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Procès du 28 septembre : « A chaque fois qu’on essayait d’escalader le mur, on nous tirait dessus »

2026-02-17 - 16:15

Le procès des événements tragiques du 28 septembre 2009 se poursuit devant le tribunal de première instance de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. À la barre, les parties civiles continuent de livrer leurs témoignages sur les faits survenus au stade du 28-Septembre. Ce mardi 17 février 2026, les parties civiles, défendues par Maître Hamidou Barry, ont été entendues. Le premier à comparaître est Alseny Diallo, né le 3 mars 1987 à Kindia, enseignant, marié et père de deux enfants. Dans sa déposition, il a relaté les violences qu’il affirme avoir subies au stade du 28-Septembre, a constaté sur place Guineematin.com à travers un de ses reporters. À la barre, il décrit avec précision les coups et blessures dont il dit avoir été victime, revenant sur les circonstances et l’ampleur des sévices endurés. Guineematin.com vous livre le récit glaçant de Alseny Diallo : « Ce lundi 28 septembre 2009, ayant été informé de la manifestation organisée par les forces vives, mes amis Alseny Barry, Amadou Diallo, Amadou Bhoye Barry et moi, nous avons pris le chemin pour nous rendre au carrefour Cosa. Et à mi-chemin, mes amis décidèrent de déjeuner, on a continué au carrefour Cosa, où on a trouvé mon ami Sanoussy Barry. Nous avons continué. Nous avons décidé de marcher. Au camp Alpha Yaya, il y avait un dispositif militaire, on a continué. Le même dispositif était à Bambéto. Et au fur et à mesure qu’on marchait, l’engouement est venu, la foule devenait nombreuse. On a marché jusqu’au niveau de la Belle vue. J’ai perdu de vue les amis avec lesquels je suis sorti. Mais je commençais à étouffer vu que j’étais à en jeun. Arrivé à Dixinn Oasis, je n’avais plus de souffle. J’ai décidé de rompre le jeûne. Il y avait une marée humaine. Je suis allé me trouver un petit pain, j’ai coupé le jeûne. J’ai continué à Dixinn terrasse. Arrivé là, nous avons été dispersés par les forces de l’ordre, à coup de gaz lacrymogènes. Moi je suis venu vers Pharma Guinée », a-t-il déclaré. Mais, la situation va se compliquer, affirme-t-il avec l’entrée en scène des militaires. « Quelques instants après, la foule est revenue avec des slogans, « wo woulé », puis on est entré. À peine qu’on a franchi le grand portail, il y a eu des tirs qui ont suivi derrière nous. Soudain, j’ai vu des gens tomber. C’était à la suite de balles réelles. Entre temps, on a été coincé derrière un conteneur, où nous avons été encerclés par trois gendarmes, qui nous ont intimés si vous bougez, on tire. Mais vu qu’on était effrayé, moi j’ai bougé. Il y a une fille qui a bougé avant moi. A quelques pas, elle a reçu une balle sur le pied. Dans la bousculade je suis venu aussi tomber sur elle. Ces trois gendarmes m’ont trouvé. Ils m’ont soulevé, donné des coups de matraque ici. Jusqu’à présent, la cicatrice est là. Ils m’ont pris, ils m’ont donné des coups. Le dernier m’a pris par derrière. Il m’a dit, imbécile, va. Il m’a donné un coup de pied. J’ai foncé vers le stade proprement dit. Et il y a un petit portail qui mène dans la partie Sahara du stade. Il y avait un monsieur de grande taille, qui a ouvert la porte pour moi. Je suis entré. Quand je suis entré, à mon fort étonnement, j’ai vu des gens en civil munis de poignards, qui poignardaient les gens. Ils poignardaient. Il y avait un vieux à côté de moi, barbu. À chaque fois qu’il essayait de lire Ayatal koursi, il oubliait, tellement qu’il avait peur. Il n’y avait pas où aller », explique-t-il. Poursuivant son récit, Alsény Diallo a raconté ce qui s’est passé dans l’enceinte du stade, les balles qui crépitaient, l’électrocution de certaines personnes. « Entre-temps, on s’est bousculé. Il y a une vieille qui est tombée entre les rangs des tables (là, on s’assoit). Tout le monde lui marchait dessus. Moi-même, je lui ai marché dessus, sans le vouloir... Il y a une petite porte qui mène dans un couloir. Le couloir-là, je précise, mène vers la SIG. Il y avait des militaires arrêtés à gauche. Ils avaient des ceinturons, des matraques. Toute personne qui sortait recevait un coup. Quand je me suis retrouvé dans le couloir, j’ai vu de mes yeux des militaires traîner une femme nue, la frappant à l’aide de planches, des morceaux de planches, pour une destination inconnue. Dans le même endroit, là où nous étions, il y avait une marée humaine. Et là, il y a un premier groupe qui a essayé d’escalader le mur, mais ils se sont retrouvés sur le toit d’une maison. Malheureusement, le toit s’est écroulé. Tout le monde s’est retrouvé dedans. Mais dedans, le mur était haut, ils ne pouvaient plus remonter. Nous, nous sommes montés sur une branche. La branche s’est cassée, nous sommes tombés. Mais dans tout ça, ce qui m’a le plus effrayé, ce sont deux choses. La première des choses, c’est les fils qui sont coupés. Il y avait les fils de haute tension, qui électrocutaient les gens. Ça, ça m’a fait peur. Deuxièmement, à chaque fois qu’on essayait d’escalader le mur, on nous tirait dessus comme dans un film, comme dans le film Rambo. Ça, ça m’a fait peur. Entre-temps, là où nous étions, il y avait des petits, ils ne pouvaient pas escalader le mur. J’ai vu un petit sur les lieux, il avait une chaussure gomme, qui est venue jusqu’au niveau de son genou. Il ne pouvait pas lever la chaussure. On l’a aidé. En même temps, au même endroit, il y avait des jeunes filles qui avaient le courage qu’on pouvait aider pour les jeter dehors. C’est parce que c’était une chute. Chacun chutait. Entre-temps, on s’est battu, moi, personnellement. J’ai pu escalader le mur. Je suis retombé derrière ». Cette chute l’a entrainé vers l’autoroute où des bérets rouges étaient aux aguets. « Quand je suis retombé derrière, ça, c’est vers les rails, vers la SIG. Quand je suis sorti, il y avait un groupe de bérets rouges là-bas. Et le premier groupe qui était devant, ils les ont arrêtés. On les faisait courir à des mètres : « Courez, courez, courez, courez ». Nous qui avions eu la chance, on est entrés dans une famille. C’était maintenant vers les 13 heures. Dans la cour, on a prié. J’avais deux téléphones, deux petits téléphones. Là où j’ai fait l’ablution, j’ai perdu l’un. Mais là où j’étais, j’avais trop de douleur. Parce qu’ici, il y avait le sang qui coulait derrière. Le Lacoste que je portais était plein de sang. J’avais des douleurs partout. Et là mon inquiétude, c’était quoi ? Il y avait mon petit frère à l’intérieur du stade. Je l’ai appelé, appelé, appelé jusqu’à 15 heures, il ne répondait pas. Jusqu’à 16 heures, il ne répondait pas. Et moi aussi, malheureusement, j’avais perdu le téléphone. Le numéro qui était connu par la famille, personne n’avait de mes nouvelles. C’est là que nous sommes restés jusqu’à 17 heures ». Il fallait rentrer à la maison. « Je suis sorti avec un groupe de jeunes, mais pour la plupart, ils partaient vers la route Le Prince. J’ai emprunté un minibus (Magbana) pour la maison, parce qu’à l’époque, j’étais à Matoto. Et quand je suis entré dans le Magbana, les gens disaient, c’est petit pour eux, ceux qui sont partis au stade, il fallait tous les tuer là-bas. Mais, puisque personne ne savait que je venais du stade, je me si tu et je suis resté bouche bée. Moi, ce qui m’inquiétait, je n’avais qu’un billet de mille francs pour mon transport jusqu’à Matoto. Donc, ça c’est un. Deuxièmement, mon petit frère, je n’ai pas de ses nouvelles. Donc, je suis resté bouche bée. Arrivé à la Tannerie, j’ai tendu un billet de mille francs à l’apprenti. Il m’a dit qu’il ne le prend pas. Il m’a grondé, grondé. J’ai accepté. Finalement, il a appris. Il m’a traité de malhonnête. Je suis parti. Arrivé au quartier, il y a une sœur, Aminata Barry qui m’a aperçu. Elle m’a dit, eh, Alseny, d’où est-ce que tu viens ? J’ai dit, je viens du stade. Elle m’a dit, eh, pourquoi tu es parti au stade ? J’ai dit, ah oui, on était parti, mais vraiment, ça a tourné autrement. Elle m’a appelé. Quand elle a vu le sang sur moi, elle a fondu en larmes. Elle s’est mise à pleurer. C’est comme ça que je suis arrivé à la maison. Là, c’était des pleurs, parce que je suis le dernier à rallier la maison. Je suis arrivé, tout le monde pleurait ». Dépassé par sa mésaventure, Alsény Diallo est resté stupéfait. « Mais arrivé à la maison, je ne parlais pas trop, j’étais traumatisé par ce que j’ai vu au stade. Donc, vouloir parler de ce que j’ai vu au stade, j’ai préféré me taire. Donc, je suis resté là. Ça, c’était le lundi. Le mardi, j’ai un ami qui faisait un stage dans une clinique à Dixinn. Il dit, ah, comme tu n’as pas encore un bilan pour toi, tu n’as pas tes soins, il faut aller là-bas, c’est gratuit. Si tu vas, certainement, tu pourras bénéficier d’un traitement. C’est ainsi que je suis allé à Dixinn. J’ai fait mon traitement. Et je suis rentré à la maison... » Boubacar Diallo pour Guineematin.com

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