Procès de Mohamed Lamine Bangoura à la CRIEF : l’ancien président de la Cour constitutionnelle livre sa version des faits
2026-02-23 - 17:55
Le procès de l’ancien président de la Cour constitutionnelle de Guinée, Mohamed Lamine Bangoura se poursuit devant la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF). Mohamed Lamine Bangoura comparaît pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité. Une affaire à fort retentissement qui met en cause l’un des plus hauts responsables de l’appareil judiciaire guinéen, a constaté Guineematin.com à travers un de ses reporters. Mohamed Lamine Bangoura a été placé sous mandat de dépôt à la maison centrale le 15 décembre 2022. Quant à ses co-prévenus : Amadou Diallo, Sidiki Sylla et Rouguiatou Barry, ils sont en fuite. Un mandat d’arrêt a d’ailleurs été émis à leur encontre le 7 novembre 2025. L’ancien haut magistrat et ses co-prévenus sont poursuivis devant la CRIEF pour des faits présumés de détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite, blanchiment de capitaux et complicité, au préjudice de l’État guinéen, représenté par l’Agent judiciaire de l’État et par Lancinet Kanko Kourouma. À la barre, un ancien président a eu à se défendre point par point devant la Cour. À l’audience de ce lundi, Mohamed Lamine Bangoura était le seul prévenu présent dans la salle parmi les mis en cause dans ce dossier. Face à la Cour, représentée par Yagouba Conté, et sous les questions du ministère public, il a longuement répondu sur le fond. Les débats ont permis d’entendre un ancien président de la Cour constitutionnelle déterminé à donner sa version des faits. Dans un langage direct, parfois énergique avec un ton qui varie selon les questions, il a nié certaines accusations et confirmé d’autres éléments, tout en apportant des précisions sur la gestion des fonds électoraux et sur ses rémunérations. « Je ne recevais pas de fonds spéciaux, mais des fonds d’accompagnement pour les élections. Et pour cela, j’ai géré 3 élections, à savoir : les élections référendaires, législatives et l’élection présidentielle. J’en ai reçu 5 milliards de francs guinéens. Même les fonds spéciaux que le président de la République nous envoie, ils les envoient par chèque sur les comptes lui appartenant. La Cour avait comme budget un montant de 20 milliards de francs guinéens et elle recevait 1 milliard 200 millions par trimestre. J’ai travaillé pendant 6 ans à la Cour constitutionnelle : membre de la Cour pendant un an, vice-président pendant 2 ans et président de la Cour pendant 3 ans. Je percevais 21 millions de francs guinéens de salaire, soit le double du salaire des ministres qui percevaient chacun 10 millions 500 mille. En tant que président de la Cour, je recevais 75 millions de francs comme salaire », a-t-il dit pour clarifier sa position sur les fonds perçus et les avantages liés à ses fonctions. S’agissant d’un décaissement de 9 milliards de francs au ministère du Budget en faveur du personnel, et d’une réduction des salaires des greffiers de 20 millions de francs guinéens à 11 millions de francs, Mohamed Lamine Bangoura rejette carrément ces accusations. Poursuivant ses explications, l’ancien magistrat a détaillé le fonctionnement financier de l’institution, cherchant à démontrer qu’il n’était pas l’unique décideur en matière de gestion budgétaire. « La Cour constitutionnelle dispose d’un budget de 20 millions par an adopté par l’Assemblée nationale. Elle reçoit également 1 milliard 200 millions qu’elle gère à travers un comité de trésorerie. Ce comité a été consacré par décret et comprend un président, un trésorier et un DAF. Je me suis retiré de ce comité, parce qu’il était géré par mes anciens étudiants. Nous tenions deux sessions. Une fois le procès-verbal terminé, on me l’envoyait pour vérification. Lorsque le chèque était retiré, l’argent était mis dans des enveloppes. Après validation du procès-verbal, je n’intervenais dans aucune autre décision. La subvention que la Cour reçoit est de 4 milliards. Pour le reste, je n’en ai pas connaissance. Le jour où le mandat de dépôt a été signé, j’avais été membre pendant 6 ans et président pendant 3 ans. C’est durant ces 3 années que j’ai perçu mes avantages », a-t-il ajouté. Interrogé sur des contrats estimés à 11 milliards de francs guinéens ainsi que sur son patrimoine personnel, Mohamed Lamine Bangoura a également apporté des précisions. « Le contrat de base était de 8 milliards lorsque j’ai pris fonction. Il y a eu une modification du contrat pendant que j’étais président, avec seulement une augmentation du loyer. Cela était prévu dans le contrat en cas de renouvellement. Tout au long de l’année, on parle très peu d’argent à la Cour constitutionnelle. Lorsque GUICOPRES a renouvelé le bâtiment, l’entreprise a changé tout le mobilier. Jusqu’au moment où j’ai pris fonction, personne n’avait vu le contrat de base. Nous sommes allés voir le président Alpha Condé, qui donnait à chacun. Lorsque nous avons demandé un fonds de souveraineté, il a dit qu’il ne pouvait nous accorder que 20 millions. C’est individuel : chacun reçoit sa prime. Je possède deux duplex à Nongo, auxquels j’ai ajouté 1 milliard 500 millions. Mon salaire mensuel est de 75 millions. J’ai vendu un immeuble appartenant à mon père à Paris. Celui de Dakar, je l’ai acheté à 4 milliards grâce à un prêt d’Afriland Bank. L’immeuble de Dakar a été acquis entre 2018 et 2019. Les domaines se trouvant de la prison civile de Coyah jusqu’à Wonkifong appartiennent à ma famille ; j’en suis l’administrateur et c’est moi qui les gère. Ma famille possède même une île privée à Wonkifong. Un immeuble à Dubréka appartient à ma femme et à sa mère. Il n’y a pas eu de fonds spéciaux, sauf pendant les élections. J’ai géré quatre élections avec des fonds d’accompagnement de 5 milliards. Je ne sais pas qui payait directement les loyers. En tant que magistrat, je m’occupais uniquement des questions juridiques », a indiqué Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle. À l’issue de cette audience marquée par de longues explications et des déclarations détaillées, la Cour a renvoyé l’affaire au 2 mars 2026 pour la suite des débats. Mamadou Laafa Sow pour Guineematin.com