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Production artisanale du beurre de karité à Siguiri : un savoir-faire ancestral en manque d’accompagnement à Kouroukan Boukaria

2026-03-23 - 10:23

Kouroukan Boukaria est un district relevant de la sous-préfecture de Naboun, dans la préfecture de Siguiri. Dans cette localité, l’extraction du beurre de karité rythme la vie des femmes. Hérité des mères et des grand-mères, ce savoir-faire ancestral constitue à la fois une activité économique, un lien social fort et une réponse aux besoins quotidiens des familles rurales. Malgré leur solidarité, ces femmes font face à de nombreuses difficultés : travail pénible, manque d’équipements modernes et accès limité aux marchés locaux. Elles sollicitent l’accompagnement des autorités afin de moderniser cette filière porteuse, a constaté Guineematin.com à travers son envoyé spécial. Un savoir-faire transmis de génération en génération Tout commence en brousse. À la saison des fruits mûrs, les femmes parcourent champs et forêts pour ramasser les noix de karité tombées au sol. La pulpe, sucrée et appréciée, est consommée fraîche. Seule la noix est conservée. Les noix sont lavées puis séchées quelques jours au soleil afin de réduire l’humidité et prévenir la moisissure. Une fois bien sèches, elles sont cassées manuellement pour en extraire l’amande. Celle-ci est ensuite séchée, puis pilée à la main. Vient ensuite la torréfaction à feu doux. Cette étape développe l’arôme et facilite l’extraction de la matière grasse. Les amandes grillées sont broyées à l’aide de moulins manuels pour obtenir une pâte brune et épaisse. Au marigot, elles mélangent la pâte à de l’eau et la battent longuement. Peu à peu, le beurre remonte à la surface sous forme de mousse. Il est récupéré, lavé à plusieurs reprises, puis chauffé dans une marmite afin d’éliminer l’eau et les impuretés. Filtré et laissé à refroidir, il devient solide et prend sa teinte jaune ou ivoire caractéristique. Une chaîne de solidarité féminine À Kouroukan Boukaria, l’extraction du beurre de karité n’est jamais une activité solitaire. Les femmes travaillent en groupe et s’entraident à chaque étape : ramassage, concassage, pilage, battage et cuisson. Cette organisation collective renforce les liens sociaux et permet d’alléger la pénibilité du travail. Car la transformation du karité est longue et exigeante. Elle mobilise plusieurs jours d’efforts physiques soutenus. Malgré cette solidarité, les difficultés persistent : manque d’équipements modernes, accès limité aux marchés hebdomadaires en raison du mauvais état des routes, faibles moyens de conservation et absence d’accompagnement technique. M’Ballou Sacko, productrice, témoigne : « Le travail est très difficile. Transporter les noix jusqu’au village, piler à la main... toutes les étapes sont pénibles. Nous demandons aux autorités et aux bonnes volontés de nous aider à obtenir des machines pour éviter le pilage manuel. » Kosson Dansoko, âgée d’une soixantaine d’années, confie avec émotion : « Nos épaules sont fatiguées par le travail manuel. L’huile de karité peut se conserver pendant des années et elle a beaucoup de bienfaits pour la santé. Aujourd’hui, je ne peux plus supporter le pilon. Ce travail m’a beaucoup fatiguée », a-t-elle déclaré. Mariame Dansoko renchérit : « Le beurre de karité soigne des maladies et il est aussi utilisé pour la cuisine. Les autorités doivent nous aider à obtenir du matériel pour faciliter l’extraction », a-t-elle plaidé. Un produit aux multiples vertus Le beurre de karité occupe une place centrale dans la vie quotidienne des ménages. Il est apprécié pour ses vertus hydratantes, protège la peau contre la sécheresse et contribue à nourrir et fortifier les cheveux. En cuisine, il est largement utilisé pour la préparation des sauces traditionnelles. Dans la médecine traditionnelle, il intervient dans le traitement des brûlures, favorise la cicatrisation des plaies et aide à soulager certaines douleurs. Sur le plan économique, le beurre de karité représente une source de revenus essentielle pour de nombreuses femmes rurales, contribuant ainsi au dynamisme de l’économie locale. Dans un contexte où les opportunités économiques sont rares, le karité constitue une véritable bouée de sauvetage. Un appel à la valorisation de la filière Malgré son importance, la filière reste peu structurée. Les femmes de Kouroukan Boukaria lancent un appel aux autorités et aux partenaires au développement. Elles souhaitent bénéficier de formations, d’équipements modernes et d’un meilleur accès au marché. La mécanisation partielle du processus permettrait de réduire la pénibilité du travail et d’améliorer la qualité du produit. Une meilleure organisation commerciale pourrait également accroître leurs revenus. À Naboun, le beurre de karité est bien plus qu’un simple produit : il est un symbole de résilience, de solidarité et d’autonomisation féminine. Avec un appui adéquat, cette filière pourrait devenir un véritable levier de développement local pour toute la préfecture de Siguiri. De Siguiri, Kaïn Naboun Traoré, envoyé spécial de Guineematin.com Tél. : (+224) 621 144 891

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