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Sogbeni (Côte d’Ivoire) : le désarroi d’Aboubacar Sylla, 35 ans d’exil loin de sa Guinée natale

2026-02-15 - 20:58

À 60 ans, Aboubacar Sylla est un homme forgé par l’exil. Originaire de Kollet, dans la préfecture de Télimélé en Guinée, il vit depuis 1990 à Sogbeni, un village situé à environ 50 kilomètres de Zuénoula, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. En 35 ans, il n’a pu retourner dans son pays natal qu’une seule fois, en 2006, pour les obsèques de sa mère, décédée en l’an 2000, rapporte le correspondant de Guineematin.com basé à Abidjan. Aujourd’hui, Aboubacar Sylla habite avec sa femme ivoirienne et leurs enfants dans une maison modeste qu’il a construite de ses mains. Le mur derrière sa maison est l’un des quatre seuls angles encore debout de cette bâtisse fragile, symbole de sa vie de lutte et de débrouillardise. « Je suis sorti très tôt de Guinée. Je suis venu ici avec l’espoir de changer positivement ma vie. Depuis mon départ, je n’ai jamais rencontré quelqu’un de mon village, ni un parent. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait seul, avec parfois l’aide de compatriotes d’autres localités ou d’étrangers. Quand c’est doux, on est là ; quand c’est difficile, on reste aussi. Je me suis habitué. Aujourd’hui, je ne pense plus à rentrer. Ce n’est pas que je déteste chez moi, mais faute de moyens, cela me sera difficile », raconte-t-il. Selon ce qu’il a dit à notre reporter, Aboubacar Sylla est le seul Soussou de Sogbeni et des villages environnants. Cette situation accentue son isolement et sa nostalgie de la Guinée. « J’ai perdu mon père quand j’avais 3 ans, et ma mère est décédée en 2000. Je n’ai pu retourner à Télimélé qu’en 2006 pour les salutations et les sacrifices. Dans toute chose, il faut de l’aide, et c’est ce qui m’a manqué », confie-t-il. Depuis son arrivée en Côte d’Ivoire, il a tenté de multiples activités pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille : vente de maïs, de cacao, d’anacarde... mais aucune n’a été durablement rentable. « Quand tu arrives sans métier, tu dois évoluer dans la débrouillardise. J’ai tout essayé, mais aujourd’hui, il ne reste presque rien. Je n’ai jamais eu la chance de tomber sur un projet qui puisse me garantir une stabilité à long terme », explique-t-il avec une certaine amertume. L’histoire d’Aboubacar Sylla illustre le quotidien de nombreux Guinéens vivant dans des villages reculés de Côte d’Ivoire. Privés de moyens et isolés, ils doivent affronter des difficultés considérables pour survivre, tout en restant loin de leur terre natale. Pour Aboubacar, chaque jour est un mélange de résilience et de nostalgie : « Ici, j’ai tout construit, j’ai tout vu, j’ai tout vécu. Je reste, car c’est ici que ma famille et moi vivons, malgré les épreuves », conclut-il. De retour de Sogbeni (Côte d’Ivoire), Mamadou Malal Baldé depuis Abidjan pour Guineematin.com

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