Procès du 28 septembre 2009 : la défense conteste la qualité de partie civile d’Oumar Bah
2026-02-16 - 14:47
Comme annoncé précédemment, le procès des massacres du 28 septembre 2009 se poursuit ce lundi, 16 février 2026, devant le tribunal criminel de Dixinn (délocalisé à la cour d’appel de Conakry). Et c’est Oumar Bah, une des parties civiles dans cette affaire, qui est à la barre. Il a perdu son père, Amadou Bah, au stade du 28 septembre de Conakry lors d’un rassemblement de l’opposition sous le régime de la junte du CNDD du capitaine Moussa Dadis Camara. Un rassemblement qui a été réprimé dans le sang par le pouvoir en place. Devant cette juridiction de première instance, Oumar Bah a affirmé que son père a été tué par balle. Et pour étayer son propos, il a cité le contenu d’un rapport médico-légal contenant les conclusions de l’autopsie effectuée sur le corps de père. Des informations corroborées par le ministère public lors de la séance des questions-réponses. « Effectivement sur la fiche que nous avons, votre papa a reçu une balle sur l’omoplate. Il (Amadou Bah) était parti seul au stade ? » – Oumar Bah : « Il disait qu’il partait avec ses amis, mais je ne les connais pas. » Par la suite, la défense rétorque la qualité de partie civile Oumar Bah. Le raisonnement évoqué par elle est qu’il n’a pas de jugement d’hérédité et sur la fiche d’identification, il y a seulement le cachet et aucune signature là-dessus. La Défense pose une série de questions à Oumar Bah. – Défense : « Vous parlez ici parce que vous êtes l’aîné ? » – Oumar Bah : Oui – Défense : Est-ce que vous savez que vous ne devez pas parler sans papier ? – Oumar Bah : Je suis l’aîné, c’est pour cela. – Défense : Avez-vous reçu un mandat de vos sœurs et frères pour venir parler ? – Oumar Bah : Je n’ai pas de papier pour ça, mais c’est moi qui suis désigné. – Défense : Avez-vous un jugement d’hérédité ? – Oumar Bah : Non, je n’en ai pas. – Défense : Cela veut dire que vous ne devez pas parler au nom de la famille. – Oumar Bah : C’est moi qui dois parler, parce que je suis le grand frère. – Défense : La fiche d’identification ici présente, qui vous l’a remise ? – Oumar Bah : C’est à Fayçal au cours de la restitution du corps. Le docteur avait dit que le nom de mon père s’y trouve. – Défense : Vous savez que le papier n’est pas signé ? – Oumar Bah : Je ne sais pas. Je sais que c’est le docteur qui nous l’a donné. – Défense : Il n’y a que le cachet de Dr Hassane Bah ? – Oumar Bah : Ah, je ne sais pas. – Défense : Qui vous a remis ? – Oumar Bah : Ce sont les docteurs qui nous ont remis lors de la restitution du corps. – Défense : Il n’y a pas de date ? – Oumar Bah : je ne le sais pas – Défense : Est-ce que ce n’est pas pour avoir de l’argent ? – Oumar Bah : On se plaint pour notre père. Ne nous confondez pas à d’autres personnes. – Défense : Pourquoi vous n’étiez pas venu pendant le premier procès, pourtant il était le plus suivi ? – Oumar Bah : Je vous avais dit cela. On avait désigné notre oncle paternel de venir parler au nom de notre famille. C’est pour cela que je suis venu aujourd’hui. – Défense : Quand avez-vous su qu’il n’est pas venu ? – Oumar Bah : Il n’avait même pas quitté là où il était. – Défense : Vous demandez combien ? – Oumar Bah : Je ne peux pas le dire – Défense : Qui doit le dire ? – Oumar Bah : C’est au tribunal. La défense conclut en disant que le jugement d’hérédité faisant défaut, le tribunal doit prendre ses responsabilités. En réponse, les avocats de la partie civile dénoncent une tentative d’amalgame. << On a voulu créer de l’amalgame dans cette affaire. Est-ce que c’est pas mentionné que la date du décès est le 28 septembre ? Le diagnostic est indiqué et la cause du décès est mentionnée et le décès a eu lieu au stade », a dit Maître Alpha Amadou DS Bah. – Oumar Bah : Oui, tout est écrit dedans. – Est-ce qu’ils savent comment la restitution s’est passée ce jour ? Ils disent qu’il n’y a pas de signatures ? – J’ai appris qu’il y avait des échauffourées – Est-ce que vous savez que Pr Hassane Bah avait parlé du cas de votre père ? – Oui, il l’avait dit ici. – Il y a la vidéo de son passage. On vous a reproché que c’est maintenant que vous venez au stade ? – Oui – Au moment de l’instruction vous aviez 15 ans à l’époque et votre mère est illettrée ? – Oui – À quel moment avez-vous su qu’il était venu pour lui ? – C’est à la fin du procès qu’on a su. – C’est quand le jugement a été rendu ? – Oui. – C’était le 31 juillet 2024. Est-ce qu’on peut vous reprocher en ce moment ? – Non – L’image de votre papa est passée sur les télévisions nationales et internationales. Votre oncle était aussi une victime. – Oumar Bah : Mon oncle était victime au stade du 28 septembre – Avocats de la partie civile : Il a privilégié sa plainte au détriment de votre père ? – Oumar Bah : Oui Finalement, le tribunal clôt les débats et appelle une autre victime à se présenter devant la barre. Le procès se poursuit. Boubacar Diallo et Thierno Hamidou Barry pour Guineematin.com