’influence des uns sur les autres. C’est la même chose sur les réseaux sociaux. Quand on est connecté, les informations qu’on consomme ont forcément de l’impact sur notre façon de voir les choses. Guineematin.com : Beaucoup de jeunes comparent leur vie à ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux. Comment expliquer ces phénomènes ? Ousmane Bangoura : Il faut comprendre que nous sommes dans une société de concurrence. Cette concurrence commence dès notre jeune âge. Les parents nous apprennent à nous comparer aux autres. Par exemple, quand on va en classe, on dit : c’est le meilleur étudiant, c’est le meilleur élève, il a eu de bonnes notes par rapport à telle personne. C’est ainsi que commence la culture de la comparaison dans nos familles. Dans certaines familles, les parents comparent leurs enfants. Ton jeune frère est plus intelligent que toi, ton grand frère a fait ceci, l’autre est plus béni que toi, l’un travaille plus pour sa mère que l’autre. À tous les niveaux, il y a une comparaison. À l’école, ce sont des courses aux notes. Au travail, chacun veut montrer sa performance. Cette comparaison nous suit à tous les niveaux. Sur les réseaux sociaux, nous sommes interconnectés avec des camarades de classe, des amis avec lesquels nous avons grandi ou des membres de la famille. Généralement, ce sont les réalisations que les gens mettent en avant. Si à chaque fois nous tombons sur le succès des autres et que nous constatons que telle personne a réalisé ceci ou cela, alors que nous n’en sommes pas au même niveau, le stress commence. C’est très naturel. On se demande : pourquoi pas moi ? C’est en ce sens que, lorsque des jeunes se battent pour avoir la même chose que leurs camarades sans y parvenir, la dépression peut commencer. Cela met une certaine pression sur les gens, qui veulent forcément paraître comme ce que les autres affichent sur les réseaux sociaux. Guineematin.com : Justement, quelles conséquences psychologiques ou sociales cette illusion peut-elle avoir sur les jeunes guinéens ? Ousmane Bangoura : Tout dépend d’abord du regard que nous portons sur les réalisations des autres. Certains portent un regard très critique, d’autres sont plus altruistes et acceptent les choses à l’état naturel. Si vous voyez les accomplissements des autres comme un facteur de retard pour vous, c’est là que la dépression commence. Comment percevez-vous le succès de votre camarade ? Êtes-vous dans une comparaison permanente et déloyale, ou dans l’émulation ? L’émulation consiste à voir le côté positif chez l’autre et à se dire : je dois aussi travailler pour faire comme lui. C’est fondamental pour toute personne qui veut réussir. En revanche la jalousie, c’est penser que l’autre ne mérite pas ce qu’il a et que c’est soi-même qui le mérite. C’est à ce moment-là que la dépression commence. Les conséquences sont multiples. Une personne qui voit les réalisations des autres de façon positive n’a aucun impact négatif, ni psychologique ni émotionnel. Mais celle qui pense que les autres ne méritent pas leur bonheur commence à souffrir. Plus elle voit les autres grandir en influence, en compétences et en statut social, plus sa déception et sa dépression augmentent. On a alors le sentiment d’avoir raté sa vie. C’est juger sa propre vie à travers celle des autres. Juger sa vie à travers celle des autres n’est pas un mal en soi. Tout dépend du regard porté sur les réalisations d’autrui. Dès lors que l’on commence à dire que l’autre est arrivé par chance ou ne mérite pas ce qu’il a, les problèmes commencent, avec des conséquences très désastreuses sur la santé mentale. Guineematin.com : Vous êtes créateur de contenu. Personnellement, faites-vous attention à ce que vous montrez ou cachez sur les réseaux sociaux ? Ousmane Bangoura : Bien sûr que je fais attention. Cela fait près de dix ans que je suis dans la création de contenu. Je décide toujours de ce que je montre ou de ce que je ne montre pas. Ce n’est pas tout qu’on met sur les réseaux sociaux. Tout dépend aussi de la ligne éditoriale. Les créateurs de contenu, comme les médias, ont leur ligne éditoriale. Moi, je suis connu pour des contenus liés à la culture générale, à la communication, aux médias et au digital. Récemment, j’ai aussi développé des contenus culturels. Je me méfie de tout ce qui est vie personnelle et intimité. Je ne mets pas cela en avant. Mais il m’arrive de partager des expériences de vie pour que ceux qui me suivent puissent apprendre et éviter certaines erreurs. La finalité est toujours éducative. Guineematin.com : Comment aider les jeunes à faire la différence entre la réalité et ce qui est mis en scène sur les réseaux sociaux ? Ousmane Bangoura : Les réseaux sociaux sont le reflet de notre société. Les personnes qui y sont présentes existent aussi dans la vie réelle. Mais certaines projettent une image qui ne correspond pas à leur vraie vie. Ce sont les vendeurs d’illusions. Il est difficile de les repérer tant que vous ne les avez pas côtoyés. Comme le disent nos parents, on ne connaît jamais vraiment une personne tant qu’on ne l’a pas fréquentée. Il faut donc faire preuve de discernement. Vérifier les profils, observer les interactions, comprendre si les comptes sont réels ou non. Méfiez-vous des comptes sans interactions réelles. Guineematin.com : Pour terminer, quel message adressez-vous aux jeunes guinéens sur l’usage des réseaux sociaux ? Ousmane Bangoura : Le message est très simple. Tout le monde veut montrer son talent, ses progrès et ses succès, et c’est normal. Mais se mettre sous pression est dangereux. Il faut faire confiance au processus et aux étapes. Ne vous focalisez pas uniquement sur les résultats. Interrogez-vous sur le parcours, les sacrifices et les mécanismes qui ont conduit à ces résultats. Choisissez aussi avec soin les contenus que vous consommez. Les informations, les images et les vidéos que nous consommons ont un lien direct avec notre état émotionnel. Suivez des personnes positives, faites le tri. Un bon choix de contenus permet d’avoir un esprit plus équilibré et une meilleure santé émotionnelle. Entretien réalisé par Mariama Barry pour Guineematin.com

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