Libération de l’ex ministre Ibrahima Kourouma par la CRIEF : les mots de Me Soufiane Kouyaté, un des avocats de la défense
2026-02-17 - 16:05
L’ancien ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, Ibrahima Kourouma, a été libéré ce mardi, 17 février 2026, par la chambre des appels de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), dirigée par le juge Francis Kova Zoumanigui. Placé en détention à la maison centrale de Conakry depuis le 21 avril 2022, l’ancien ministre était poursuivi par l’État guinéen pour des faits présumés de détournement de deniers publics et d’enrichissement illicite. Les accusations portaient sur sa gestion du département de l’enseignement pré-universitaire et de l’alphabétisation pour des montants évoqués de plusieurs milliards de francs guinéens et 12 millions de dollars américains. Après plusieurs années de procédure, la chambre des appels a finalement ordonné sa remise en liberté. Un motif de soulagement pour les avocats de la défense. Me Soufiane Kouyaté exprime sa satisfaction et salue une décision qu’il estime conforme aux arguments développés depuis le début de l’affaire. « Comme vous pouvez déjà le constater à l’expression de mon visage et à mon sourire ce matin, c’est tout à fait normal. C’est véritablement un sentiment de joie que je ressens, tout comme mes confrères coaccusés qui ne sont pas présents en ce moment. Cela fait plusieurs années que nous clamions haut et fort notre innocence. Nous nous sommes battus, nous avons apporté les preuves. Heureusement, le juge Francis Kova vient de nous donner raison en renvoyant notre client libre à l’issue de la procédure. D’ailleurs, cela ne m’étonne pas, parce qu’il a été l’un des premiers juges à nous donner raison lorsque son mandat était devenu caduc et que nous avions introduit une procédure de nullité pénale. Il avait alors ordonné sa remise en liberté. Il a été l’un des premiers à le faire, c’est pourquoi je dis que cela ne m’étonne pas. Et cette décision a été confirmée par la même chambre. Voir aujourd’hui le juge Francis Kova Zoumanigui pétri de talent rendre une telle décision, je ne peux que m’en réjouir », a dit l’avocat Me Soufiane Kouyaté. Au-delà de la décision judiciaire, l’avocat a également évoqué les démarches administratives nécessaires pour que son client puisse effectivement quitter la maison centrale. Il déplore notamment une pratique qu’il estime non prévue par la loi. « Aujourd’hui même il est libre. Il doit sortir immédiatement. En principe, d’ailleurs je profite de l’occasion pour le dire, selon la loi guinéenne, il devrait sortir immédiatement. Mais une pratique s’est instaurée : celle de l’ordre de mise en liberté, qui n’est prévue nulle part dans notre législation. Pour sortir, il faut ce document. Sinon, en principe, il est déjà libre et il devrait rentrer chez lui aujourd’hui. Je précise que cette décision intervient alors qu’il est en détention provisoire depuis 2022. Comme on le dit souvent, lorsqu’un plaideur voit son client recouvrer la liberté, il ne peut que manifester de la joie. Mais au fond, il y a un sentiment douloureux : être privé de quatre années de sa liberté. Il n’a pas été le seul à souffrir durant ces quatre années. Sa femme, ses parents, ses amis... Beaucoup de personnes ont souffert avec lui. Et aujourd’hui, on vient simplement dire : rentrez chez vous, il n’y a pas d’infraction, nous n’avons rien constaté. Dans les conditions normales, ce sont des personnes qui devraient être indemnisées par l’État, puisqu’il a été privé de sa liberté et écroué à tort », a-t-il dit. Interrogé sur la possibilité d’un pourvoi en cassation de la part du parquet spécial, Me Soufiane Kouyaté s’est montré prudent, tout en laissant entendre qu’un tel recours serait peu probable au regard des déclarations faites à l’audience. « Pour le moment, je me réserve ce droit. Il faudra d’abord une concertation avec mon client avant toute déclaration dans ce sens. Quel intérêt aurait-il aujourd’hui à former un pourvoi, alors qu’il a ouvertement déclaré que l’objectif était atteint ? Cela m’étonnerait donc, puisque je ne fais que reprendre ses propres propos. Cela m’étonnerait que le parquet exerce un tel recours, parce qu’il a déclaré haut et fort, dans la salle d’audience, lors de l’appel, qu’il n’avait pas réellement l’intention de faire appel. Il a expliqué qu’il s’agissait simplement d’une formalité : lorsqu’une partie fait appel, il a l’obligation de le faire également. C’est dans ce cadre qu’il l’a fait. D’ailleurs, Il s’agira d’aller prendre contact avec le parquet spécial afin qu’il nous délivre l’ordre de mise en liberté, document nécessaire pour permettre aux agents de l’administration pénitentiaire de le laisser sortir », a précisé Me Soufiane Kouyaté. Après près de quatre années de détention provisoire, cette décision en appel infirme la décision rendue en instance condamnant Ibrahima Kourouma à 4 ans de prison ferme, au paiement de 3 milliards de francs guinéens d’amende et 5 milliards de francs guinéens à de dommage et intérêt. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com