Nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara à la Justice : espoirs mesurés et fortes attentes de Maître Théodore Michel Loua
2026-02-05 - 16:27
La nomination du magistrat Ibrahima Sory II Tounkara au poste de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, continue de faire réagir au sein du monde judiciaire guinéen. Parmi les voix qui se sont prononcées, celle de Maître Théodore Michel Loua, avocat au barreau de Guinée, qui exprime à la fois une satisfaction prudente et de fortes attentes à l’endroit du nouveau patron de la Justice. Dans un entretien accordé à la rédaction régionale de Guineematin.com à N’Zérékoré, l’avocat estime que cette désignation n’a rien de fortuit, au regard du parcours et de l’expérience du nouveau ministre. Pour lui, ce choix pourrait marquer l’ouverture d’une nouvelle ère pour la justice guinéenne, appelée à se réconcilier avec les citoyens, à affirmer son indépendance et à restaurer une confiance mise à rude épreuve ces dernières années. « Un magistrat sage et expérimenté » Maître Théodore Michel Loua dit accueillir favorablement la nomination d’Ibrahima Sory II Tounkara, qu’il affirme bien connaître pour l’avoir côtoyé dans plusieurs contextes judiciaires sensibles. « Je suis enchanté de la nomination d’un jeune magistrat que j’ai suivi, connu et pratiqué. Je l’ai vu à l’œuvre lors des audiences criminelles, notamment dans le dossier des événements du 28 septembre, mais aussi lorsqu’il était président du tribunal de première instance de Macenta. C’est quelqu’un qui incarne la sérénité et une certaine sagesse dans sa pratique professionnelle », s’est-il réjoui. Par ailleurs, l’avocat nourrit ainsi l’espoir que les compétences et le caractère du nouveau ministre puissent se refléter dans la gestion des affaires judiciaires. Il reste toutefois prudent, soulignant que cette nomination ouvre une nouvelle phase, plus complexe. Le défi du passage du judiciaire au politique Pour Maître Loua, si la nomination n’est pas fortuite — en raison notamment du rôle joué par le magistrat dans des dossiers sensibles —, le véritable défi réside dans le passage du statut de juge à celui d’acteur politique. « L’examen judiciaire des dossiers est différent de l’exercice d’une fonction politique. En tant que ministre de la Justice, il est appelé à conduire la politique pénale du gouvernement. La question est de savoir s’il saura résister lorsque cette politique ne sera pas conforme aux exigences de la loi », s’interroge-t-il.L’avocat rappelle que cette fonction constitue un véritable test de personnalité et de probité, citant Abraham Lincoln : « Pour connaître la personnalité d’un homme, il faut le mettre face à l’argent et au pouvoir. » Selon lui, Ibrahima Sory II Tounkara devra maintenir le cap, préserver son indépendance et résister aux influences politiques ou aux ordres manifestement illégaux, afin de rester fidèle à l’image d’homme de droit qu’il a jusque-là projetée. Des attentes fortes sur les droits de l’homme Au-delà des principes, Maître Théodore Michel Loua attend des actes concrets, notamment en matière de lutte contre l’impunité et de protection des droits humains. Il appelle le nouveau ministre à engager des procédures judiciaires sur des dossiers restés pendants depuis des années. « Est-ce qu’il sera capable de faire engager des poursuites pour des violations graves des droits de l’homme connues de tous, mais restées impunies ? Je pense notamment aux événements de Zoghota depuis 2013 ou encore à ceux du 1er décembre à N’Zérékoré », a-t-il souligné. L’avocat évoque également les violations actuelles des droits humains, telles que les disparitions forcées et les interpellations illégales, estimant que la crédibilité de la justice guinéenne dépendra de la capacité du ministre à agir dans ces dossiers. « La justice ne peut être crédible que si tous les citoyens sont traités de la même manière, conformément à la loi », a-t-il conclu. De N’Zérékoré, Jean David Loua pour Guineematin.com