« Évitez de manger trop sucré, trop salé… pendant la rupture du jeûne », conseille le Pr N’Diouria Diallo
2026-02-15 - 23:08
Dans quelques jours, les fidèles musulmans de Guinée, à l’instar de la communauté mondiale, vont entamer le mois saint de Ramadan. Cette période est marquée par la préparation de nombreux mets pour la rupture du jeûne, où les boissons locales comme le bissap, le jus de gingembre ou encore le mélange citron-kinkéliba sont souvent prisés. Mais que dit réellement la médecine sur ces habitudes alimentaires ? Quels sont les aliments à privilégier et ceux à bannir pour préserver sa santé ? Pour répondre à toutes ces questions, la rédaction de Guineematin.com a rencontré le Professeur Abdourrahmane N’Diouria Diallo, enseignant-chercheur à la retraite et président de l’ONG SOS Hépatite Guinée. Dans cet entretien exclusif, il nous livre ses précieux conseils pour garantir une excellente digestion et une vitalité optimale durant tout ce mois de pénitence. Nombreux sont les musulmans qui s’interrogent sur ce qu’il faut manger, comment le faire et ce qu’il faut éviter pendant ce mois saint de Ramadan. Le Pr Abdourrahmane N’Diouria Diallo explique ce qui est bénéfique pour la digestion après le jeûne. « Il faut prendre les trois repas avec quelques spécificités liées au jeûne. Rompre avec ce qui peut préparer l’estomac, soit une ou trois dattes, un verre d’eau, une ou deux cuillères de bouillie. Il faut éviter trois choses : les aliments trop sucrés, trop épicés, trop frais ou trop chauds. Il faut éviter de prendre une grande quantité à la rupture ; vous prenez un tout petit peu pour aiguiser l’appétit, préparer la bouche et préparer le ventre à la digestion. Mangez ce que vous avez trouvé, mais évitez de remplir l’estomac. Si vous mangez trop sucré, la digestion sera lente. Pour quelqu’un qui consomme du poulet, la digestion des lipides (graisses) dure de 4 h à 6 h. Ce sont les liquides qui passent en première position, puis les sucres, et enfin les aliments gras. Donc, si vous remplissez l’estomac au crépuscule, vous n’aurez pas le temps d’aller prier, vous serez ballonné et vous ne pourrez plus manger jusqu’au lendemain. Il faut un repas qui prévient les sensations de faim et de soif. Ensuite vient le deuxième repas : quand vous finissez la prière, vous mangez ce que vous avez », a-t-il déclaré. Poursuivant ses explications, le Pr N’Diouria précise que les personnes malades doivent respecter une certaine mesure. « En général, il s’agit de bouillie au riz local (étuvé) ou de bouillie de maïs. Mais la bouillie de maïs est généralement trop sucrée si on en prend une grande quantité. Il ne faut pas manger deux à trois aliments à la fois, sous peine d’avoir des problèmes digestifs. Il y a un hadith qui rejoint la médecine concernant l’estomac. Le prophète Mahomet (PSL) nous l’a dit depuis longtemps : quand vous mangez, il faut diviser l’espace en trois. Manger pour un tiers, laisser un tiers à l’eau et un tiers à la respiration. C’est ce qu’on appelle la poche à air gastrique. C’est cette poche qui permet de métaboliser les aliments et facilite la digestion. Mais si vous remplissez la poche d’eau ou d’aliments, vous ne pourrez plus digérer, l’estomac va se bloquer », avertit le professeur. Manger avant l’aube est-il bénéfique ? Le médecin indique que c’est le moment où il faut bien s’alimenter. « C’est un repas béni par le Prophète et très important. Quand vous vous habituez à vous lever à 4 h ou 5 h pour prendre de la salade, du café, du riz ou un morceau de viande, vous mangez très bien. Là, il faut remplir l’estomac et boire de l’eau, surtout durant cette période de jeûne en février et mars. C’est là qu’il faut boire assez d’eau et se brosser les dents. Il faut toutefois éviter les repas trop épicés, manger des aliments bien cuits et veiller à avoir un bon sommeil. » Pour les patients souffrant de gastrite ou de colopathie, un régime spécial est préconisé. « Pour eux, c’est soit des dattes, soit un peu de riz ou de la bouillie de riz peu sucrée ou peu salée. On peut aussi prendre de lafidi sans gombo. Pour le malade souffrant de gastrite, le gombo est interdit. Une étude que nous avons menée sur 50 000 malades révèle que le gombo provoque des ballonnements chez eux. C’est la même chose pour le soumbara : il ne convient pas à ceux qui ont une colopathie. Il faut privilégier le riz du pays avec une bonne huile rouge, un peu de sel et de l’aubergine, sans gombo ni soumbala. Un verre d’eau non glacé est préférable. Pas de kinkéliba, c’est très important. Celui qui a des maux de ventre doit rompre son jeûne sans se rassasier, selon la règle des trois tiers. Il doit éviter les boissons gazeuses, le jus de gingembre, les sirops locaux et les jus trop glacés. Il faut proscrire toutes les boissons énergisantes de A à Z ». Le médecin alerte sur la consommation de kinkéliba et de citron dès la rupture. « C’est dangereux. Le kinkéliba est amer et le citron est acide. Cela peut provoquer des vomissements ou une gastrite. Scientifiquement, cela ne se justifie pas. On ne doit pas rompre le jeûne avec du citron. L’estomac contient déjà de l’acide chlorhydrique ; en ajoutant de l’acide, on augmente l’acidité qui va ronger la muqueuse. À moins d’une gastrite atrophique (sans sécrétion d’acide) confirmée médicalement, il n’y a aucune raison de rompre avec du citron ou du kinkéliba. De même, mélanger du Vinto avec du lait est une invention populaire sans fondement scientifique. Appliquons ce que le prophète Mahomet (PSL) a dit, c’est ce qu’il y a de mieux, en rejoignant les conclusions des nutritionnistes. Il faut rompre avec un sucre semi-lent. Le sucre rapide (bouillie trop sucrée, thé très sucré) provoque une perturbation de la digestion. », a-t-il laissé entendre. Enfin, le médecin déconseille de dormir toute la journée, car cela aggrave la fatigue. « Il est prouvé que le jeûneur qui travaille bénéficie d’effets positifs sur la digestion et sur les cellules du côlon. Il ne faut pas passer toute la journée à dormir », a conclu le Pr Abdourrahmane N’Diouria Diallo. Yayé Oumou Barry et Ibrahima Bah pour Guineematin.com