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« On n’est pas magistrate à moitié » : M’Balou Traoré brise les clichés et défend la place des femmes dans la justice

2026-03-08 - 08:35

À l’occasion du mois de mars dédié aux droits des femmes et de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes, Guineematin.com est allé à la rencontre de Madame M’Balou Traoré, magistrate et présidente au tribunal de première instance de Mafanco. Dans cet entretien, elle revient sur l’évolution de la place des femmes dans la magistrature guinéenne, évoque les défis liés à la protection de leurs droits et encourage les jeunes filles à s’orienter vers les métiers de la justice. Selon Madame Traoré, la présence des femmes dans l’administration judiciaire guinéenne a connu une très grande évolution ces dernières années. « Avant, il n’y avait presque pas de femmes magistrates. Lors des premiers recrutements, il n’y avait que deux femmes dans toute une promotion. Aujourd’hui, on peut compter près de 300 femmes magistrates », explique-t-elle. Pour elle, cette progression démontre que les femmes ont pris conscience de leur rôle et de leur importance dans la justice guinéenne. « On a compris aujourd’hui que la femme a réellement sa place dans la magistrature. Et nous l’avons montré à la population et au monde entier. La femme dans la magistrature, c’est comme le sel dans la sauce. Sans ce grain de sel, il manque toujours quelque chose », souligne la magistrate. Contrairement à d’autres, Madame Traoré rejette l’idée selon laquelle les femmes magistrates seraient trop sensibles pour exercer cette fonction. « Quand tu es magistrate, tu l’es entièrement. Ton esprit, ton humanisme et ta responsabilité sont engagés. On n’est pas magistrate à moitié », affirme-t-elle. Elle précise que les femmes savent également faire preuve de fermeté, notamment dans les affaires graves. « Dans les cas de crimes, surtout les viols sur des enfants, les femmes magistrates n’ont pas d’état d’âme lorsqu’il faut prononcer des condamnations sévères, lorsque les faits sont avérés », insiste-t-elle. La magistrate déplore que les droits des femmes soient encore souvent bafoués, notamment dans les cas de violences conjugales. « Beaucoup de femmes sont victimes de violences, mais elles gardent le silence. Certaines pensent que porter plainte contre leur mari pourrait provoquer un divorce », explique-t-elle. Elle estime que le manque d’éducation juridique constitue l’un des principaux obstacles. « Quand une femme ne connaît pas ses droits et ses devoirs, elle devient vulnérable. L’homme peut alors profiter de cette ignorance pour la maltraiter », explique-t-elle. Madame Traoré encourage donc les femmes à consulter la justice et à demander conseil auprès des magistrats afin de mieux comprendre leurs droits. Elle confie que la magistrature n’était pas son premier choix de carrière. Mais c’est son père qui l’a encouragée à suivre cette voie. « Aujourd’hui, je lui en suis éternellement reconnaissante. Cela fait plus de onze ans que je suis dans la magistrature et c’est une fierté pour moi », affirme-t-elle. Elle souligne également l’importance du soutien familial dans l’équilibre entre vie professionnelle et vie de famille. « Dieu m’a donné un bon mari. Sans lui, je ne pourrais pas gérer à la fois la maison, les enfants et mon travail », explique-t-elle. À l’endroit des jeunes femmes qui souhaitent faire carrière dans le domaine judiciaire, Madame Traoré se montre particulièrement encourageante. « Je leur dis bienvenue dans la justice. Les femmes doivent être courageuses et montrer au monde qu’elles ont leur place dans tous les domaines », lance-t-elle. Elle appelle également les femmes guinéennes à faire preuve de détermination dans leur parcours professionnel. « Il n’y a pas de sous-métiers. Les femmes sont capables de se surpasser », affirme-t-elle. À l’occasion de la célébration du 8 mars, la magistrate adresse un message de solidarité et d’encouragement à toutes les femmes. « Bonne fête à toutes les femmes guinéennes. Je leur demande d’être courageuses et de croire en leurs capacités », termine-t-elle. Mariama Bah pour Guineematin.com

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