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Pénurie de liquidités en Guinée : le Forum civil tire la sonnette d’alarme et interpelle l’État

2026-03-18 - 00:22

La crise qui secoue le Moyen-Orient, ses conséquences sur l’Afrique et la crise de liquidité préoccupent de plus en plus. En Guinée, cette situation se vit dans un contexte de difficultés économiques. À l’occasion d’une conférence de presse animée ce mardi 17 mars 2026, le Forum civil guinéen a sonné le tocsin. À travers cette prise de parole, son président, Ibrahima Balaya Diallo, a dressé l’état des lieux de la situation politique, économique et sociale du pays, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. Abordant les conséquences de la conjoncture internationale, notamment les tensions au Moyen-Orient, Ibrahima Balaya Diallo a mis en garde contre leurs impacts sur l’approvisionnement du pays et le coût de la vie. Il a insisté sur l’urgence pour les autorités de prendre des mesures préventives afin de limiter les effets de ces perturbations sur les marchés locaux. « Je voudrais rappeler à l’État guinéen que nous ne sommes pas étrangers à ce qui se passe de notre côté, puisque tous nos produits de consommation, ce sont des produits importés, donc tributaires du marché international. Or, aujourd’hui, avec la crise au Moyen-Orient, le corridor qui permet la fluidité du transport des marchandises pose problème. Donc, pour parer à ça, il faut anticiper. On a des opérateurs économiques qui sont de grands importateurs. Il faut s’approcher d’eux. Il faut leur offrir des avantages fiscaux et douaniers, ne serait-ce que temporaires. Et maintenant, travailler sur la mise en place d’un stock suffisant qui va influer sur le prix. Parce que s’il y a un stock suffisamment important dans le pays, on sait que les prix n’augmenteront pas. Parce que c’est la rareté qui va faire le prix finalement. Si les produits sont rachetés sur les marchés, il va sans dire que les produits seront encore plus chers. Donc, nous, c’est cet appel-là. En fait, nous lançons l’alerte, pour que les gens sachent qu’aujourd’hui, il y a un problème global, mais qui nous concerne quelque part. Et on n’est pas étrangers à cela », a indiqué M. Diallo. Poursuivant son intervention, le président du Forum civil guinéen s’est longuement exprimé sur les difficultés d’accès à l’argent liquide, une situation qui, selon lui, perturbe profondément le quotidien des populations et traduit un dysfonctionnement plus profond du système économique. « Vous savez, la chose économique, c’est toujours un principe de confiance. Je crois qu’il y a eu des erreurs économiques que nous avons commises, parce que les banques primaires gèrent quel argent ? C’est notre argent. Ça nous épargne les salaires que nous déposons sur l’économie justement. Si maintenant, il y a un emprunt de l’État vis-à-vis de ces banques, et le remboursement ne suit pas aussi facilement, aussi fluidement, il va sans dire que ça crée des problèmes. Et c’est ça le problème que nous avons. C’est vrai que récemment, il y a eu des gens qui ont voulu déplacer le problème, mais on n’est pas bêtes, on n’est pas nés de la dernière pluie. On sait que c’est un problème. Ce n’est pas un problème conjoncturel, c’est un problème structurel. Il y a eu des problèmes qu’on a remarqués. Il y avait déjà, si je ne me trompe pas, je parle sous votre contrôle, un emprunt de 5 000 milliards au niveau des banques primaires. Mais si le remboursement n’est pas fait en temps réel, maintenant, les épargnants, quand ils viendront pour récupérer l’argent, ils ne l’ont pas. Aujourd’hui, nous tous, on a ce problème-là. Il y a des gens qui reçoivent leurs émoluments, comme moi, à travers un virement. Mais je vous assure que depuis le début du mois de mars, je n’ai pas pu faire un retrait de 2 millions GNF. Ce n’est pas possible. Maintenant, je me promène avec mes cartes et mon chéquier en banlieue ; ce que je ne faisais jamais. À chaque fois que tu as l’occasion, tu fais un retrait. C’est comme ça que ça se passe maintenant... » Pour M. Diallo, les autorités doivent prendre la mesure du problème. « C’est juste pour dire qu’aujourd’hui, nous devons repenser les choses. L’État doit rembourser ce qu’il doit aux banques primaires déjà. Ça va faciliter les choses. La rareté, c’est ça, c’est exactement ça. Je crois que même les économistes les plus aguerris n’ont pas dit mieux. C’est un problème de confiance. Maintenant, quand on sait qu’on ne peut plus retirer son argent quand on le souhaite, il va sembler que vous allez le thésauriser, vous allez le garder chez vous. Donc ça, c’est un problème », regrette le président du Forum civil guinéen. Enfin, Ibrahima Balaya Diallo a exprimé ses réserves sur certaines solutions avancées pour résoudre la crise de liquidité, notamment l’idée d’un changement de monnaie. Pour lui, la véritable réponse réside dans la restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions financières. « On dit qu’il faut changer la monnaie, mais une monnaie ne se change pas comme ça pour déthésauriser les choses. Au cas où il y a des gens qui vont la thésauriser, ils seront obligés de la sortir. Mais ça ne se passe pas comme ça. Les gens sont plus malins que ça. Quand ils ont leur argent, mais ils ne l’ont pas en franc guinéen, ils le transforment en devises et ils le gardent chez eux. C’est ça, en fait, la réalité. Donc moi, je crois que c’est un problème de confiance. Et nous, en tant qu’acteurs de la société civile, nous avons cet impérieux devoir de rappeler à l’État ces fondamentaux. Parce qu’aujourd’hui, c’est un goulot d’étranglement. Aujourd’hui, on se lève le matin, même si on a de l’argent dans son Orange Money, on n’est pas sûr d’avoir de l’argent liquide », a expliqué Ibrahima Balaya Diallo. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com Tél. : 622 91 92 25

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