Procès de Alpha Mohamed Kalo et Cie à la CRIEF : révélations explosives sur des milliards disparus à la Banque nationale d’investissement de Guinée
2026-02-18 - 16:15
Le procès de Alpha Mohamed Kalo, ancien directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG) et compagnie, se poursuit devant la chambre de jugement de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). À l’audience de ce mercredi, 18 février 2026, la Cour a entendu le directeur général en fonction, Moussa 2 Kamissoko, appelé à la barre pour éclairer la juridiction sur la gestion de son prédécesseur, a constaté Guineematin.com a travers un de ses reporters. Lors de la précédente audience, la procédure avait été renvoyée à la date d’aujourd’hui pour permettre la comparution de l’actuel patron de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG). Dès l’ouverture des débats, Moussa 2 Kamissoko a été invité à livrer sa part de vérité dans ce dossier aux multiples ramifications financières. Dans sa déposition liminaire, le directeur général a tenu à préciser les circonstances de son arrivée à la tête de cette institution bancaire publique. Il a indiqué avoir été nommé par décret en date du 22 avril 2022, succédant ainsi à Alpha Mohamed Kalo. Poursuivant son témoignage, il a dressé un tableau général du fonctionnement de la banque à son arrivée, évoquant un manque d’organisation et l’absence d’un système d’information bancaire structuré. Il a qualifié la gestion antérieure de « chaotique », affirmant avoir découvert plusieurs irrégularités présumées. Abordant la question des crédits et des mouvements de fonds, Moussa 2 Kamissoko a détaillé plusieurs opérations qu’il juge problématiques. « On a trouvé un virement de 9 milliards de francs guinéens par la BNIG vers Afriland FirstBank dont il y a un paiement de 6 milliards. On a trouvé un virement de 7 milliards fait par la BNIG sur les comptes de la société Djoliba pêche. Pour cette opération, on n’a vu aucun contrat, aucune pièce justificative liée à ce montant. Sauf qu’on a vu une convention tripartite entre la BNIG, Afriland FirstBank et la société Djoliba pêche où le rôle de chacune des parties est clairement défini. Dans ce contrat, il ressort que la BNIG doit financer la confection et l’acquisition de barques de pêche à des groupements de pêche. La société Djoliba pêche, en ce qui la concerne, doit fabriquer les barques et les mettre à la disposition des groupements de pêche. Et à son tour, la banque Afriland FirstBank doit encaisser les revenus issus de pêche effectuée avec les banques des groupements de pêche payés par la BNIG. Mais nous n’avons vu aucune pièce documentaire constituant un support de l’utilisation de ce montant de 7 milliards de francs guinéens », a-t-il déclaré. Selon lui, malgré l’existence d’une convention tripartite définissant les rôles respectifs des parties, aucun document ne permettrait de justifier concrètement l’utilisation des fonds évoqués. Poursuivant ses explications devant la Cour, le directeur général a soulevé d’autres irrégularités présumées liées à des sorties de fonds dont la destination reste floue. « Nous avons une sortie de 199 500 000 GNF. On ne sait pas jusqu’à présent à quoi a servi ce montant. J’ai appris que Afriland FirstBank a acheté un serveur à hauteur de 300 000 000 de francs guinéens. Mais ce serveur n’a jamais existé », a déclaré Moussa 2 Kamissoko. Ces déclarations ont suscité une attention particulière dans la salle d’audience, la question de la traçabilité des dépenses étant au cœur des accusations portées dans cette affaire. Interrogé sur la rénovation de la BNIG et certaines dépenses d’investissement, Moussa 2 Kamissoko a apporté d’autres précisions. « J’ai vu un devis estimatif de 10 milliards de francs guinéens, puis un montant de 2 milliards 6 00 millions de francs guinéens dont la pièce justificative précise que ce montant a servi à l’exécution des travaux complémentaires. Pour Ejico, je n’ai rien à lui reprocher. Nous avons également trouvé une trace de sortie de 790 millions qui aurait servi à l’achat d’un véhicule Toyota occasion en provenance des États-Unis », a-t-il indiqué. Ces éléments viennent alimenter les débats sur la régularité des procédures et la justification des montants engagés durant la gestion antérieure. Pour rappel, Alpha Mohamed Kalo, placé en détention à la maison centrale de Conakry le 26 juillet 2022, ainsi qu’Ibrahima Touunkara, Maurice Eugene Alecaut (non détenus), la banque Afriland First Bank SA, la société EICO SARL et la société Djoliba Pêche, sont poursuivis devant la CRIEF pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux, faux et usage de faux en écritures publiques, atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel. Les montants évoqués dans le dossier se chiffrent en plusieurs milliards de francs guinéens. Une autre audience est attendue le 4 mars prochain dans cette affaire devant la CRIEF. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com