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Procès du 28 septembre 2009 : « Dès que je me suis retourné, il a tiré une rafale sur moi… »

2026-02-18 - 11:55

« J’ai tourné ma tête et j’ai vu des militaires sauter de tous les bords. Chacun avait un PMAK en main. J’ai dit à mon fils : on va courir et quitter ici. Mais, j’ai tourné la tête et j’ai vu un autre militaire qui avait son fusil braqué sur moi...», raconte Mamadou Saliou Baldé. Comme annoncé précédemment, la seconde phase du procès des événements tragiques du 28 septembre 2009 se poursuit devant le tribunal de première instance de Dixinn délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. Ce mardi 17 février 2026, les parties civiles, défendues par Maître Hamidou Barry, avocat à la Cour, continuent de donner leurs versions des faits dans cette affaire. Mamadou Saliou Baldé, rescapé du massacre, explique avoir reçu trois balles, tirées « à bout portant » par des militaires, a constaté sur place Guineematin.com à travers son équipe de reporters. À la barre, Mamadou Saliou Baldé, né en 1952, chauffeur de profession, a relaté les circonstances dans lesquelles il affirme avoir été grièvement blessé le 30 septembre 2009, soit deux jours après le massacre perpétré au stade. Résidant à Kissosso, la victime dit avoir reçu trois balles et des blessures qui lui ont coûté la rate et handicapé sa main à vie. « Le mercredi 30 septembre 2009, je suis parti à Enco 5 pour déposer ma batterie en charge. J’ai trouvé que c’était fermé et la route déserte. J’étais avec mon fils Alpha Amadou. On a laissé la batterie là-bas. On voulait rentrer à la maison. On a traversé la première voie pour passer sur l’autre voie, j’ai entendu les bruits des pick-up qui venaient vers Sonfonia. J’ai tourné ma tête et j’ai vu des militaires sauter de tous les bords. Chacun avait un PMAK en main. J’ai dit à mon fils : on va courir et quitter ici. Mais, j’ai tourné la tête et j’ai vu un autre militaire qui avait son fusil braqué sur moi. Je croyais qu’il n’allait pas tirer, que c’était pour effrayer les gens. Dès que je me suis retourné, il a tiré une rafale sur moi. Je suis tombé. Mon fils a pleuré. Les gens sont sortis pour me ramasser. Malheureusement, il n’y avait pas de cliniques à côté. On m’a envoyé à la clinique à Kissosso ». Mais, Mamadou Saliou Baldé n’était pas au bout de ses peines. « Dès qu’on m’a fait entrer, d’autres militaires sont venus en jetant des gaz lacrymogènes, disant qu’ils veulent récupérer celui qu’on a fusillé là-bas. La clinique se trouve à côté du marché. Les gens du marché sont sortis massivement pour s’interposer. Les militaires ont replié. On m’a fait rentrer dans la clinique, puis directement au bloc. Il y avait 3 balles dans mon corps. Une balle a coupé les muscles de mon bras. L’autre dans le cou pour ressortir, et la dernière dans mon dos. La balle qui est entrée dans mon dos a brisé mes côtes, gâté ma rate, percé mes intestins pour se loger à côté du foie. On m’a opéré. Ils ont coupé ma rate, mes intestins ont été cousus. Les côtes brisées n’ont pas été soignées. Les muscles coupés dans ma main n’ont pas été soignés. Cette main ne peut pas travailler. Je suis handicapé à vie... Je suis retourné à la maison. Mon ventre était gonflé comme une femme enceinte. On a tiré sur moi à bout portant », a-t-il expliqué. Par ailleurs, Mamadou Saliou Baldé a précisé avoir bénéficié d’une seconde intervention chirurgicale grâce à l’appui de la directrice générale de l’hôpital Donka de cette époque, Hadja Fatou Sikhé Camara. À l’issue de sa déposition, le tribunal a donné la parole au ministère public, qui n’a formulé aucune question. La défense et les avocats de la partie civile ont ensuite pris la parole, chacun défendant les intérêts de leurs clients dans ce dossier. Boubacar Diallo et Thierno Hamidou Barry pour Guineematin.com

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