Le préfet de Forécariah en guerre contre les entreprises frauduleuses : « Fermez celles qui n’ont pas payé les impôts »
2026-03-05 - 10:05
Le préfet de Forécariah, le colonel Mamadou Lamarana Diallo, a convoqué le mardi 3 mars 2026 une rencontre avec les promoteurs industriels opérant dans la préfecture. Tenue dans la commune urbaine de Forécariah, cette réunion a été l’occasion pour l’autorité préfectorale d’exprimer son profond mécontentement face aux dysfonctionnements qui entourent l’installation et le suivi des sociétés industrielles dans la localité, rapporte Guineematin.com à travers son envoyé spécial. Dès l’ouverture des échanges, le préfet a déploré l’absence de données fiables sur les entreprises installées dans la préfecture. Selon lui, même les autorités locales, notamment les présidents des délégations spéciales (PDS), peinent à connaître le nombre exact de sociétés opérant sur leur territoire. « Aujourd’hui, même les autorités locales, y compris les présidents de délégations spéciales, ne connaissent pas le nombre exact d’entreprises industrielles qui évoluent dans certaines sous-préfectures comme Maférinyah. Comment peut-on accompagner efficacement ces sociétés si nous ne maîtrisons même pas leur présence ? Avant toute implantation, les responsables d’entreprises doivent d’abord se présenter à l’autorité préfectorale, en collaboration avec la direction préfectorale du commerce et de l’industrie, pour expliquer leur projet. Il s’agit souvent d’investissements de plusieurs milliards, et cela doit se faire dans le respect des règles », a-t-il déclaré. Le colonel Mamadou Lamarana Diallo estime que le manque de respect des lois et des procédures constitue un frein majeur au développement du pays. « Le problème de la Guinée aujourd’hui, c’est nous-mêmes, les Guinéens. Rien n’est respecté. L’État peut faire des efforts, mais tant que les règles ne sont pas appliquées, il sera difficile d’avancer », a-t-il regretté. Au cours de cette rencontre, le préfet a également dénoncé le manque de contrôle et de suivi dans l’installation des entreprises, pointant du doigt certaines défaillances administratives. Il s’est notamment étonné que la direction préfectorale du commerce apprenne parfois depuis Conakry l’installation de sociétés dans sa propre juridiction. Par ailleurs, le préfet de Forécariah a insisté sur la nécessité de faire respecter les obligations fiscales et les dispositions liées au contenu local, notamment en matière d’emploi des jeunes de la localité. Dans ce sens, il a révélé avoir récemment pris des mesures fermes contre les entreprises qui refusent de s’acquitter de leurs obligations fiscales. « La dernière fois, j’ai envoyé le service des impôts avec la police et l’armée pour fermer toutes les sociétés qui n’ont pas payé leurs impôts », a-t-il affirmé, précisant avoir informé le ministre de l’Administration du territoire de cette décision. Le colonel Diallo s’est également insurgé contre certaines exonérations fiscales qu’il juge excessives, notamment celles accordées pour une durée pouvant atteindre dix ans. Selon lui, ces pratiques pénalisent fortement les collectivités locales qui peinent à mobiliser des ressources pour financer leur développement. « Je n’accepte pas les exonérations de plus de dix ans dans ma préfecture. On peut accorder une exonération d’un ou deux ans pour permettre à une entreprise de s’installer et de démarrer ses activités. Mais après cela, elle doit payer les taxes, la patente, la CIFI et les autres impôts. C’est ce qui permet aux collectivités de se développer », a-t-il martelé. Le préfet a également dénoncé la complicité de certains cadres qui faciliteraient l’obtention de ces exonérations en échange d’avantages personnels. Une situation qui, selon lui, contribue à priver les collectivités locales de ressources importantes. « Il y a de grandes sociétés installées dans certaines collectivités pauvres qui ne paient presque rien. Certaines génèrent des centaines de millions, voire des milliards de francs par an, mais lorsqu’on leur demande leurs impôts, elles déclarent avoir payé seulement trois millions ou trois millions cinq cent mille francs. C’est inacceptable », a-t-il dénoncé. Enfin, le préfet a appelé les citoyens et les responsables locaux à prendre leurs responsabilités afin de contribuer au développement du pays. « L’État, ce n’est pas seulement le président, le ministre ou le préfet. L’État, c’est l’ensemble des citoyens. Si chacun faisait correctement sa part, en respectant ce que la loi prescrit, la Guinée avancerait. Nous avons tout, mais nous n’arrivons pas à en profiter parce que les règles ne sont pas respectées », a-t-il conclu. Cette sortie musclée du préfet de Forécariah intervient dans un contexte où plusieurs voix dénoncent l’implantation désordonnée d’entreprises et le manque de retombées économiques pour les communautés locales. Ismaël Diallo pour Guineematin.com Tél. : 624 693 333