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Procès du 28 septembre : « C’est un béret rouge qui a tiré sur moi », témoigne Hafsatou Bah

2026-02-18 - 09:35

La seconde phase du procès des événements tragiques du 28 septembre 2009 se poursuit devant le tribunal de première instance de Dixinn, délocalisé à la Cour d’appel de Conakry. Ce mardi 17 février 2026, une nouvelle série de victimes a comparu à la barre pour livrer le récit des faits survenus le lundi noir. Parmi elles, Hafsatou Bah, née en 1994 à Conakry, mineure au moment des faits, qui a relaté les circonstances dans lesquelles elle a été atteinte par balle, a constaté sur place Guineematin.com à travers ses reporters. « J’ai été victime au stade du 28 septembre. J’ai été frappée et on a tiré sur moi. Je n’avais pas l’intention de partir au stade. C’est à cause de l’ambiance bon enfant que je suis allée. Nous sommes arrivées au stade en retard », informe-t-elle d’entrée. Poursuivant, Hafsatou Bah a décrit certaines scènes vécues ce jour fatidique, marquée par la mort de plus de 150 guinéens. « Les militaires avaient déjà commencé à semer la pagaille. Un pick-up de militaires, en bérets rouges, est venu vers notre direction à la terrasse. Mes grandes sœurs ont fui. Nous sommes rentrées dans le quartier. J’ai voulu traverser le fossé mais je suis tombée. Je ne savais pas que j’avais reçu une balle. J’ai voulu me relever pour courir. Je n’ai pas pu. J’ai regardé mes habits. Ma robe était déchirée, et tachée de sang. J’ai enlevé mon voile pour attacher la partie blessée. Les militaires étaient proches de moi et mes sœurs étaient parties ». Poursuivant, Hafsatou Bah explique avoir été prise à partie par des militaires avant de se faire aider par des jeunes. « Ils m’ont donnée des coups et m’ont piétinée. Un militaire, parmi le groupe, a dit de me laisser, que je suis une petite fille. Donc, ils ont bougé et m’ont laissée. Un groupe de jeunes de passage m’a pris et on est parti ensemble... Quelqu’un avait informé ma maman. Partout où on allait, les cliniques étaient fermées. Nous sommes venues dans mon quartier et les cliniques aussi étaient fermées. Nous sommes allées dans une autre clinique. Là, ma mère a tout fait pour qu’on entre... Ils ont extrait la balle sans anesthésie. Après quelques jours, on m’a envoyée à Donka, comme c’était gratuit. On a fait mes soins et c’est là que j’ai su la gravité des atrocités qu’il y a eu au stade... » En outre, Hafsatou Bah a décrit ce qu’elle a vu à Donka, des victimes blessées lors des évènements. « J’ai vu une fille qui avait reçu une balle dans les fesses. Chaque fois qu’on ouvrait ma plaie, je faisais des vertiges. Après quelques jours, j’ai dit que je voulais rentrer car ceux qui avaient été poignardés, mouraient. Je pensais que j’allais mourir parce que j’ai reçu une balle. Une victime m’a dit de me chercher un certificat. Elle m’a indiqué un bureau. Je me suis vue avec une femme. J’ai dit que je voulais rentrer. Elle a fait un certificat médical. D’autres victimes m’ont demandé de prendre une photo et de garder. Je suis rentrée à la maison. Une copine m’a envoyé à l’ambassade de France, me disant que c’était possible de se faire soigner sans payer. Elle m’a laissée seule. J’ai rencontré un blanc qui m’a écrit une lettre adressée à Docteur Lamine Bah, travaillant à Ignace Deen. Je lui ai remis la lettre. Il a fait une radiographie. Il a demandé si j’ai des parents, j’ai dit non. Je suis partie à la maison. En ce moment, je ne prenais pas soin de mes papiers. J’avais fait en tout deux radios. Mais, c’est un militaire en béret rouge qui m’a tirée sur la cuisse droite à la terrasse. J’ai seulement le certificat médical... Je n’ai pas vu des gens qui portaient des maillots de Chelsea (accusés d’avoir blessé les manifestants à l’arme blanche, ndlr). Je n’arrive pas à bien exercer mon travail à cause de la blessure », a-t-elle lancé. À la suite de son audition, les débats se sont poursuivis avec les questions du ministère public, puis celles de la défense et des avocats de la partie civile. Chaque partie cherchant à éclairer ou à nuancer les déclarations de Hafsatou Bah. Boubacar Diallo et Thierno Hamidou Barry pour Guineematin.com

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