Procès de l’ex-président de la Cour constitutionnelle à la CRIEF : « Mon client est innocent » clame son avocat
2026-03-09 - 16:56
Le procès opposant l’État guinéen, représenté par l’Agent judiciaire de l’État, le ministère public et le greffier Lancinet Kanko Kourouma, à l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mamadou Lamine Bangoura, s’est poursuivi ce lundi, 9 mars 2026, devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Au total, neuf personnes sont poursuivies dans ce dossier pour détournement présumé de deniers publics portant sur 20 milliards de francs guinéens, ainsi que pour corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité. À la barre, Mamadou Lamine Bangoura a fermement rejeté les accusations de détournement des 20 milliards de francs guinéens. Son avocat, Maître Facinet Soumah, a réaffirmé l’innocence de son client. Au cours de l’audience, l’une des avocates du greffier Lancinet Kanko Kourouma, constitué partie civile, a produit plusieurs pièces afin de réclamer le paiement de salaires et d’accessoires. Après les échanges entre la défense et la partie civile, notamment entre l’avocate du greffier et Maître Facinet Soumah, le président de la Cour a renvoyé la suite des débats au 18 mars 2026. À l’issue de l’audience, Maître Facinet Soumah s’est exprimé devant la presse. L’avocat s’est dit satisfait des réponses apportées par son client à la barre. « J’ai été très, très satisfait de ces réponses. D’ailleurs, le cas de ce greffier-là, en réalité, ne constitue pas un dossier pénal. C’est quelqu’un qui écrit carrément à la cour et qui réclame des salaires et ses accessoires. La CRIEF n’est pas là pour juger la réclamation des salaires. Et je crois qu’il a bien répondu aux questions. Ils ont fait valoir des documents qui n’ont jamais connu d’application, notamment des décrets et des grilles salariales, alors que les salaires des greffiers, c’est connu de tous, sont payés par le ministère du Budget. La Cour constitutionnelle ne paie pas les salaires des greffiers. », a-t-il expliqué. L’avocat a également soutenu que les documents présentés par la partie civile, notamment certains décrets et grilles salariales, n’auraient jamais été appliqués. Selon lui, les éléments du dossier restent insuffisants pour établir la culpabilité de son client. « Il est innocent. On veut chercher des choses pour l’accabler, mais on ne parviendra jamais à l’accabler. A la fin de cette audience, aujourd’hui, on dit qu’on va écrire à la Banque centrale pour fournir le relevé du compte bancaire de la Cour constitutionnelle. Ça veut dire que le dossier est insuffisant, les éléments du dossier sont insuffisants. Rien ne peut établir la culpabilité de M. Mamadou Lamine Bangoura », a-t-il déclaré. Revenant sur la demande de remise en liberté formulée lors de l’audience, Maître Facinet Soumah a indiqué avoir accompli son devoir d’avocat. « Je suis quand même en train de faire mon travail d’avocat. Je suis avocat, l’une de mes obligations à une telle audience, avec un prévenu en détention, c’est de demander à la Cour d’ordonner sa remise en liberté. Je l’ai fait, je pense l’avoir bien fait. Il appartenait à la Cour d’apprécier. Et elle a apprécié, elle a décidé de rejeter la demande. C’est sa décision, nous en prenons un coup », a-t-il ajouté. Enfin, l’avocat de la défense a critiqué la demande de dommages et intérêts formulée par la partie civile, estimée à plus de deux milliards de francs guinéens. Il a jugé cette réclamation infondée et a réaffirmé sa conviction que son client ne sera pas reconnu coupable à l’issue de la procédure. « Ils ont communiqué des pièces où ils demandent plus de 2 milliards, je ne sais pas par quel traitement. Ça fait un peu sourire, mais c’est vraiment léger de venir. Il parle de dommages d’intérêt, il fait une estimation. C’est comme si c’est un marché, c’est Avaria : on vient demander ce que l’on veut et puis voilà. C’est ça, il n’y a rien de consistant. Il n’aura pas gain de cause. Le procureur qui s’oppose à la liberté de M. Bangoura n’aura pas gain de cause. On le met en prison, c’est parce qu’ils ont le pouvoir de mettre quelqu’un en prison. Voilà, il peut s’opposer. Dans ce dossier, nous avons obtenu combien de décisions de remise en liberté qui n’ont jamais été exécutées. Des décisions même de la Cour suprême. Et on revient, l’arrêt de la Chambre de contrôle est cassé. On revient devant la Cour de répression, la CRIEF, et la Chambre de contrôle réexamine et réordonne la remise en liberté de M. Bangoura. Mais par des moyens fondés sur le non-droit, il est toujours maintenu en détention », a-t-il déclaré. Boubacar Diallo pour Guineematin.com