Rapatriement de Guinéens de l’Europe : Dr Morissanda Kouyaté hausse le ton et fixe la ligne rouge
2026-02-26 - 17:55
Après le tollé suscité récemment, le ministre des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger a donné des explications sur la situation des Guinéens sous le coup de procédures d’expulsion vers leur pays. À l’occasion d’une conférence de presse animée ce jeudi 26 février 2026, Dr Morissanda Kouyaté a exprimé la position du gouvernement face à la vive polémique autour du rapatriement des Guinéens en situation irrégulière, notamment en Allemagne. Le chef de la diplomatie guinéenne, Dr Morissanda Kouyaté, a vivement dénoncé ceux qui, selon lui, mènent des campagnes de désinformation à ce sujet, a constaté Guineematin.com à travers une équipe de reporters. Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux bruissent d’accusations visant les autorités guinéennes, soupçonnées de passivité, voire de complaisance dans les procédures d’expulsion engagées contre certains ressortissants en Europe. Face à ces critiques, le ministre a choisi de répondre frontalement, en replaçant le débat dans son contexte diplomatique. Il a notamment souligné que la question migratoire dépasse le seul cadre des relations bilatérales avec Berlin et s’inscrit dans un dialogue plus large avec l’ensemble de l’espace européen. « En Allemagne, six mille Guinéens sont en situation irrégulière. Sur les six mille, combien sont rentrés ? Depuis quatre ans, 120 personnes. C’est toute l’Union européenne qui est en face de la Guinée. Ce n’est pas l’Allemagne seulement. Non, c’est l’Union européenne qui nous met la pression, parce qu’ils ont aussi leur opinion publique. Il y en a qui ont même demandé à ce qu’on ait un charter qui ramasse les Guinéens dans tous les pays d’Europe. J’ai dit non, on ne fait pas ça », a-t-il déclaré. À travers cette mise au point, le ministre a voulu démontrer que Conakry refuse toute logique d’expulsions collectives ou de rapatriements massifs organisés sans discernement. Le gouvernement guinéen, selon son chef de la diplomatie, s’en tient à une ligne claire : respecter les procédures judiciaires des pays d’accueil, tout en veillant à la dignité de ses ressortissants. Il n’est donc question d’admettre sur le territoire national que les citoyens ayant épuisé toutes les voies de recours légales. « Les Guinéens sont là où ils sont. Les seuls Guinéens que nous allons admettre ici, ce sont les Guinéens qui ont épuisé tous leurs droits de recours chez vous. Et le dernier recours dit que si vous êtes déboutés, vous partez chez vous et vous avez l’obligation de quitter le territoire. Ceux qui ont épuisé tous les recours et qu’on a jetés dans des prisons, des Guinéens qu’on a enfermés dans des cages sous le froid. Si vous avez épuisé tout, s’ils sont en prison, au lieu de les garder en prison indéfiniment, si vous voulez les envoyer, on les prendra », a-t-il précisé. Dans son argumentaire, Dr Morissanda Kouyaté insiste sur la notion de souveraineté et de responsabilité. Pour lui, accepter le retour de compatriotes déboutés ne relève ni d’une soumission ni d’un abandon, mais d’un devoir d’État. « S’ils ont fait des fautes chez vous, ils viendront ici, nous allons juger ça aussi. Mais on n’acceptera pas n’importe quoi. C’est cette défense que nous sommes en train de faire. Nous, nous connaissons ce que c’est que la dignité. Nous, nous savons ce que c’est que la responsabilité. Nous, nous savons ce que c’est que la citoyenneté. Nous, nous savons ce que c’est que la Guinée », a indiqué Dr Morissanda Kouyaté. Au-delà du dossier migratoire, le ministre a profité de cette tribune pour adresser un message ferme aux opposants qu’il accuse d’entretenir une rhétorique hostile à l’égard des institutions guinéennes. Il a dénoncé ce qu’il considère comme un déficit de patriotisme chez certains compatriotes vivant à l’étranger, allant jusqu’à évoquer une « patriotectomie ». « Le président Doumbouya vient d’avoir un mandat de 7 ans pour redresser ce pays. Il le redressera avec vous tous, la main dans la main. Mais ce n’est pas dans les injures, dans l’invective ou dans le mensonge. Vous, au moins, on sait ce que vous faites. Quand on a coupé chez vous le patriotisme, ça n’existe plus. C’est la patriotectomie. Et le seul langage : il faut que le pays tombe... il faut que le président meure. Je peux rassurer le peuple de Guinée que le chef de l’État est au service de la nation guinéenne à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Nous mettrons tout en œuvre, tout le gouvernement, pour cela. Je voulais juste vous dire d’être sereins », a-t-il lancé. Par cette sortie médiatique offensive, le chef de la diplomatie guinéenne entend visiblement reprendre la main sur un sujet sensible, à la croisée des enjeux migratoires, diplomatiques et politiques. Entre pressions extérieures et tensions internes, Conakry affiche ainsi une ligne qu’elle présente comme équilibrée : défendre la dignité de ses ressortissants tout en assumant ses responsabilités internationales. Mamadou Laafa Sow et Thierno Hamidou Barry pour Guineematin.com Tél. : (+224) 622 919 225