Points de passage fermés, mouvements transfrontaliers suspendus… Le Tchad ferme sa frontière avec le Soudan jusqu’à nouvel ordre
2026-02-23 - 16:14
Le gouvernement du Tchad a annoncé ce lundi, 23 février 2026, la fermeture « immédiate et jusqu’à nouvel ordre » de sa frontière avec le Soudan. La décision a été rendue publique à travers un communiqué officiel signé par le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Gassim Cherif Mahamat. Cette mesure radicale intervient dans un contexte de fortes tensions sécuritaires à la frontière orientale du pays. N’Djamena dénonce des « incursions et violations répétées » de son territoire par des forces impliquées dans le conflit soudanais. Cette décision fait surtout suite à une attaque meurtrière ayant coûté la vie à cinq soldats tchadiens samedi dernier. Les faits se sont produits dans la localité frontalière de Tina, dans le nord-est du Tchad, point stratégique de passage entre les deux pays. Selon les autorités, des affrontements ont opposé les Forces de soutien rapide (FSR) à des miliciens fidèles au gouvernement soudanais soutenu par l’armée régulière. Les combats auraient débordé sur le territoire tchadien, entraînant la mort de cinq militaires. D’après un responsable tchadien cité par Reuters, ces violences ont également fait trois morts et douze blessés parmi les civils, illustrant la gravité de la situation dans cette zone déjà fragile. Suspension totale des mouvements, sauf urgence humanitaire Dans son communiqué, le gouvernement tchadien précise que « tous les points de passage sont fermés » et que « les mouvements transfrontaliers de biens et de personnes sont suspendus », à l’exception de cas humanitaires exceptionnels qui pourraient être autorisés par les autorités compétentes. Les autorités ont également réaffirmé le droit du Tchad, conformément au droit international, de « riposter à toute agression ou violation de ses frontières ». Un message clair adressé aux parties impliquées dans la guerre au Soudan. Une frontière sous pression depuis le début du conflit Depuis le déclenchement du conflit en avril 2023 au Soudan, opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide, la frontière tchadienne est régulièrement le théâtre d’incidents armés. Des éléments engagés dans les combats franchissent fréquemment la ligne frontalière pour mener des opérations ou se replier. Mi-janvier 2026 déjà, N’Djamena avait fermement condamné une nouvelle incursion attribuée aux FSR, qui avait coûté la vie à sept soldats tchadiens. « Ce n’est pas la première fois que les différentes parties au conflit soudanais violent les frontières du Tchad, causant des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels », avait alors déploré le gouvernement dans un précédent communiqué. Un enjeu sécuritaire et humanitaire majeur Au-delà de l’aspect militaire, cette fermeture pourrait avoir des conséquences humanitaires importantes. Le Tchad accueille déjà un grand nombre de réfugiés soudanais fuyant les combats. La suspension des mouvements transfrontaliers risque de compliquer l’acheminement de l’aide et les activités commerciales locales. En décidant de verrouiller sa frontière, le Tchad envoie un signal de fermeté, déterminé à préserver sa souveraineté et à éviter toute extension du conflit sur son territoire. Reste à savoir combien de temps cette mesure exceptionnelle sera maintenue dans une région où la stabilité demeure précaire. Mamadou Baïlo Keïta pour Guineematin.com Tel : 622 97 27 22