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Multiplication mystique de 6 000 dollars : Hamidou Diallo reconnu coupable d’abus de confiance

2026-02-20 - 08:35

Le tribunal de première instance de Dixinn a tranché, mercredi 18 février 2026, dans une affaire pour le moins singulière mêlant confiance, argent et croyances mystiques. Poursuivi pour abus de confiance portant sur un montant de 6 000 dollars américains, Hamidou Diallo a été reconnu coupable au préjudice de Elhadj Mamadou Saïdou Diallo. Le prévenu a écopé d’une peine d’un an d’emprisonnement assorti de sursis, d’une amende d’un million de francs guinéens, ainsi que de l’obligation de rembourser la somme litigieuse et de verser des dommages et intérêts à la partie civile, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. Les faits remontent au 7 juillet 2024. Selon Elhadj Mamadou Saïdou Diallo, la partie civile, commerçant domicilié à Nongo, il avait chargé Hamidou Diallo d’aller récupérer une somme de 6 000 dollars à Madina, ne pouvant s’y rendre lui-même à temps. Une mission qui, d’après lui, ne sera jamais menée à son terme. Le plaignant affirme n’avoir jamais revu ni l’argent, ni le prévenu, malgré plusieurs tentatives de contact durant près de deux mois. À la barre, Elhadj Mamadou Saïdou Diallo a expliqué avoir accordé sa confiance au prévenu en raison de services antérieurs jugés satisfaisants. « Il faisait souvent de petits services pour moi. Je lui avais même confié une transaction de 22 millions de francs pour la Tunisie. La transaction n’a pas abouti, mais il est revenu me remettre l’argent. C’est ce sérieux qui m’a poussé à lui confier les 6 000 dollars », a-t-il relaté devant le tribunal. De son côté, Hamidou Diallo a reconnu avoir effectivement reçu les 6 000 dollars, mais a catégoriquement nié toute intention frauduleuse. Selon sa version, l’argent aurait été restitué à son propriétaire, qui l’aurait ensuite remis à un marabout censé multiplier la somme. « Nous sommes partis ensemble en ville parce qu’il m’a dit avoir un marabout capable de multiplier l’argent. Nous sommes allés à sa rencontre, mais nous ne l’avons pas trouvé. Ensuite, nous sommes revenus jusqu’à Terrasse (Dixinn) et nous nous sommes séparés. À ce moment-là, il avait toujours son argent », a soutenu le prévenu. Une déclaration qui a immédiatement suscité le scepticisme du tribunal. « S’il avait toujours son argent, pourquoi aurait-il porté plainte contre vous ? », a interrogé le juge, mettant en doute la cohérence du récit. Face aux questions insistantes, Hamidou Diallo a persisté, affirmant que le plaignant se serait retourné contre lui après avoir perdu la trace du marabout. « Ce n’est pas moi qui ai pris son argent. C’est au marabout qu’il l’a donné. Maintenant qu’il ne l’a plus retrouvé, il s’en est pris à moi », a-t-il déclaré. Le ministère public, représenté par le procureur Fanka Oularé, a confronté le prévenu à ses déclarations antérieures, faites lors de l’enquête préliminaire. Le procureur a notamment relevé que la thèse du marabout n’avait jamais été évoquée à ce stade de la procédure. « Pourquoi n’avez-vous jamais parlé de ce marabout devant le juge d’instruction ? », a-t-il demandé. « J’en avais parlé, mais je ne sais ni lire ni écrire. Je ne sais pas ce qui a été écrit », s’est défendu Hamidou Diallo. L’avocat de la partie civile a, lui aussi, exprimé des doutes sur cette version. « Si ce n’est pas vous qui aviez parlé de ce marabout, pourquoi monsieur Saïdou vous aurait-il fait autant confiance pour une affaire aussi sensible ? », a-t-il insisté, soulignant le caractère généralement secret de ce type de pratiques. Interrogé sur l’existence d’un marabout, Elhadj Mamadou Saïdou Diallo a été catégorique : « Moi, c’est ici, au tribunal, que j’entends parler de marabout pour la première fois ». Il a également réfuté toute proposition de business commun évoquée par le prévenu, précisant que ses échanges portaient uniquement sur la restitution de son argent. Le tribunal a relevé plusieurs contradictions entre les déclarations du prévenu à l’audience et celles consignées dans le procès-verbal d’enquête, renforçant les soupçons d’abus de confiance. À l’issue des débats, l’avocat de la partie civile a sollicité la condamnation du prévenu, le remboursement des 6 000 dollars et l’octroi de dommages et intérêts. Le ministère public a requis une peine d’un an d’emprisonnement ferme et une amende de cinq millions de francs guinéens. La défense, pour sa part, a plaidé la relaxe pure et simple, présentant Hamidou Diallo comme un homme honnête et travailleur, victime, selon elle, d’une accusation infondée. Dans son délibéré, le tribunal, présidé par le juge Mohamed Sangaré, a déclaré le prévenu coupable des faits d’abus de confiance. Il l’a condamné à un an d’emprisonnement assorti de sursis, à une amende d’un million de francs guinéens, au remboursement intégral des 6 000 dollars et au paiement de cinq millions de francs guinéens à titre de dommages et intérêts. Pour rappel, Hamidou Diallo, interpellé depuis le 1er décembre 2025, était détenu à la maison centrale de Conakry. Mariam Barry pour Guineematin.com

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