Mois de la femme : « Le premier mari d’une femme, c’est son travail » (Sous-lieutenante Yoyo Kpoghomou)
2026-03-24 - 10:02
À l’occasion du mois de mars, consacré à la célébration des droits des femmes, une attention particulière est portée sur des parcours inspirants de femmes engagées au service de la nation. Parmi ces figures, la sous-lieutenante Yoyo Kpoghomou, officier de police judiciaire (OPJ) en service à la Gendarmerie territoriale de Forécariah. Entre exigences professionnelles et responsabilités familiales, elle partage, au micro d’un reporter de Guineematin.com, ce lundi 23 mars 2026, son expérience, sa vision du rôle de la femme au sein des forces de défense et de sécurité, ainsi qu’un témoignage inspirant destiné à encourager les jeunes filles à embrasser la carrière militaire. Ci-dessous, l’intégralité de notre entretien : Guineematin.com : Que représente pour vous l’uniforme et pourquoi avoir choisi la gendarmerie ? Sous-lieutenante Yoyo Kpoghomou : L’uniforme que je porte aujourd’hui, grâce à la bénédiction des parents, est un honneur pour moi. Il est bien plus important pour moi que tous mes habits. Il me donne le courage de défendre les valeurs de cette nation, pour pouvoir protéger mes citoyens et leurs biens. J’ai sollicité d’adhérer à la gendarmerie, ou bien d’être dans ce lot, ce grand groupe des forces de défense et de sécurité, d’abord par amour pour ma nation. En plus, j’ai la volonté de prouver aux autres femmes que nous, les femmes, nous avons notre place dans cette noble mission, qui n’est rien d’autre que la défense et la sécurité. Aujourd’hui, les hommes ont leur place, tout comme les femmes ont leur place. Parce que, quand la femme veut, elle peut servir sa nation avec dignité et engagement parfait. Donc, ce sont ces choses aujourd’hui qui font que j’ai choisi cette tenue. Et la gendarmerie étant une institution noble, j’ai la fierté d’être gendarme aujourd’hui. Guineematin.com : Quels sont les défis auxquels les femmes font face dans les forces de défense et de sécurité ? Les défis sont beaucoup plus nombreux, surtout du côté des femmes. Mais qu’à cela ne tienne, la femme, nous le savons, ce n’est même pas seulement dans la tenue, ça commence depuis le début de la vie. Nos parents occupent plus les jeunes filles que les jeunes garçons. Vous comprenez, ça, c’est d’abord la vie civile. Par exemple, quand tu es à la maison avec ton frère, le petit matin, les occupations de la fille sont plus nombreuses que celles de l’homme. Tu dois te lever, nettoyer la maison, faire beaucoup de choses. On est habitué à cela avant de rentrer dans l’armée. Dans l’armée, les défis sont encore plus nombreux. Nous voulons faire comme les autres, pourquoi pas mieux qu’eux, mais il y a certains empêchements. Par exemple, tu es une femme au foyer. Quand tu te lèves, il faut préparer les enfants, et le service te demande d’être là à l’heure. Les missions sont là, de part et d’autre. Il y a encore quelques difficultés. Quand tu viens au service, parfois, s’il n’y a personne pour aller chercher ton enfant parce que monsieur est parti au travail, cela complique les choses. Même si tu es militaire et ton mari aussi, tes occupations sont souvent plus nombreuses que celles de ton mari. Le matin, il faut déposer les enfants à l’école. À une certaine heure, il faut aller les chercher. Il faut aussi faire correctement ton service et préparer à la maison quand tu rentres. Mais, grâce à la bénédiction de nos parents et au soutien des uns et des autres, les hommes arrivent parfois à nous soutenir. Par exemple, tu as des collègues : si tu t’entends bien avec la personne avec qui tu travailles, elle peut t’aider en te donnant quelques heures pour gérer la maison. Mais cela ne doit pas t’empêcher d’être au service. Ce sont quelques difficultés que nous rencontrons. Guineematin.com : Comment parvenez-vous à concilier votre vie professionnelle et votre vie familiale ? Les deux vont de pair. Quand tu sais qui tu es, le respect qu’on a dans la famille dépend aussi de ton lieu de service. Si tu as accepté de porter l’uniforme, tu dois mettre cette mission en avant, la prendre à deux mains avec courage. Quand tu es au service, tu oublies parfois les situations de la maison. Parce que, si tu te réfères à tout cela, tu ne pourras pas bien faire ton travail. La population vient vers nous avec confiance. Tu ne peux pas laisser les gens qui viennent vers toi. Il faut savoir comment les accueillir à l’unité. Après les heures de travail, quand tu rentres à la maison, tu te mets dans la peau d’une femme mariée. Tu t’occupes de ton foyer comme il se doit pour éviter les conflits. Parce que, quand il y a des problèmes à la maison, tu ne peux pas bien travailler. Quand tu as des soucis, si tu ne fais pas attention, tu peux même avoir des problèmes avec tes responsables. Ce n’est pas l’objectif. Donc, c’est à toi de t’organiser, de gérer ton temps, pour réussir les deux sans conflit. Cela permet d’éviter les problèmes au service et dans le foyer. Parce que, quel que soit le rang social d’une femme, si tu n’as pas un foyer stable, il y a quelque chose qui manque. Pour réussir cela, il faut de la réflexion et de l’organisation. Il faut aussi montrer aux hommes que, malgré les responsabilités, tu peux t’organiser pour ne pas montrer de faiblesse. L’essentiel, c’est l’organisation. Quel message et quels conseils adressez-vous aux jeunes filles, surtout en ce mois de mars ? Le mois de mars, c’est le mois de la femme. Cela nous permet de reconnaître nos propres valeurs. Le rôle, c’est ta participation dans ton lieu de service. Pendant le mois de mars, tu dois être fière de toi, pour prouver à ton service et à ta famille que tu es heureuse d’être femme. Je n’ai pas choisi d’être femme, mais puisque je le suis, je dois en être fière. Voilà ce que représente le mois de mars pour nous. Les conseils à donner aux jeunes filles qui veulent être comme nous, c’est d’abord de prendre les études au sérieux. Il faut aussi demander aux parents de donner du temps à leurs filles pour apprendre et réviser. Aujourd’hui, on parle d’égalité. Cette égalité dépend des efforts que tu fournis. Je dis aux jeunes filles d’oublier tout : le premier mari d’une femme, c’est son travail. Si elles veulent porter la tenue, elles doivent se faire remarquer par leur travail, étudier pour ne pas dépendre des autres. Parce que nous savons que, si une femme n’a rien dans la tête, elle sera contrainte, quelle que soit sa position, de dépendre d’un homme. Donc, je dis aux jeunes filles d’être courageuses, disciplinées et ponctuelles. Ce que l’homme peut faire, la femme peut le faire aussi, si elle le veut. On dit souvent : ce que la femme veut, Dieu le veut. Avec beaucoup d’amour et surtout de discipline, surtout dans l’armée où la discipline est essentielle, tu dois travailler beaucoup, être respectueuse et te donner de la valeur. Comment te donner de la valeur ? Ce n’est pas une fierté de dire que tu es avec plusieurs personnes. Ton respect en dépend. Si tu te respectes, les autres te respecteront aussi. On ne porte pas la tenue pour se venger ou pour faire autre chose. On porte la tenue pour son honneur, celui de sa famille et de sa nation. Propos recueillis par Ismaël Diallo pour Guineematin.com Tél : 624693333