Procès du directeur préfectoral de l’Habitat de Kankan : le procureur général Marwane Baldé chercherait-il à influencer le dossier ?
2026-01-29 - 14:43
« Dire que le procureur général est derrière ce dossier, dans ce cas précis, c’est faux. Et même s’il avait donné des instructions, la loi le lui permet », a tranché Fodé Bintou Keïta, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Kankan. Le procès intenté par le ministère public contre Abdoulaye Diakité, directeur préfectoral de l’Habitat de Kankan, continue de susciter une vive attention dans la préfecture. À l’ouverture de l’audience devant le tribunal correctionnel, la salle d’audience et la cour du tribunal ont été prises d’assaut par de nombreux citoyens venus témoigner leur soutien au prévenu. Sur les réseaux sociaux également, le responsable du service préfectoral de l’Habitat bénéficie d’un élan de solidarité. Cependant, au cœur des débats contradictoires, un autre nom s’est imposé avec insistance : celui de Marwane Baldé, procureur général près la cour d’appel de Kankan. Selon certaines allégations évoquées à la barre et relayées dans l’opinion, ce dernier aurait tenté d’influencer la procédure à travers une implication personnelle dans le dossier. Une supposée conversation WhatsApp entre le procureur général et le prévenu aurait même été évoquée par le ministère public. Interrogé sur ces accusations, Fodé Bintou Keïta, procureur de la République près le tribunal de première instance de Kankan, a tenu à apporter des clarifications, rejetant toute implication personnelle du procureur général dans la décision de poursuite. Il a aussi rappelé le cadre légal qui régit les relations entre le parquet général et les parquets d’instance. « Je rappelle que M. Marwane Baldé est le procureur général près la cour d’appel de Kankan. Il est, à ce titre, le chef de tous les procureurs de la République du ressort. Mais les relations entre le parquet général et le procureur de la République sont strictement encadrées par la loi », a-t-il précisé. S’appuyant sur les dispositions des articles 50 et suivants du code de procédure pénale, le procureur Fodé Bintou Keïta a expliqué que la mise en mouvement de l’action publique repose sur deux principes fondamentaux : l’opportunité des poursuites et la légalité des poursuites. « C’est moi, procureur de la République, qui apprécie l’opportunité et la légalité de la poursuite. Après analyse objective du dossier, nous avons constaté qu’un plan de masse datant de 1968 coexistait avec un autre plan de masse établi en 2022 et signé par le directeur préfectoral de l’Habitat. Cette situation de double emploi est de nature à créer des tensions graves entre citoyens se réclamant tous propriétaires », a-t-il déclaré. Selon lui, cette situation foncière constituait un risque réel pour la stabilité sociale à Kankan, justifiant l’engagement de poursuites. « J’ai compris que la ville de Kankan était en danger. En vertu des pouvoirs que me confère la loi, j’ai décidé de mettre l’action publique en mouvement. Cela n’a rien à voir avec le procureur général », a-t-il insisté. Concernant la fameuse conversation WhatsApp évoquée au cours des débats, Fodé Bintou Keïta a tenu à relativiser sa portée. « Le procureur général était en poste avant mon arrivée. Il aurait, huit mois auparavant, attiré l’attention du directeur préfectoral de l’Habitat sur l’établissement d’un plan de masse sur un autre plan existant. Lorsque nous avons posé la question au prévenu, il a nié en bloc. Nous n’avons trouvé aucune matière à creuser davantage sur cet aspect », a-t-il expliqué. Pour le parquet, l’évocation du nom du procureur général visait uniquement à apprécier la personnalité du prévenu et sa réaction après avoir été alerté sur un possible faux. « Dire que le procureur général est derrière ce dossier, dans ce cas précis, c’est faux. Et même s’il avait donné des instructions, la loi le lui permet », a tranché le procureur de la République. Du côté de la défense, le ton est tout autre. Me Mamadi Doumbouya, porte-parole du pool d’avocats d’Abdoulaye Diakité, soutient que le parquet général serait bel et bien impliqué dans le dossier. « Le parquet général est impliqué à toutes les étapes de la procédure. Le procureur de la République lui-même a évoqué une prétendue conversation WhatsApp entre le directeur préfectoral de l’Habitat et le procureur général. Pour nous, cela démontre que la main noire derrière ce dossier, c’est le procureur général près la cour d’appel de Kankan », a-t-il affirmé. L’avocat rappelle toutefois que, conformément aux articles 47 et 50 du Code de procédure pénale, le procureur de la République dispose de prérogatives propres qui doivent être exercées sans pression apparente. « La subordination hiérarchique ne doit pas transparaître dans le prétoire. Le procureur de la République doit pouvoir exercer pleinement ses compétences », a conclu Me Mamadi Doumbouya. Alors que le procès se poursuit, cette affaire foncière dépasse désormais le simple cadre judiciaire pour alimenter un débat plus large sur l’indépendance des poursuites et les rapports entre parquet général et parquet d’instance dans le ressort de la cour d’appel de Kankan. Abdoulaye N’koya SYLLA pour Guineematin.com