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Télimélé : à Kondon Boffou, l’énigme d’Aïcha Beton, « une Burkinabè » en détresse mentale qui cherche ses repères

2026-03-22 - 21:53

Dans la cité de Kondon Boffou, située dans le district de Boudaye, relevant de la sous-préfecture de Sinta (préfecture de Télimélé), une femme souffrant de troubles mentaux vit depuis plusieurs années dans une grande précarité. Connue sous le nom d’Aïcha Beton, cette étrangère, dont l’origine reste floue, serait arrivée dans la localité à la faveur des déplacements de populations de Kounkouré liés au projet du barrage hydroélectrique de Souapiti. À travers une immersion sur place, un reporter de Guineematin.com a recueilli des témoignages émouvants de riverains qui lancent un appel aux autorités et aux représentations diplomatiques afin de retrouver la famille de cette femme et lui venir en aide. Sous un hangar de fortune dans la cité de Kondon Boffou, une femme au regard perdu tente de répondre aux questions du journaliste. Les propos sont confus, parfois incohérents, mais traduisent surtout une profonde détresse. Interrogée sur son identité, elle semble incapable de donner des informations précises. « Moi, je n’ai pas entendu... Je ne connais pas mon nom, pardon. Je suis là seulement... », murmure-t-elle avec difficulté. À la question de savoir d’où elle vient, elle laisse entendre qu’elle serait burkinabè, tout en évoquant un passage par la Côte d’Ivoire. « Moi, je suis burkinabè... mais j’étais en Côte d’Ivoire », lâche-t-elle dans un mélange de français et de maninka. Lorsqu’on l’interroge sur sa famille, ses réponses deviennent encore plus confuses. « Il n’y a pas de papa... il n’y a pas de maman... Nous, on souffre toujours... Nous, on ne mange pas... », répète-t-elle à plusieurs reprises. Même face à la proposition de lui trouver un logement et de quoi se nourrir, la dame semble perdue dans ses pensées, répétant simplement : « Je n’ai pas de nom... ». « Elle est arrivée ici avec les déplacés de Kounkouré » Pour comprendre l’histoire de cette femme, le reporter de Guineematin.com s’est tourné vers les habitants de la localité. Mamadou Samba Bah, chef de chantier de la cité Kondon Boffou, explique que la dame serait arrivée dans la zone à la suite des déplacements provoqués par la construction du barrage hydroélectrique de Souapiti. « La femme que vous avez découverte dans ce hangar est venue ici avec les vagues de personnes déplacées de Kounkouré à cause du projet de barrage de Souapiti. Un jour, je l’ai rencontrée en train de ramasser des boîtes vides. Elle m’a fait pitié et, comme j’aime faire le sacrifice, je lui ai donné 10 000 francs guinéens en lui demandant d’où elle venait », raconte-t-il. Selon lui, la dame aurait affirmé être originaire du Burkina Faso, tout en ayant longtemps vécu en Côte d’Ivoire avant de rejoindre la Guinée. « Elle m’a dit qu’elle venait de la Côte d’Ivoire mais qu’elle était d’origine burkinabè. Elle a quitté la Côte d’Ivoire pour venir à Kindia, puis elle est arrivée à Kounkouré avec des femmes commerçantes. Là-bas, les gens l’ont bien accueillie. Chacun l’aidait comme il pouvait », explique-t-il. Mais lorsque les populations ont été déguerpies dans le cadre du projet hydroélectrique, la dame a suivi les déplacés jusqu’à Kondon Boffou. « Elle vivait auparavant avec une vieille femme que nous appelions sœur Gomba. Malheureusement, cette dernière est décédée. C’est après sa mort que la dame est venue s’abriter sous ce hangar. Depuis, elle vit ici dans des conditions très précaires », ajoute-t-il. Face à cette situation, Mamadou Samba Bah lance un appel pressant. « Nous demandons aux autorités et aux ambassades d’aider à retrouver sa famille. Si ses parents existent quelque part dans la sous-région, qu’ils sachent au moins qu’elle est vivante. Nous, ici, nous faisons ce que nous pouvons malgré la pauvreté. Mais si un jour elle tombe gravement malade, qui va s’occuper d’elle ? » De son côté, Mamadou Diouma Bah, un citoyen déplacé de Kounkouré, confirme avoir connu la dame bien avant son arrivée à Kondon Boffou. « Depuis que nous l’avons vue à Kounkouré, elle vivait dans la maison d’un oncle. Mais si tu lui donnes à manger, elle refuse. Par contre, si tu lui donnes de l’argent, elle va acheter les ingrédients et préparer elle-même son repas », explique-t-il. Lorsque les populations ont été déplacées, elle a suivi le groupe jusqu’à leur nouvelle zone d’installation. « Nous sommes venus ici ensemble. Il y avait une tante appelée Gomba qui s’occupait d’elle, mais après son décès, la dame est venue s’installer sous ce hangar. Depuis lors, elle continue de vivre ainsi », précise-t-il. Selon les habitants, malgré son état mental fragile, la femme garde une certaine autonomie. « Elle est toujours propre. Elle va à la rivière laver ses habits, elle puise de l’eau au forage pour boire et cuisiner. Elle ne se dispute jamais avec personne », souligne Mamadou Diouma Bah. Cependant, sa situation préoccupe les habitants. « Vu son âge, c’est une personne qui devrait être assistée. Sa famille biologique doit savoir dans quelles conditions elle vit aujourd’hui. Si toutefois elle n’a pas de famille, nous continuerons à vivre avec elle jusqu’à la fin de sa vie, parce qu’elle ne crée aucun problème », assure-t-il. Les riverains lancent ainsi un appel aux autorités guinéennes et aux institutions diplomatiques de la sous-région afin d’aider à identifier cette femme et, si possible, retrouver ses proches. « Elle nous a dit qu’elle est congolaise à un moment, mais elle parle français et maninka du Burkina. Nous demandons aux autorités et aux ambassades d’alerter dans la sous-région pour retrouver sa famille », conclut Mamadou Diouma Bah. De retour de Sinta, préfecture de Télimélé, Amadou Baïlo Batouala Diallo, envoyé spécial de Guineematin.com

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